Lauren Weisberger ("Le Diable s’habille en Prada") nous régale en se frottant au tennis

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INTERVIEW – L’auteure américaine aux personnages tout aussi piquants que ses intrigues revient avec "L’Art et la manière de conclure en beauté", une plongée dans les coulisses du tennis féminin porté par une graine de championne. LCI.fr l’a rencontrée jeudi. Dans les coulisses d’un tournoi de tennis, évidemment.

Elle n’a qu’une requête. Qu’on ne lui demande pas de prononcer le titre français de son nouveau roman. Dans L’Art et la manière de conclure en beauté - The Singles Game en VO –, paru aux éditions Fleuve jeudi, Lauren Weisberger s’attaque à un univers tout aussi impitoyable que le monde de la mode qu’elle décrivait avec brio dans Le Diable s’habille en Prada

 

Son héroïne a 24 ans, se nomme Charlie et rêve de remporter un tournoi du Grand Chelem. Contrainte d’abandonner au premier tour de Wimbledon après une grave blessure, elle va s’entourer de la meilleure des équipes pour revenir encore plus forte sur le circuit. Quitte à tester ses limites face à des adversaires sans scrupules. 

 

Alors quel meilleur endroit qu’un tournoi de tennis pour nous rencontrer ? C’est à l’Accorhotels Arena, où le BNP Paribas Masters battait son plein jeudi, que l’auteure américaine aux millions de livres vendues a reçu LCI.fr pour parler de sa dernière pépite. Un roman léger au réalisme accrocheur que vous dévorerez d’une traite.

LCI : Imaginons que nous sommes dans une libraire. Que diriez-vous aux internautes de LCI.fr pour les convaincre d’acheter "L’Art et la manière de conclure en beauté" ?

Lauren Weisberger  : Vous n’avez pas besoin d’aimer le tennis ou d’en être un spécialiste pour vous identifier à Charlie. Il y a aussi beaucoup de voyages glamour et des passages très fun et sexy mettant en scène une liaison amoureuse. C’est un bon livre pour vos vacances, à la plage ou au bord de la piscine, ou bien pour échapper à la vie quotidienne le soir. Je vous ai convaincue ? (elle rit).

LCI : Vous avez écrit sur la mode, l’industrie musicale ou encore l’élite new-yorkaise mais jamais sur le sport. Pourquoi avoir décidé de vous plonger dans l’univers du tennis ?

Lauren Weisberger  : Je pense qu’il y a un lien entre ces univers et j’ai trouvé ce mélange des styles très intéressant. Le tennis féminin est le seul sport où vous avez autant de glamour. On connaît certaines de ces championnes uniquement par leurs prénoms. Serena, Venus, Maria… On s’intéresse à ce qu’elles portent, avec qui elles sortent, où elles vont mais pas parce qu’elles sont actrices, musiciennes ou simplement de jolies femmes qui arpentent les tapis rouges. Elles sont incroyablement talentueuses. Je suis une grande fan de tennis, j’adore regarder et j’adore jouer. Mais le quotidien réel des joueurs professionnels sur le circuit m’était étranger. J’étais curieuse de savoir à quoi ressemblait vraiment leur vie.

LCI : Le monde de la mode et celui du tennis ne sont pas si différents, la compétition y est aussi forte. Certains aspects de Charlie rappellent Andy, l’assistante du "Diable s’habille en Prada". Toutes les deux doivent se battre pour ce qu’elles veulent, elles essaient de gravir les échelons mais finissent par franchir la ligne rouge et commencent à dégringoler pour mieux rebondir. Etes-vous d’accord avec ce parallèle entre les deux personnages ?

Lauren Weisberger  : En le décrivant comme vous le faites, sans doute. Mais je ne pense pas que ce soit exclusif à la mode ou au tennis. C’est probablement vrai pour la vie en général et les branches dans lesquelles les gens sont aveuglement ambitieux. Le tennis est unique. C’est un sport très individuel. Quand les joueurs entrent sur le court, ils sont complètement seuls. Il n’y a pas de coach vers qui se tourner, pas d’équipe sur qui s’appuyer. Tout repose sur leur entraînement, leur mental et leur endurance. Ce n’est pas fait pour tout le monde. Et c’est sans doute vrai pour la mode aussi.

Salon des joueurs, salle de dîner… J’ai passé pas mal de temps dans les coulisses des tournois à tout observer.Lauren Weisberger

LCI : Vous avez travaillé en étroite collaboration avec la joueuse slovaque Daniela Hantchukova. Comment vous êtes-vous rencontrées ?

