Marc Lavoine : ''J'étais possédé par les choses que je possédais''

Marc Lavoine : ''J'étais possédé par les choses que je possédais''

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INTERVIEW – Musicien, acteur, Marc Lavoine rajoute une nouvelle corde à son arc avec ''L'homme qui ment'', un récit consacré à son enfance passé en banlieue parisienne entre un père communiste, coureur de jupon, et une mère mélancolique.

Qu'est-ce qui vous a motivé à 52 ans pour écrire ce livre sur votre enfance ?
La chanson et le cinéma m'ont emmené mais j'avais envie d'être écrivain depuis l'âge de 13 ans. Ecrire, c'est une liberté. On arrête les heures mais on n'arrête pas le temps. Aujourd'hui, la vie impose une rythmique très sévère. Je n'arrive pas à suivre. Et puis, mes parents sont morts et je me suis demandé comment rendre vivant le silence, le vide.

Que signifie cette exergue : ''Récit basé sur une histoire fausse'' ?
Ce livre rassemble des souvenirs d'enfance qui sont approximatifs, peut-être embellis. C'est mon interprétation de l'histoire. Je n'ai pas voulu écrire une autobiographie mais créer quelque chose d'authentique.

Qu'avez-vous gardé de votre éducation ?
J'ai eu deux éducations très différentes. Ma mère était catholique ce qui ne l'empêchait pas de vendre du muguet le 1er Mai. Elle pensait le communisme comme moi. Certains préfèrent construire des murs, d'autres des ponts. Moi, j'aime les ponts. Mon père était davantage dans l'étendard. J'en garde des principes d'action avec un engagement autour du monde agricole, de l'autisme, de l'enfance. Mes parents m'ont également appris que la notoriété doit être synonyme d'humilité sinon on est une vedette. Or, on est dans un monde qui fabrique des vedettes.

Avez-vous hérité de votre père un côté séducteur ?
Mon père était un séducteur mais cela n'était pas un jeu. Il était drôle, très gentil et gourmand. Il était comme ça à cause de la guerre d'Algérie. Après tous ces morts, il s'est jeté dans la vie. Il a soigné ses angoisses dans le plaisir de la chair.

''J'admire les gens qui passent toute leur vie ensemble''

Malgré la mélancolie de votre mère et les infidélités de votre père, on a l'impression que vous avez eu une enfance heureuse...
Je suis content d'avoir eu cette enfance là. C'était une enfance heureuse mais mélancolique. Mais, de toute façon, un enfant n'est pas un juge de ses parents. Les parents sont un couple et le couple ne doit pas être l'otage de la famille. Mes parents se sont rencontrés très jeunes. Ils ont été pris par quelque chose d'absolu. Ils pensaient traverser la tempête de la vie sans dommage. C'était du rêve. J'admire les gens qui passent toute leur vie ensemble. J'espère qu'il en sera de même avec Sarah, la femme qui partage ma vie depuis 21 ans. Maintenant, je ne suis pas elle. Elle peut prendre des chemins différents qui peuvent nous éloigner. Et puis, est-ce qu'on sait vraiment ce qu'est la vie. A quoi ça sert ?

Avez-vous trouvé la réponse ?
Aujourd'hui, on apprend un peu ce qu'est la souffrance interne d'être mis en danger, de vivre l'agression. On a souvent cru que notre façon de voir les choses était la valeur universelle. On est en train de comprendre, avec amertume et douleur, que ce n'est pas le cas. On est dans une société qui ne met pas les hommes, les femmes et les enfants au cœur de ses préoccupations. Il faut résister.

C'est aussi le règne de consommation...

Il m'est arrivé que mon appartement brûle. J'ai alors compris que j'étais possédé par les choses que je possédais. Cette crémation a fait de moi un homme plus libre. On nous a enfermé dans des besoins et on s'est laissé faire parce que le regard de l'autre est important. Les artistes montrent le monde tel qu'il est, contrairement aux réseaux sociaux comme Instagram ou Facebook, qui nous montrent une vie rêvée, impossible.

Trouvez-vous que nous sommes trop dans l'instantané ?
J'ai écrit ce livre pour prendre mon temps et même un peu le perdre. Aujourd'hui, on n'a plus le droit de perdre son temps. Tout le monde déteste la routine, il faut tout le temps faire des choses. Je n'ai pas cette capacité.

Et vous, quel genre de père êtes-vous ?
J'essaye de comprendre mes enfants, leurs particularités. Ce sont mes enfants mais ils ne m'appartiennent pas. C'est une tentative d'amour, la vie. J'essaye d'être à leur hauteur de leur enfance.

Et quel type de mari ?
Je crois en l'amour. Je crois beaucoup au projet du couple, peut-être parce que mes parents se sont désaccouplés. J'ai besoin de voir la vie à deux.

Comptez-vous poursuivre dans l'écriture ?
Oui, peut-être avec un roman. Mais j'attends de voir comment est accueilli ce livre. Et je me verrai bien travailler sur L'homme qui ment d'une façon cinématographique.

L'homme qui ment, de Marc Lavoine, éditions Fayard, 190 p., 17 €.

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