Marathon de Paris 2016 : les (bonnes) nouvelles d'un marathonien avant de prendre le départ

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RECUEIL – Le Salon du Running a ouvert ses portes jeudi 31 mars, et le 40e Marathon de Paris aura lieu dans la foulée, dimanche 3 avril. Autant dire que les 57.000 inscrits commencent à avoir le trac qui monte et des fourmis dans les jambes. Pour entretenir cette hâte galvanisante, on peut lire les dix belles nouvelles de "Marathon" (JC Lattès) écrites par Pascal Silvestre, lui-même multi-marathonien, qui prend la course côté cœur.

Pascal Silvestre est bien connu de la petite communauté du running français. Il a créé le site Runners.fr, site dévolu à la course à pied, avec ses rubriques techniques, ses tests de chaussures chaque fois plus élaborées et ses conseils diététiques à base de sucres lents. Son site s'est toutefois démarqué de la concurrence grâce au billet hebdomadaire du maître des lieux.

Le bonhomme n'est pas qu'un coureur d'élite (une cinquantaine de marathons au compteur, un record de 2 h 39 à Berlin). C'est aussi une jolie plume et un esprit hypersensible qui sait précisément décrire en quoi la course dépasse le sport d'endurance pour devenir une quête personnelle, une folie très planifiée, un dépassement de soi, en évitant les clichés que nous venons d'aligner.

"Chaque concurrent prend le départ avec des comptes à régler, avec l'espoir de cicatriser de vieilles plaies, avec un besoin immense de vivre un voyage intérieur." (p. 248)

Les éditions JC Lattès ont eu la bonne idée de proposer à Pascal Silvestre de développer ces bouts de vie en mouvement en vraies nouvelles. Les voici, ces dix textes écrits sans chrono, réunis dans le sobrement intitulé Marathon, qui évoque les très diverses raisons qui attirent des hommes et des femmes de tous niveaux et de tous âges à parcourir 42,195 km. Impossible, à le lire, de ne pas se dire "si eux y arrivent, pourquoi pas moi ?"

"J'aimais que mon corps obéisse et prenne le pouvoir. Combien de fois me suis-je dit que j'avais assez couru et pourtant je courais encore. Mon corps n'en avait jamais assez. Vous rendez-vous compte ? J'ai aujourd'hui quatre-vingt cinq ans et il me semble que mes cavalcades d'enfant datent de quelques jours seulement." (p. 58)

Il y a beaucoup de vécu dans ces histoires. Des pans largement autobiographiques, d'autres glanés dans les pelotons, à la faveur des rencontres que ce sport dit solitaire engendre plus qu'on ne le croit. La mélancolie de la plupart des personnages se dissipe dès qu'ils chaussent leurs runnings pour piétiner leurs soucis, leurs frustrations, ou tout simplement leur ennui. Bourvil le bénévole ou Angélique la retraitée des pistes prouvent qu'on peut être touché par la grâce de la course sans même avoir à se fatiguer.

"Regarde-toi André, avec tes sacs de petits pois et ta bouteille d'eau bourrée de minéraux, même pas douché, encore sous l'effet des endorphines de ta séance d'entraînement mais bientôt épuisé, bon à rien d'autre que d'avaler des sucres lents et d'aller dormir." (p. 167)

Pascal Silvestre revient souvent sur l'impact qu'un tel engagement a forcément sur une vie de couple. Lorsque l'un des deux est en "prépa marathon", l'autre doit subir les quatre entraînements hebdomadaires, les régimes, l'obsession qui régit la vie du coureur jusqu'au jour du départ. Certains deviennent supporters ; d'autres ne supportent pas. Mais une chose est sûre : on n'est plus jamais le même après avoir couru 42,195 km. On devient marathonien, et ça change la vie – en mieux.

EN SAVOIR + 
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