Douglas Kennedy : "Aujourd'hui, je vis comme un étudiant riche"

Douglas Kennedy : "Aujourd'hui, je vis comme un étudiant riche"

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INTERVIEW - Dans son nouveau roman baptisé "Mirage", Douglas Kennedy nous emmène au Maroc aux côtés de Robyn, une Américaine qui va découvrir que l'homme qu'elle aime n'est pas celui qu'elle croit. Rencontre autour d'un pastis avec l'écrivain qui vit entre Paris et les Etats-Unis.

Quel a été le point de départ de Mirage ?
J'avais envie d'écrire un roman d'aventures du XIXe siècle qui parlerait aussi du couple. Après mon divorce en 2008, j'ai beaucoup réfléchi sur la vie à deux : est-ce possible de vraiment connaître l'autre ? Comme je connais bien le Maroc (j'y suis allé 11 fois), j'ai eu envie d'écrire une histoire qui se passait là-bas, avec le désert du Sahara en toile de fond. C'est un roman avec beaucoup de mirages, à commencer par le personnage principal, Paul.

Le couple est-il forcément un mirage selon vous, comme dans le livre ?
Chaque mariage est particulier, mais je pense que c'est impossible de connaître entièrement l'autre. Pour moi l'amour est une sorte de mirage, on projette sur quelqu'un d'autre ses besoins, ses désirs. On voit ce qu'on a envie de voir. Après mon divorce, j'ai réalisé qu'il y avait toujours plusieurs versions à une même histoire. Il n'y a pas de vérité. Tout est une question d'interprétation. C'est avec cette idée que je commence tous mes romans. Et par le fait que la plus grande lutte dans la vie, c'est avec soi-même.

Vous bousculez toujours vos personnages dans vos romans. Mais là, avec Robyn, vous allez très loin...
C'est vrai que c'est très violent ce qui lui arrive. J'aime créer des situations extrêmes et réelles où le vernis va craquer. C'est au milieu des crises qu'on se révèle, ou pas. Mirage est un livre sur la survie. C'est une question primordiale : peut-être que sans adversité, ni tragédie, on n'apprend rien dans la vie. Comme le disait le poète allemand Novalis : "Le destin, c'est le caractère." Je suis d'accord avec lui : malgré tout, on est toujours maître de son destin.

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Dans Mirage, vous évoquez Nicolas Sarkozy et le Front national. Êtes-vous intéressé par la politique française ?
J'ai une règle : je ne parle jamais de politique. Je suis invité dans votre pays, et ce n'est pas mon affaire. En revanche, je peux critiquer la politique des États-Unis (rires.)

Avez-vous déjà eu l'angoisse de la page blanche ?
La dernière fois que j'ai eu un blocage, c'était en 1987 quand j'ai arrêté de fumer au milieu de mon premier livre, Au-delà des pyramides. J'ai eu un trou noir qui a duré trois mois. Sinon, à part cet épisode, jamais. Mais il ne faut jamais sous-estimer les besoins humains. Quand un artiste dit qu'il n'a jamais écrit pour l'argent, c'est faux. Les finances sont importantes. Moi, j'ai une ex-femme et des enfants, donc je dois écrire. Mais en même temps, quel plaisir de le faire... Mirage est mon seizième livre. J'ai une certaine confiance en moi mais j'ai encore des doutes. Et tant mieux, car il n'y a rien de pire que la certitude dans la vie.

Travaillez-vous déjà à votre prochain livre ?
Je vais commencer à écrire après mon prochain voyage. Je vais traverser le nord de l'Australie avec ma femme pendant un mois. J'ai déjà une idée, mais je ne dis rien. La seule chose que je peux dévoiler, c'est que l'action se déroule à New York.

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Y a-t-il une recette du succès ?
Non, il n'y en a pas. Et si on regarde mon œuvre, il y a des thèmes constants mais mes livres sont tous différents. C'est ça qui m'intéresse. La plupart des écrivains écrivent toujours le même roman. Après mon premier succès, L'homme qui voulait vivre sa vie, mon éditeur américain voulait que j'écrive un polar rapidement. Les désarrois de Ned Allen est né. Le livre n'est pas mal, même si ce n'est pas mon roman préféré. Je préfère explorer d'autres territoires. Mais avec le succès, il y a une responsabilité : il faut rester intéressant et ne jamais croire que tout est gagné. J'aime le succès parce qu'il me permet d'avoir une vie intéressante. Aujourd'hui, je vis comme un étudiant riche.

Quel est votre plus grand luxe ?
Le succès me permet d'assurer l’avenir de mes enfants et de voyager. Je suis quelqu'un qui n'aime pas le bling-bling. Mon plus grand luxe ? M'acheter les meilleures places à la Philharmonie de Berlin. Mais surtout, pouvoir continuer à écrire.

Mirage, de Douglas Kennedy, aux éditions Belfond, 440 pages, 22,50 euros.
A lire aussi, Des héros ordinaires, aux éditions Omnibus, qui regroupe ses quatre premiers romans.
Douglas Kennedy présentera Le Gouffre aux chimères, de Billy Wilder le 4 juin à 14 heures au cinéma Le Louxor, 170 boulevard de Magenta, 75010 Paris. Il sera en dédicace le même jour à 18 h 30 au salon Paris se livre, à la Tour Montparnasse.

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