Mais qui est la "Trafiquante" sous le masque d'Eva Maria Staal ?

Mais qui est la "Trafiquante" sous le masque d'Eva Maria Staal ?

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LIVRES - Polar, thriller, roman noir... Chaque jeudi, retrouvez le coup de coeur de Marc Fernandez, cofondateur et rédacteur en chef de la revue "Alibi". Aujourd'hui : "Trafiquante", de Eva Maria Staal.

Dans ce monde où l’argent est roi mais où la crise persiste, il existe un métier très ancien et qui continue plus que jamais à être très lucratif : vendeur d’armes. Un monde que l’on imagine volontiers masculin, violent, sans morale. Un monde qu’une femme, Eva Maria Staal, a côtoyé de près durant de nombreuses années. Un monde qu’elle a maintenant quitté et dont elle a tiré un livre qui en décrit les coulisses, Trafiquante, qui a reçu le prix de l’Ombre, récompensant le meilleur premier roman noir batave.

C’est qui ?
Peu de personnes connaissent la véritable identité de l’auteure de ce livre. Eva Maria Staal est un pseudonyme. Cette Néerlandaise d’une cinquantaine d’années préfère, pour des raisons de sécurité, ne pas dévoiler son nom, ni son visage, raison pour laquelle peu d’images d’elle circulent et, sur celles qui sont autorisées, elle est masquée. Il faut dire qu’elle a travaillé durant quinze ans dans la vente (le trafic ?) d’armes. Un commerce où la frontière entre le légal et l’illégal est plus que mince. Aujourd’hui, elle est rangée comme on dit, et elle écrit, notamment pour le magazine Dutch Monthly.

Ça parle de quoi ?

Voici donc la vie d’Eva Maria. Elle habite aux Pays-Bas, elle est mariée à Martin et le couple a une petite fille, Nella. En apparence une famille comme les autres. En apparence seulement. Car en réalité, la jeune femme a gagné beaucoup d’argent en travaillant, il y a dix ans, pour un certain Jimmy Liu. Un marchand d’armes fantasque, d’origine chinoise, qui a un petit faible pour les chars et… les escort-boys. D’Islamabad à Karachi, en passant par Pékin, Téhéran et Kuala Lumpur, Trafiquante nous plonge dans le monde impitoyable des contrats d’armement. Des millions de dollars sont en jeu, des morts et de la corruption, voici le décor…

Pourquoi on aime ?
Entre le roman noir et la biographie, ce texte est un véritable ovni littéraire. Par son sujet donc, peu connu du grand public et qui est décrit ici avec une précision et moults détails qui font froid dans le dos. Par son style ensuite. À la première personne, alternant les allers-retours entre le passé et le présent. Entre les scènes terribles de négociations, les voyages au cœur des guerres qui sévissent sur le globe, et la vie quotidienne d’une tranquille, vivant dans une banlieue paisible. À la différence près qu’Eva Maria Staal se livre, dans le même temps, à un véritable travail d’introspection. Elle nous donne aussi à réfléchir sur la face la plus sombre de notre monde.

Trafiquante, de Eva Maria Staal, trad. Yvonne Pétrequin. Éditions du Masque, 287 pages, 19,50 €
Retrouvez la revue Alibi dans toutes les bonnes librairies et sur Twitter (@Alibimag). Le numéro 10 en vente à partir du 9 avril
 

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