"L’affaire Léon Sadorski" de Romain Slocombe : un polar comme un signal d’alarme

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NOIR, C’EST NOIR – Le crime vous passionne ? Chaque semaine, retrouvez le coup de cœur de Marc Fernandez, notre expert du roman policier. Aujourd'hui : "L’affaire Léon Sadorski", de Romain Slocombe (Robert Laffont).

Alors, certains pensent encore que le polar n’est pas de la vraie littérature. D’autres disent que les romans policiers ne sont que des romans de gare. Stop ! Arrêtez tout ! Non, dans le polar, comme dans ce qu’on appelle la littérature blanche, il y a du bon, du moins bon, il y en a pour tous les goûts. Et oui, affirmons-le haut et fort, le polar c’est, aussi, de la bonne littérature. De la très bonne même parfois. Illustration avec L’Affaire Léon Sadorski, de Romain Slocombe (éditions Robert Laffont).

Mais c'est qui ?

Romain Slocombe est un écrivain installé, à la réputation qui n’est plus à faire. Auteur d’une vingtaine de romans, dont le magnifique Monsieur le Commandant (Nil éditions, 2011) déjà en lice pour le Goncourt à sa sortie, il joue à merveille avec les codes du genre, s’en éloignant parfois, y revenant avec talent d’autres fois. Il écrit, beaucoup, mais il photographie aussi. Des images en noir et blanc, un univers particulier, qui permet de découvrir une autre facette de ce franco-britannique né en 1953, fasciné, entre autre, par le Japon et amoureux des femmes.

Ça parle de quoi ?

L’inspecteur Léon Sadorski est un flic modèle. Au sein de la 3e section des renseignements généraux, il fait du bon boulot aux dires des autorités françaises et des occupants allemands. Il contrôle et arrête les Juifs pour les expédier à Drancy… Il est aussi un mari attentionné et sa femme Yvette, portée sur la chose, ne se plaint pas. Nous sommes en avril 1942. Le beau temps arrive enfin dans une capitale meurtrie, où la vie tente de reprendre son cours malgré la présence des Allemands, les purges, les arrestations. La guerre en somme. Sadorski n’hésite pas aussi à donner un coup de main aux Brigades Spéciales. Il faut dire que c’est un bon français, nationaliste, qui déteste les Juifs et les Rouges. Un bon élément. Pourtant, il est arrêté par la Gestapo et envoyé à Berlin, où il est jeté en prison. Les Allemands ne font jamais rien par hasard. Leur but est de le retourner et d’en faire un informateur au sein de la préfecture de police de Paris. Ils lui donnent l’ordre de retrouver son ancienne maîtresse, un agent double soupçonnée d’appartenir à un réseau antinazi...

Pourquoi on aime ?

Il faut lire L’Affaire Léon Sadorski. Surtout aujourd’hui. Surtout dans le contexte violent, délicat, tendu, de repli sur soi, aux relents de racisme que nous connaissons. Romain Slocombe n’a pas son pareil pour nous montrer le pire de l’âme humaine. Il dresse un portrait terrifiant d’un salaud mais aussi de la France et des Français lors de l’Occupation. Un texte d’une justesse inouïe, qui résonne avec notre époque. Mais aussi un polar au rythme plutôt lent, aux dialogues crus, choquants, mais si proches de ce qu’ils étaient en 1942. Fort d’une documentation impeccable, il réussit à tirer une magnifique fiction inspirée de la réalité. Celle-ci fait peur. Mais rien de tel qu’un bon roman pour nous raconter la vérité. Et nous faire réfléchir. C’était il y a longtemps. Cela peut revenir. L’Affaire Léon Sadorski agit comme un signal d’alarme. Et c’est tant mieux.

>> L’Affaire Léon Sadorski, de Romain Slocombe. Editions Robert Laffont, coll. La Bête noire, 512 pages, 21,50 €

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