Lilian Thuram : ''L'histoire du monde n'est ni blanche ni noire''

Lilian Thuram : ''L'histoire du monde n'est ni blanche ni noire''

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INTERVIEW – Lilian Thuram sort ''Notre histoire'', une BD inspirée de son essai ''Mes Etoiles noires, de Lucy à Barack Obama''. Une œuvre qui poursuit le même objectif que la fondation du champion du monde de foot 98 : l'éducation contre le racisme.

Comment est né cet ouvrage ?
La maison d'édition Delcourt m'a proposé cette adaptation de ''Mes Etoiles noires''. J'ai accepté car c'est un prolongement logique qui permet de toucher une autre population de lecteurs, notamment les enfants.

Vous êtes un lecteur de BD ?
Enfant, j'étais abonné à Pif. Quand je jouais au foot, lors des déplacements, je lisais Picsou. Les autres me regardaient de travers.

''Notre histoire'' s'ouvre avec le projet de votre mère de quitter la Guadeloupe pour la métropole. Pourquoi teniez-vous à partager son histoire avec nous ?
Les parents ont parfois une certaine pudeur à raconter leur vie et leurs difficultés à leurs enfants. Mais c'est un des plus beaux cadeaux à leur faire. Connaître son histoire familiale est la meilleure façon de se connaître soi-même et d'être mieux armé pour affronter la vie.

''Je suis devenu noir dans le regard de l'autre''

Dans cette BD, on découvre qu'enfant vous vous êtes fait traiter de ''noiraude'' à l'école. C'est à ce moment-là que vous avez pris conscience de l'existence du racisme ?
Complètement. Ce moment de ma vie est très important parce que d'un coup je suis devenu noir dans le regard de l'autre, avec tous les préjugés que cela comporte. A partir de là, je me suis intéressé à cette idéologie d'une prétendue race blanche supérieure et d'une prétendue race noire inférieure, chaînon manquant entre le singe et l'homme. Cette construction idéologique a permis à certains de s'octroyer des avantages. Or, en temps de crises économiques, chacun essaye de conserver ses avantages liés à sa couleur de peau ou à son sexe. Il faut accepter de redistribuer les cartes.

Parmi toutes les étoiles noires, vous avez choisi de présenter ici le commandant Delgrès, qui a lutté contre l'esclavage en Guadeloupe, et Anténor Firmin, un intellectuel haïtien. Pourquoi eux ?
Dans une société il y aura toujours des gens, comme Napoléon, qui voudront rétablir l'esclavage et d'autres qui n'accepteront pas l'oppression comme Delgrès. Sa devise était ''vivre libre ou mourir''. Il faut préparer les enfants à lutter pour la liberté et pour l'égalité. A la fin du XIXe siècle, Anténor Firmin a, lui, déconstruit l'idée de race. Mais il ne pouvait pas être entendu car il allait à l'encontre de l'idéologie de l'époque qui était celle de la colonisation. Pour exploiter les gens, il faut construire leur infériorité.

Avec votre fondation, vous allez dans les écoles pour parler du racisme. Comment cela se passe-t-il ?
Les enfants sont beaucoup plus réceptifs que les adultes aux discours sur l'égalité car ils ne sont pas encore conditionnés par des habitudes culturelles. Avec la fondation nous mettons à la disposition des professeurs des outils pédagogiques pour une éducation humaniste. L'école devrait raconter l'histoire du monde qui n'est ni blanche ni noire mais commune à l'espèce humaine.

Un pronostic pour la Coupe du monde ?
J'ai trop longtemps joué au foot pour faire des pronostics. C'est impossible.

Votre sentiment sur l'équipe de France alors ?
Il y a de très bons joueurs, c'est une très bonne équipe avec un très bon état d'esprit. La victoire contre l'Ukraine a été très importante. Ils ont eu la force de faire groupe pour aller chercher la qualification. J'espère qu'ils vont avoir l'intelligence de se mettre à la disposition de l'autre pour aller le plus haut possible.

''Notre histoire'', de Lilian Thuram, Jean-Christophe Camus et Sam Garcia. Editions Delcourt, 17,95 €.

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