"Les Salauds devront payer" : Emmanuel Grand dans l'enfer du Nord

"Les Salauds devront payer" : Emmanuel Grand dans l'enfer du Nord

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NOIR, C’EST NOIR – Le crime vous passionne ? Chaque semaine, retrouvez le coup de cœur de Marc Fernandez, notre expert du roman policier. Aujourd'hui : "Les Salauds devront payer", de Emmanuel Grand.

On l’a dit la semaine dernière ici même, cette année polar 2016 s’annonce plus noire que noire. Le second roman d’Emmanuel Grand ne déroge pas à la règle. Les Salauds devront payer (éditions Liana Levi) porte bien son titre tant il nous dépeint une galerie de portraits et des situations d’une violence sans pareil. Le capitalisme le plus sauvage dans toute sa splendeur en guise de décor, des meurtres (il en faut bien, c’est du policier), mais surtout une plongée en apnée dans la misère, dans un quotidien où le chômage se mêle aux problèmes de drogue, où les luttes du passé ressurgissent dans un présent des plus compliqués. Qui sont les vrais salauds ? L’auteur vous livre sa réponse en 380 pages…

► C’est qui ?
Emmanuel Grand, bientôt 50 ans, est né et habite en région parisienne. Il a fait une entrée tardive mais remarquée dans le monde du polar avec son premier roman, Terminus Belz, paru en 2014. Une presse unanime, dont metronews, et de nombreux lecteurs conquis pour ce texte noir qui, déjà, s’interrogeait sur notre société et posait un regard sombre et critique sur elle. Disponible en poche (chez Points Seuil), il est en lice pour le Prix SNCF du polar. Un an après ses débuts, Grand participe aux Petits Polars du Monde, avec une nouvelle intitulée Pavillon rouge à La Baule. En moins de temps qu’il n’en faut pour écrire un livre, il a réussi à se faire une place de choix dans le milieu.

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► Ça parle de quoi ?
Entre Valenciennes et Douai, Wollaing, petite ville du nord qui survit tant bien que mal depuis la fermeture de l’usine Berga dans les années 80, qui employait plus d’un millier d’ouvriers, connait un événement tragique. Pauline, une jeune toxico, fille de Rémy Leroy, ancien syndicaliste, est retrouvée assassinée dans un terrain vague. Tout le monde pense immédiatement que c’est Freddie Wallet qui a fait le coup. Freddie possède une salle de boxe mais arrondit ses fins de mois en faisant dans la récupération musclée de dettes pour le compte d’un organisme de crédit illégal sur internet. Le commandant Buchmeyer et la lieutenant Bouazem vont enquêter. Et vite se rendre compte que les apparences sont trompeuses. Avec aussi l’idée que les vieilles plaies du passé, celles liées aux luttes sociales et syndicales de l’usine notamment, ne sont pas encore refermées…

 Pourquoi on aime ?
C’est un roman noir social et politique que nous propose là Emmanuel Grand. Un bon polar, bien mené, bien écrit. Un petit bémol tout de même sur les quarante premières pages qui empêchent le lecteur de plonger directement dans l’histoire. Une fois passée cette sorte d’introduction historique, le rythme est soutenu, la langue et le style d’une efficacité redoutable et on apprécie les quelques traits d’humour bien senti, les personnages sont bien campés, et l’intrigue, plus qu’à la résolution du crime, se concentre sur le contexte local, historique, politique, social. On pense à d’autres auteurs qui, eux aussi, ont choisi le polar pour montrer les ravages d’un monde libéral et de plus en plus fou, tels Dominique Manotti dans Lorraine Connexion et Nicolas Mathieu dans Aux animaux la guerre. Deux belles références pour un "jeune" auteur qui confirme ici son talent pour décrire notre côté le plus sombre.

>> Les Salauds devront payer, d’Emmanuel Grand. Éditions Liana Levi, coll. Policiers, 380 pages, 19 €
 

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