"Les Voleurs de sexe" de Janis Otsiemi, ou la face cachée du Gabon

"Les Voleurs de sexe" de Janis Otsiemi, ou la face cachée du Gabon

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NOIR, C’EST NOIR – Le crime vous passionne ? Chaque semaine, retrouvez le coup de cœur de Marc Fernandez, notre expert du roman policier. Aujourd'hui : "Les Voleurs de sexe", de l'écrivain gabonais Janis Otsiemi.

Lire, c’est voyager, c’est s’évader, dit-on. Et à en croire les professions de foi de nombreuses collections de romans policiers, lire du polar, c’est un voyage un peu particulier, souvent dans les bas-fonds de la société, d’un pays, d’une ville, une plongée dans ce qu’il peut y avoir de plus sombre ou mauvais chez l’homme. La terre est noire comme un polar et ce genre décrit comme personne la réalité. Janis Otsiemi, auteur gabonais, est sans doute l’un des plus fins observateurs de son pays. Dans Les Voleurs de sexe (éditions Jigal), il nous fait découvrir Libreville en particulier et le Gabon en général. Mieux que n’importe quel guide touristique, la lecture de ce roman nous fait dire que le romancier détient la vérité.

► C’est qui ?
Janis Otsiemi, retenez bien ce nom. Né en 1976 à Franceville (province du Haut-Ogooué) au Gabon, cet auteur a su, en quelques romans, se tailler une solide réputation. Certains l’ont même surnommé, à juste titre, le roi du polar gabonais. Pourtant, il se fait connaître avec un texte qui n’a rien d’un policier, Tous les chemins mènent à l’Autre, qui reçoit le prix du Premier roman en 2001. Ce sont ses amis qui le poussent à se lancer dans le polar, pour qu’il parle d’eux, qu’il raconte leur vie, leur histoire en quelque sorte. Et bien lui en a pris de les écouter. La Bouche qui mange ne parle pas (2010), Le Chasseur de Lucioles (2012), African Tabloïd (2013) entre autres, marquent son entrée remarquée dans le monde du roman noir.

► Ça parle de quoi ?
Bienvenue à Libreville, où une rumeur folle envahit la ville et crée la psychose. De louches individus, d’une simple poignée de main, détrousseraient les passants de leurs bijoux de famille… Ils sont vite surnommés les voleurs de sexe. Dans le même temps, un simple accident de la route va virer à l’affaire d’Etat. Il faut dire que le conducteur mort possédait un jeu de photos plutôt compromettantes pour le pouvoir en place, notamment le président de la République… Du coup, les gendarmes de la Direction générale des recherches mènent l’enquête. C’est dans ce contexte électrique que le capitaine Pierre Koumba, directeur des affaires criminelles de la PJ de Libreville, grand amateur de paris hippiques, s’occupe avec son équipe de retrouver les auteurs d’un braquage d’un homme d’affaires chinois qui a mal tourné. A Libreville, la vie n’est décidément pas un long fleuve tranquille…

► Pourquoi on aime ?
De sacrés personnages, pas une mais plusieurs intrigues qui s’entremêlent sans jamais que le lecteur ne soit perdu, des dialogues d’un réalisme troublant, un décor et une atmosphère sombre, parfois poisseuse comme une nuit chaude et humide sans climatisation, Les Voleurs de sexe est une petite pépite bien noire, non dénuée d’un certain humour. On retrouve ici aussi la patte Otsiemi, avec cette langue vivante, ces mots inventés, ces "gabonismes" qui peuvent faire rire mais toujours bien sentis. Ce n’est pas pour rien qu’un grand quotidien national français avait affirmé qu’il "faisait des bébés à la langue française". Et quels bébés ! C’est sexe, mensonges et compagnie, c’est direct, parfois même très cash, drôle, efficace, intelligent, réaliste. Pour notre plus grand plaisir.

>> Les Voleurs de sexe, de Janis Otsiemi. Éditions Jigal, 199 pages, 18 €

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