Elitza Gueorguieva transforme l'étoile rouge du communisme en bonne étoile

LIVRES
DECOUVERTE – Son premier roman, "Les cosmonautes ne font que passer" (Verticales), est l’un des livres les plus réjouissants de la rentrée littéraire. Elitza Gueorguieva, 34 ans, y romance son enfance dans les derniers temps de la Bulgarie communiste.

La plupart des petites filles rêvent de devenir vétérinaires. Eitza Gueorguieva, elle, avait des ambitions plus élevées, au sens propre du terme. Dans Les cosmonautes ne font que passer, sa jeune narratrice part à la "conquête spéciale" : elle veut devenir Iouri Gagarine, le héros soviétique qui a donné son nom à son école primaire. Nous sommes à Sofia en 1988 : le régime communiste va bientôt s’effondrer mais personne ne s’en doute, surtout pas le grand-père de la gamine, "vrai communiste émérite". 


Dans la deuxième partie du roman, la gamine est devenue ado, la dictature est tombée, c’est la Transition démocratique et désormais, elle veut devenir… Kurt Cobain. A travers le regard naïf d’une enfant, puis celui, révolté, de l’ado qu’elle devient, c’est une petite histoire dans la grande que raconte avec talent Elitza Gueorguieva, jeune Bulgare établie en France : "Ça faisait très longtemps que je voulais raconter cette histoire sur la façon dont j’ai vécu la fin de la dictature en Bulgarie, en présentant les événements sans hiérarchie, pour que la petite et la grande histoire soient toujours imbriquées", explique-t-elle. 

Souvenirs d’enfance, premiers textes et master de création littéraire

Diplômée d’une école de cinéma, elle a d’abord voulu en faire un film, puis un livre, avant de suivre un master de création littéraire à Paris 8, dirigé par Olivia Rosenthal. "J'avais apporté un projet, dont je savais dès le début qu'il allait raconter la fin du régime à travers le regard d’une petite fille. Sa lecture complètement décalée par rapport à celle des adultes a amené le côté humoristique, ludique et un peu fantaisiste de mon approche."


Tout en essayant de réaliser son rêve cosmonautique, la gamine observe ses parents qui s’enferment dans la salle de bains en laissant l’eau couler pour "se raconter des blagues" - critiquer le régime. Jusqu’à ce jour stupéfiant où elle les voit s’embrasser, fous de joie, parce que le mur de Berlin est tombé. "C’est l’un de mes premiers textes", s'amuse Elitza Gueorguieva, "ce jour-là j’étais malade, alitée, et on m’avait dit de décrire ma journée. J’ai donc écrit : 'aujourd’hui je suis malade, je ne sors pas, Mamie est venue jouer avec moi, le président a été chassé, maman était très contente'. Je ne comprenais pas qui était ce Berlin, et en quoi la chute de son mur était si importante pour mes parents !"


Un passé qui pèse encore sur la Bulgarie d’aujourd’hui

La deuxième partie du roman montre que la vie quotidienne ne s’est pas forcément améliorée pendant la transition démocratique. L’inflation a ruiné sa famille, la nouvelle politique a ruiné la foi de son grand-père. "C’est encore un problème qui divise aujourd’hui la société bulgare, avec cette question revient tôt ou tard, de savoir si nos grands-parents étaient communistes ou non. On se moque encore beaucoup de ces personnes âgées, qu’on appelle les 'mamies rouges', et les jeunes ne peuvent plus être de gauche. Enfin, la vie politique bulgare est incompréhensible de toute manière ! (rires.)"


Bien qu’elle l’ait écrit directement en français, Elitza Gueorguieva a gardé certaines tournures de phrases bulgares qui donnent un ton facétieux au texte. Quant à son riche matériau autobiographique, il nourrira sa prochaine œuvre : "Je suis en train de terminer un documentaire qui portera aussi sur la fin du régime communiste mais à partir d’une émission de télévision un peu bizarre, que présentait ma mère, avec de l’écriture littéraire et des images d’archives". 

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