Marguerite Abouet : "Les enfants sont des aventuriers urbains, comme les adultes"

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RÉACTIONS - A l'occasion du Salon du livre jeunesse, qui se tient jusqu'au 7 décembre à Montreuil, nous avons demandé à plusieurs écrivains et illustrateurs comment aborder les attentats du 13 novembre avec les jeunes lecteurs. Aujourd'hui, Marguerite Abouet, scénariste des séries "Aya de Yopougon" et "Akissi" (Gallimard).

Des enfants submergés par les informations
"Les enfants sont malheureusement trop submergés par les infos, les écrans et de tout ce qu’ils entendent. Ils ne sont pas dans une bulle protectrice. L’important est donc de savoir ce qui peut les inquiéter. Ayant un petit garçon de 8 ans et demi, je sais ce qu’ils peuvent penser de tout ça. Les questions qu’ils se posent. Je peux donc mieux comprendre leurs interrogations, leurs doutes. Il est important de leur répondre et de ne surtout pas les exclure. D’où l’importance de la communication et de la manière de dialoguer."

La littérature jeunesse comme mode d'emploi du monde moderne
"Les enfants sont aussi des aventuriers urbains, comme les adultes, qui essaient tout simplement de vivre avec le monde qui les entoure. Ce qui leur demande énormément de volonté et de courage, car l’art de vivre ensemble, de tisser les liens, de s’accepter les uns les autres sont des combats quotidiens. Alors oui, la littérature jeunesse doit servir à les éclairer sur le monde, donc à les aider à mieux grandir, à mieux se défendre. Cette littérature doit leur permettre de se comprendre, d’être solidaire, d’apprendre l’autre, de se confronter aux peurs qui les  préoccupent."

Traiter des attentats du 13 novembre dans un livre
"Habituellement, je n’aime pas réagir à chaud sur une actualité aussi difficile avec des victimes, parce qu’il m’est nécessaire d’avoir un peu de recul, sans trop y mettre d’affect. Mais là, j’accepterais, peut être parce que cela concerne les enfants. En leur racontant justement une histoire, avec des mots simples pour le dire, ce que je sais faire. Avec eux pour protagonistes. Avec leurs propres questions. Y répondre avec leurs mots. J’ai l’habitude de dire et de croire que pour faire une bonne histoire, il faut une bonne dose de bienveillance, beaucoup d’humanité, un peu d’imagination… Et des pincées d’humour pour que les enfants puissent continuer de rêver à un  monde plus beau, plus solidaire, plus humain tout simplement."

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