Faut-il lire les 1 488 pages de "L'Infinie comédie" par David Foster Wallace ?

Faut-il lire les 1 488 pages de "L'Infinie comédie" par David Foster Wallace ?

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RENTREE LITTERAIRE - Le chef-d'œuvre de David Foster Wallace, publié en 1996 aux Etats-Unis, est enfin traduit en français aux éditions de l'Olivier. Ces 1 500 pages follement ambitieuses peuvent-elles tomber dans toutes les mains ? Le culte de la personnalité de son auteur, qui a mis fin à ses jours en 2008, à l'âge de 46 ans, n'a-t-il pas tendance à masquer une œuvre opaque et prétentieuse ?

OUI, parce qu'il marie la pop culture avec les grands classiques américains
Avec sa dégaine de skater, David Foster Wallace ne ressemblait pas vraiment à un intello. C'était pourtant une cervelle bouillonnante, qui a accouché dans la douleur de plusieurs romans, essais et nouvelles (presque tous édités en français au Diable Vauvert), tout en enseignant la littérature à l'université. Cervelle bouillonnante mais empoisonnée par une sévère dépression qui a finalement conduit ce tennisman de haut niveau à se pendre dans son garage, en 2008. Il laissait un roman inachevé, Le Roi pâle, finaliste posthume du prix Pulitzer en 2012.

NON, parce que 1 500 pages d'une logorrhée indigeste, c'est un peu long
Un pavé pareil, ça ne se contente pas pas d'une seule histoire. L'Infinie comédie met en scène une famille américaine pas très modèle, les Incandenza. De dangereux séparatistes québécois (!) traquent cette famille singulière pour mettre la main sur une arme redoutable : L’Infinie Comédie, une vidéo réalisée par James Incandenza, qui provoque chez ceux qui la regardent une addiction mortelle… Ce n'est que le point de départ de ce roman-fleuve sur une Amérique accro à la télévision, aux médicaments et aux apparences. Pour Jonathan Franzen, qui y reconnaît ses thèmes de prédilection, c'est le grand roman américain de la fin du XXe siècle. On peut admirer ce gros bloc d'intrigues et être vite découragé par ses interminables notes en bas de page.

OUI, parce que DFW va bientôt être le héros d'un biopic
En 1996, juste après la publication de L'Infinie comédie, un journaliste de Rolling Stone est allé passer cinq jours avec David Foster Wallace pour une longue interview. David Lipsky en a tiré un livre, qui devient à son tour un film. The End of the tour, de James Ponsoldt, est sorti fin juillet 2015 aux Etats-Unis, contre l'avis de la famille de Wallace. Face à Jesse Eisenberg en jeune reporter, Jason Segel incarne l'auteur : bien qu'il n'ait en commun avec son modèle que le bandana et les lunettes rondes, il est déjà pressenti pour les prochains oscars. Le film a reçu d'excellentes critiques, mais la date de sortie en France reste à déterminer.

NON, parce qu'il ne doit son statut culte qu'à son suicide
Ce n'est qu'après sa mort que le mythe DFW était lancé : bien qu'il ait été admiré par ses pairs de son vivant, ce n'est qu'après sa mort qu'il a acquis le statut d'écrivain. Bret Easton Ellis n'a jamais laissé passer l'occasion de lui tailler un costard. En septembre 2012, il qualifiait son défunt collègue sur Twitter d'écrivain "le plus pénible, surestimé, torturé, prétentieux de sa génération", et que ses fans ne valaient pas mieux. Jalousie ? David Foster Wallace n'est peut-être pas facile à lire, mais Mathias Enard ou Christine Angot ne le sont pas davantage. Amoureux de littérature américaine, osez l'expérience de L'Infinie comédie, de David Foster Wallace, courageusement traduit par Francis Kerline.
 

EN SAVOIR PLUS >> Quelques bonnes raisons de lire "Le Roi pâle" de David Foster Wallace

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