Le nouveau Lucky Luke détourne "Rabbi Jacob" et ça tombe à plat

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COME-BACK – Avec "La terre promise" (Dargaud), Jul au scénario et Achdé au dessin viennent de publier la 79e aventure de Lucky Luke. On attendait beaucoup de cette traversée du Far West en compagnie d’une famille juive ashkénaze, mais les gags nous ont semblé bien éculés.

Lucky Luke n’a rien d’un cowboy solitaire. Qu’il le veuille ou non, il est toujours entouré de bandits, d’indiens, d’escrocs sur lesquels il tire plus vite que son ombre. Depuis sa première aventure, en 1946, Lucky Luke n’a jamais vieilli ; comme Astérix, les Schtroumpfs ou Corto Maltese, il a même survécu à la mort de son créateur, Morris, en 2001.

Le dessinateur Achdé s’est approprié le trait de Morris, au détail près, comme cette habitude qu’ont les personnages de fermer les yeux lorsqu'ils parlent. Côté scénario, Laurent Gerra, Tonino Benacquista et Daniel Pennac se sont succédé pour inventer de nouvelles aventures sans les révolutionner. Cette année, c’est au tour de Jul de signer La terre promise. On retrouve parfois la patte de l’auteur de Silex and the City dans ses jeux de mots et détournements, mais en demi-teinte, comme si le choix du sujet avait exigé plus de prudence que de folie créatrice.

C’est une sorte de Rabbi Jacob au Far West que proposent Jul et Achdé : un ami de Lucky Luke demande à notre cow-boy d’escorter sa famille, des juifs qui ont quitté la Pologne pour refaire leur vie à Chelm Citu, leur "terre promise". La diligence embarque un rabbin attachant, son épouse et leurs deux petits-enfants. Le petit groupe va traverser les embûches classiques du grand ouest américain, avec le décalage culturel et religieux auxquel on pouvait s’attendre. 

Cependant, si ce décalage a été porté à son sommet humoristique dans Rabbi Jacob, l’album se contente de jouer sur les clichés (la mère juive, la carpe farcie, les interdits alimentaires…). Quant à reprendre les blagues du film pour les adapter maladroitement au contexte, ça tombe complètement à plat ("Comment, Lucky Luke, vous n’êtes pas juif ?") Les jeux de mots qui fusent d’habitude chez Jul sont ici très soft, et les différents niveaux de lecture promis dépassent rarement le premier degré. Ou alors est-ce parce que, contrairement à Lucky Luke, on a vieilli ?

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