Festival d'Angoulême : l'expo qui fâche le Japon

Festival d'Angoulême : l'expo qui fâche le Japon

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POLEMIQUE - La présentation au Festival de la BD d'Angoulême d'œuvres d'artistes sud-coréens autour des "femmes de réconfort", esclaves sexuelles des soldats japonais pendant la Seconde guerre mondiale, provoque la colère du Japon, qui accuse la Corée du Sud d'orchestrer une propagande destinée au public français.

Rififi à Angoulême. “Le festival de la BD a été contaminé par la propagande sud-coréenne". Une centaines de messages violents de ce type pleuvent ces derniers jours au Japon à cause d'une exposition sur les "femmes de réconfort" coréennes, prostituées de force par l’armée japonaise durant la guerre. "Fleurs qui ne se fanent pas", nom de l'accrochage, entend retracer le contexte historique de l’Asie lors de la Seconde Guerre mondiale et l’ensemble des faits ayant mené à la mise en place, par l’armée impériale japonaise, du système d’esclavage sexuel de ces femmes.

Depuis une soixantaine d'années, cette question empoisonne les relations entre Tokyo et Séoul. La plupart des historiens estiment à 200.000 le nombre de ces femmes --surtout des Coréennes, Chinoises et Philippines-- victimes de cette pratique pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette querelle historique est l’une des raisons pour lesquelles le premier ministre japonais Shinzo Abe et la présidente sud-coréenne Park Geun-Hye, arrivés au pouvoir à peu près en même temps, ne se sont jamais rencontrés officiellement. "Le sujet est extrêmement sensible et cette exposition (qui présente uniquement le point de vue sud-coréen) ne va faire qu’aggraver les relations difficiles entre les deux pays", regrette l’internaute Te Satomi sur la page Facebook de l’ambassade de France à Tokyo.

"Une manipulation diplomatique"

Pour Patrick Honorré, traducteur de plusieurs mangas aux Editions Philippe Picquier, qui a longtemps résidé au Japon, il s'agit avant tout d'une "volonté de faire le buzz". "Les japonais n'ont jamais reconnu officiellement les faits, ils sont dans le déni. Je n'ai jamais trouvé de BD japonaises qui en parlent clairement, nous affirme-t-il. Depuis quelques temps, le Japon a décidé de tout faire pour retrouver une certaine fierté nationale. Son seul souci est de protester et de montrer que le pays sait dire non. Je crois qu'ils ne sont pas mécontents d'en tirer une polémique."

Pourtant, le quotidien La Charente Libre a rapporté la semaine dernière que Yumiko Yamamoto, déléguée générale d'une association de femmes, a remis une lettre ouverte au délégué général du festival, Franck Bondoux. "On ne nie pas l'existence des "femmes de réconfort, écrit-elle. Mais elles n'étaient ni 200.000, ni enlevées, ni forcées par l'armée impériale japonaise ! Ce ne sont que des mensonges et histoires sans fondement. Le gouvernement coréen manipule le festival d'Angoulême comme sur un champ de bataille politique et diplomatique."

"Le sujet nous a été proposé par le gouvernement sud-coréen mais les artistes ont eu toute liberté pour l’évoquer, en toute indépendance”, se défend l'intéressé. Et d’ajouter: "nous ne prenons pas parti et n’acceptons pas qu’il y ait des tentatives de récupération de part et d’autre". Le ministre nippon des Affaires étrangères, Fumio Kishida, a pour sa part déploré que cet incident aille "contre la volonté d’approfondir la compréhension et la paix internationale à travers la bande dessinée". Reste à leur suggèrer de proposer leur propre exposition l'année prochaine pour rétablir la vérité.

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