Guillaume Musso : "À chaque roman, j’essaie d’emmener mon public sur un territoire qu’on n’a pas encore exploré"

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RENCONTRE – Son dernier roman s’est classé à la première place des ventes dès sa sortie fin avril. Dans "La jeune fille et la nuit" (Calmann-Lévy), Guillaume Musso met en scène un cold case à Antibes, la ville où il a grandi. LCI est allé recueillir les petits secrets du champion du best-seller made in France.

Depuis sept ans déjà, il se classe en tête du classement des auteurs français les plus lus dans l’Hexagone. Un succès qui ne se dément pas puisque "La jeune fille et la nuit", son 16e roman – le premier chez Calmann-Lévy depuis son transfert retentissant – est entré directement à la première place des ventes à sa sortie. Et avec déjà plus de 277.0000 exemplaires écoulés depuis le 24 avril, il pourrait bien y rester tout l’été. Personnage discret, Guillaume Musso, 44 ans dans quelques jours, savoure sa réussite avec le sentiment du devoir accompli, lui qui publie un livre par an sans discontinuer depuis 2004.


"A chaque fois je me dis que c’est la dernière fois, que je vais laisser passer une année blanche", sourit l’intéressé, qui nous reçoit dans les bureaux de son nouvel éditeur. "Et puis chaque année l’écriture me rattrape et le plaisir de revenir vers les lecteurs est là. L’excitation est forte de leur côté…  mais elle est aussi très forte chez moi !", admet l’écrivain qui a pris l’habitude de distiller les infos sur chaque nouvelle parution sur les réseaux sociaux, en amont de sa parution.

Ma mère m'a dit tout de suite : 'ne sois pas snob, lis Flaubert, mais aussi Stephen King, lis Marcel Proust mais aussi Pagnol'Guillaume Musso

Ce besoin de partage avec le public, Guillaume Musso l’apprécie d’autant plus qu’il est à la base de son plaisir de lecteur. "Après avoir terminé un livre, mon premier réflexe c’est d’en parler à d’autres. Ne serait-ce que pour le plaisir de la discussion qui s’ensuivra. Et qui sera encore plus agréable si nous sommes en désaccord", avoue cet ancien prof d’éco qui nous recommande chaudement "La Terre des morts" (Albin Michel), le dernier thriller de son confrère et ami Jean-Christophe Grangé.  


C’est sa mère, bibliothécaire, qui lui a transmis le virus de la lecture. "Elle m’a dit tout de suite : ne sois pas snob, lis Flaubert, mais aussi Stephen King, lis Marcel Proust mais aussi Pagnol", raconte-t-il, enthousiaste. "De même, va voir les films de Krzysztof Kieślowski et de Claude Sautet mais ne t’interdit pas Les Bronzés et les films de Louis De Funès." Cet éclectisme explique sans doute en grande partie le caractère hybride de ses romans, au croisement du polar, de la romance et du fantastique.

"Depuis 'Et après…', en 2004, j’ai la chance d’être suivi par les lecteurs dans des genres très différents", observe l’auteur. "Au fur et à mesure, j’ai éclairci un malentendu qu’il pouvait y avoir au début. Les gens m’écrivaient pour me dire : ‘J’étais persuadé que vos livres n’étaient pas faits pour moi, et puis finalement j’ai adoré’. C’est un honneur, une fierté. Et j’essaie chaque année de les emmener sur un territoire qu’on n’a pas encore exploré."


Dans "La Jeune Fille et la Nuit", Guillaume Musso met le cap sur Antibes où Thomas Degalais, un écrivain à succès, revient sur les lieux de sa jeunesse pour assister à une réunion d’anciens élèves dans le lycée où il a étudié, 25 ans plus tôt. Et où il a été l’un des acteurs d’un fait divers jamais résolu par la police. Rassurez-vous, toute ressemblance avec l’auteur du roman, lui-même natif de la ville des Alpes-Maritimes, est parfaitement fortuite. Même si… 

A chaque fois que je revenais à Antibes, les gens me demandaient : ‘Quand vas-tu écrire un roman qui se passe chez nous ?’Guillaume Musso

"Ce livre, j’en ai l’histoire et les rebondissements dans la tête depuis une petite dizaine d’années", avoue-t-il. "J’avais envie d’écrire un meurtre au sein d’un campus comme ceux de David Lodge, Donna Tartt ou Michael Chabon que j’adore. Sauf que je n’avais aucune légitimité pour écrire un truc qui se passe à Harvard ou à Berkeley. Je n’ai ni étudié, ni enseigné là-bas. Et puis à chaque fois que je revenais à Antibes, les gens me demandaient : ‘Quand vas-tu écrire un roman qui se passe chez nous ?’. Un jour, j’ai eu le déclic."


Construit à la manière d’un cold case, alternant passé et présent, "La Jeune Fille et la Nuit" voit Guillaume Musso délaisser les gratte-ciels de New York, sa ville de cœur, pour les paysages et les parfums de la Côte d’Azur, que Thomas parcourt à la recherche d’une vérité insoupçonnable. C’est redoutablement efficace, sans temps mort et bourré de rebondissements jusque dans les ultimes pages. Et comme souvent "chez Musso", l’intrigue policière se double de questionnements plus intimes, voire fantasmés.

"J’avais envie d’écrire sur le destin de gens biens qui sont devenus assassins par accident. Et qui ont réussi à masquer ça pour avancer dans la vie", explique-t-il. "J’aborde aussi le thème de  l’amour qui vous élève et qui vous tue. Avec des personnages qui vont au bout de leur passion à l’image de Vinca, la "jeune fille" du titre du roman. Et puis j’avais envie de parler des relations parents-enfants. En me demandant jusqu'où nous sommes prêts à aller pour les protéger", s’interroge ce jeune papa 

de deux enfants.


Après un break bien mérité, Guillaume Musso ne devrait pas tarder à réfléchir à son prochain bébé de papier. Ce qui ne l’empêchera pas de rester attentif aux retours de ses lecteurs. "Comme Paul Auster, je partage l’idée que chaque roman est une contribution à part égale entre celui qui l’écrit et celui qui le lit. A partir du moment où j’ai rendu mon manuscrit, j’ai fait 50% du boulot. Les personnages vont se mettre en mouvement dans la tête des lecteurs. Les discussions, les critiques, tout ça fait exister pleinement un livre. Et c’est un véritable plaisir."

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