Lauren Weisberger  : C’est Micky Lawler, la présidente de la WTA (Women’s tennis association, ndlr) qui nous a présentées. Elle a joué un rôle très important dans la naissance de ce roman et a été très coopérative, excitée et enthousiaste. Elle m’a dit : "tu sais, Dani est vraiment quelqu’un que tu devrais rencontrer. Elle est sur le circuit depuis très longtemps. Elle a tout vu, elle est très pétillante et c’est très facile de discuter avec elle. Elle partagera son expérience avec plaisir". Elle nous a organisé un rendez-vous et nous sommes allées dîner. Et Daniela était exactement comme Micky l’avait décrite. J’avais en grande partie développé le personnage de Charlie avant de la rencontrer mais Daniela m’a aidée à remplir les vides sur certains points spécifiques de son quotidien, comme les entraînements et son régime alimentaire. Autant d’éléments qui, j’espère, rendent le roman plus réaliste.

LCI : Vous avez sans doute été surprise par certaines anecdotes qu’a pu vous conter Daniela. Qu’elle est la première qui vous a marquée ?

Lauren Weisberger  : Je ne parlerai pas vraiment d’anecdotes mais c’est elle qui a mis en évidence quelque chose qui aurait dû être évident pour moi. Je sais que les voyages sont éreintants mais je n’avais pas compris qu’elle ne pouvait s’engager auprès de personne. Quand elle commence un tournoi, elle ne sait pas si elle va se faire sortir le premier jour ou si elle sera en finale deux semaines plus tard. En conséquence, elle ne peut rien planifier. Elle annule tout en permanence, même les réunions de famille. Je n’avais pas réalisé que cette incertitude constante, cette incapacité de pouvoir dire si oui ou non elle sera présente au mariage de sa meilleure amie, comme Charlie, étaient avec elle tout le temps.

LCI : On a l’impression de lire le journal intime d’une championne et de se trouver dans les vestiaires des tournois les plus prestigieux avec elle. Vous êtes-vous également rendue en coulisses ?

Lauren Weisberger  : La WTA m’a offert un accès backstage. Mais curieusement, personne ne rentre jamais dans un vestiaire. Jamais. Même les entraîneurs. Alors j’ai écrit ces scènes-là à partir de ce qu’on m’avait raconté. Mais celle où la styliste entre dans le vestiaire pour relooker Charlie, c’est de la pure imagination. Je me suis baladée dans le salon des joueurs et la salle où ils dînent. C’était très intéressant car c’est un monde totalement différent en coulisses. J’y ai passé pas mal de temps à tout observer.

LCI : Combien de temps cela vous a-t-il pris pour collecter toutes ces informations sur le monde du tennis ?

Lauren Weisberger  : Je l’ai fait par intermittence pendant huit mois parce que je devais attendre chaque tournoi. J’ai été à Wimbledon, à l’US Open, à Miami, à Charleston, dans le Connecticut… Tous ceux cités dans le roman. C’était bien mieux d’y avoir assisté pour pouvoir décrire ce qui s’y passe. Je n’ai pas été à l’Open d’Australie alors qu’une scène s’y déroule donc j’ai fait beaucoup plus de recherches. Mais ce n’est pas pareil.

Une adaptation au cinéma ? J’adorerais. Croisons les doigts !Lauren Weisberger

LCI : Le film "La plus belle victoire", dans lequel Kirsten Dunst incarne la numéro un américaine qui tombe amoureuse d’un futur joueur retraité anglais (Paul Bettany), dévoilait déjà les coulisses du tennis. Imaginez-vous que votre roman soit adapté au cinéma ?

Lauren Weisberger  : J’espère ! Ce serait merveilleux. Je peux le voir, j’adorerais. Croisons les doigts.

LCI : Vous avez grandi en Pennsylvanie, nous sommes à Paris aux BNP Paribas Masters. Auriez-vous imaginé être là quand vous étiez enfant ?

Lauren Weisberger  : Non, non ! J’ai toujours aimé écrire. J’ai obtenu un diplôme d’anglais à l’université et j’ai travaillé en presse magazine parce que j’adorais écrire, pas parce que j’aimais la mode. Je n’ai jamais rêvé d’être une romancière. C’est arrivé comme ça, c’est un accident merveilleux.

LCI : Avez-vous déjà une idée pour votre prochain roman ?

Lauren Weisberger  : Oui mais je ne peux rien vous dire. Ce sera différent et à la fois similaire à ce que j’ai écrit jusque-là, des histoires de femmes. Ce ne sera pas sur un sport (elle sourit).

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