"Le sang des éditeurs" : crimes à la page

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POLAR – Vous ne lirez plus jamais un livre de la même façon. Avec "Le sang des éditeurs", Mehdi Omaïs dresse un portrait amer – et jouissif – des méandres de l'édition à travers le prisme d'un être solitaire et lunatique.

Jusqu'où iriez-vous pour parvenir à vos fins ? Dans Le couperet, le héros incarné par José Garcia trucidait un à un ses rivaux à l'embauche pour devenir l'heureux élu. Notre collaborateur Mehdi Omaïs va encore plus loin dans son cinquième roman, Le sang des éditeurs. Le livre nous plonge dans les coulisses de l'édition, décrit comme un milieu sans pitié qui privilégie le sensationnalisme et les bimbos écervelées aux écrivains plus sérieux. Théophile Mansardier, jeune homme lambda, a repris le commerce de couteaux de son père après sa mort. Mais en secret, il rêve plutôt d'un destin littéraire qui le conduirait à squatter les têtes de gondole. Après avoir essuyé de nombreux refus pour la publication de son premier roman, le personnage va se muer en un être obscur et orchestrer un plan pour le moins machiavélique consistant à éliminer ceux qui ont osé lui dire non.

Un héros en marge de la société

Au-delà d'une critique acerbe du microcosme littéraire, le roman dresse le portrait d'un être esseulé et amer qui ne correspond plus au moule de notre société. Une esquisse réaliste qui pourrait bien s'appliquer à tous les milieux professionnels. Construction habile du récit, sens de la formule, violence graphique... l'auteur d'origine sénégalaise parvient à tirer le meilleur de cette histoire abracadabrantesque, qu'on imagine très bien transposée en série ou en bande dessinée. Cinéphile obsessionnel, l'écrivain et journaliste distille d'ailleurs ses scènes d'action comme autant de plans séquences d'une clarté évidente. Espérons seulement pour lui que l'origine de la trame ne soit pas trop autobiographique.

Le sang des éditeurs, de Mehdi Omaïs, aux éditions Pascal Galodé, 18,91 euros.

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