Irvine Welsh : "Je ne suis pas un gros lecteur de polars, mais j'aime beaucoup leurs auteurs"

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QUAIS DU POLAR – L'auteur de "Trainspotting" est l'un des invités de Quais du Polar, festival dédié aux littératures policières (et un peu aussi aux autres) qui se déroule du 1er au 3 avril à Lyon. Presque 20 ans après Trainspotting, et en attendant le tournage imminent de Trainspotting 2, Irvine Welsh publie en français "Skagboys" (Au Diable Vauvert), copieux préquel qui pose les bases de son best-seller à travers la folle jeunesse de Renton, Sick Boy, Begbie et Spud. Rencontre, en écossais dans le texte.

Est-ce vrai que la trame de Skagboys se cachait dans de vieilles disquettes presque irrécupérables ?
C'est vrai, oui ! Je m'étais dit que je devais d'abord apprendre à écrire avant de me lancer dans un vrai roman. J'ai écrit ces histoires autour de ces personnages, Renton, Sick Boy, Begbie qui ont donné 100 000 mots. C'était beaucoup trop long alors j'ai resserré et coupé pour aboutir à ce qu'est devenu Trainspotting. J'avais oublié toutes ces coupes, et lorsque j'ai déménagé de Dublin à Chicago, j'ai retrouvé une boîte pleine de disquettes souples Amstrad. J'ai réussi à récupérer le contenu et ce matériau, dont j’ai tiré ce qu'on peut appeler un préquel.

Vu l'épaisseur du bouquin, vous semblez intarissable sur vos personnages…
Oui, à force de passer tant de temps avec eux, j'ai l'impression qu'ils racontent leur vie eux-mêmes, tout seuls, à montrer à quel point c'est drôle et compliqué de vivre les uns avec les autres. Il y a un peu de moi dans chacun d'entre eux, c'est essentiel si on veut qu'ils fonctionnent. Ce sont des chouettes gars qui peuvent aussi être de sacrés enfoirés, meilleurs amis un jour et ennemis jurés le suivant, c'est aussi là-dessus que la relation des lecteurs se bâtit avec eux.

Ils vivent pourtant des temps difficiles, l'ère Thatcher, le chômage écrasant dans les classes ouvrières dont ils sont issus…
C'était une époque où les classes ouvrières ont été écrasées et laissées pour compte, et ça n'a pas tellement changé la décennie suivante. Trainspotting et Skagboys sont des livres sur une société en transition. Dans Skagboys, je rapporte des faits réels sur le sida ou la fabrication de l'héroïne en Ecosse à cette époque, qui ne sont pas connus de tous les Ecossais ; avec internet, on a tellement d'informations sur tout qu'on ignore parfois tout de notre propre histoire, alors qu'on devrait connaître notre passé. Mais il y a plus d'optimisme en Ecosse aujourd'hui, surtout depuis le référendum sur l'indépendance.

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Vous-même ne vivez plus à Leith, votre quartier d'Edimbourg qui est aussi celui de Trainspotting
J'ai un appartement à Miami et un autre à Edimbourg, mais je vis surtout à Chicago maintenant, parce que c'est la ville d'origine de ma femme. La première fois que je suis allée aux Etats-Unis, j'avais dépassé la vingtaine et tout me semblait dingue, alors qu'aujourd'hui ce ne serait plus la même expérience, il n'y a plus autant de différences d'un pays à l'autre, on a internet partout, Skype…

Le tournage de Trainspotting 2 va enfin commencer...
Oui, le 16 mai exactement. Je ne peux pas dire que je suis obnubilé par ça car je suis en pleine promo d'un nouveau roman, The Blade Artist, qui sortira la semaine prochaine au Royaume-Uni et qui va m'occuper pendant quelque temps. Et puis, j'ai ma propre maison de production, et je travaille actuellement à l'adaptation d'une sorte de romance médiévale pour la télévision… Tant que le tournage n'a pas commencé, c'est difficile de réaliser. Ce qui est formidable, c'est que tout le casting original va être réuni, ils ont tous gardé contact depuis toutes ces années, Trainspotting a été une expérience fondatrice pour eux.

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Vous allez donner des tables rondes à Quais du Polar. Etes-vous un fan du genre ?
Je ne peux pas dire que je sois un gros consommateur de polars, mais j'aime beaucoup leurs auteurs, ce sont des gens adorables la plupart du temps, bien plus que les auteurs de littérature pure. J'ai trouvé intéressante cette folie autour des polars scandinaves. Mais je lis plutôt des romans contemporains, des essais, sur cette tablette que j'emmène que je suis en voyage.

Vous téléchargez des séries là-dessus ?
Ah non, les films et séries se regardent sur grand écran ! Je regarde Game of Thrones, comme tout le monde, même si je m'en lasse un peu, j'ai l'impression que les personnages passent leur temps à essayer de se rendre quelque part et qu'ils n'y arriveront jamais. S'il faut huit saisons à Daenerys Targaryen pour regagner ses terres, alors que Jamie Lannister peut changer d'existence en un seul épisode… Il y a une temporalité bizarre dans cette série.

Avec tous vos chapitres consacrés à un personnage à la fois, Skagboys pourrait aussi donner une série tété sans fin...
En effet, on me l'a souvent proposé et j'ai rejeté des offres, mais c'est vrai, ça ferait une bonne série télé. "Game of Skags !" (rires.) Il y a déjà eu une pièce de théâtre tirée de Trainspotting que j'ai trouvée excellente. L'important, c'est d'avoir la main sur de bons personnages, après on peut tout adapter. Alors, peut-être qu'un jour… 

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