Mélisa Godet : "Il faut aller au-delà des clichés sur les squats"

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LITTERATURE – A 29 ans, Mélisa Godet, chargée de développement dans une société de production cinéma à Paris, publie "Les Augustins" (éd. JC Lattès), prix Nouveau Talent 2014 de la Fondation Bouygues Telecom. L'histoire d'une jeune journaliste qui raconte à travers ses reportages le quotidien d'un squat.

Comment est né votre projet de roman "Les Augustins"?
Au départ c'était un projet de série écrit pour la télévision il y a plusieurs années et pour lequel j’avais eu une aide à l’écriture de la Sacd (Société des auteurs et compositeurs dramatiques), le tout premier encouragement à écrire que j’ai reçu. Mais à l'époque, certains responsables de chaîne à qui je l’ai présenté m’ont dit que le sujet, le squat, n'était pas adapté au petit écran car trop anxiogène. Du coup, même si je tenais beaucoup à ces personnages, j’ai dû les laisser de côté. Quand j'ai décidé de participer au prix Nouveau Talent, je me suis dit que c’était la dernière chance d’essayer de les faire exister.

Pourquoi avoir choisi de situer l'histoire de vos personnages dans un squat ?
A la base, mon envie était de traiter, avec un récit à voix multiples, d’une galerie de personnages qui évolueraient en tribu, car c'est une notion dans laquelle je me reconnais. Personnellement dans ma vie de tous les jours je fonctionne beaucoup en tribu, avec les amis notamment, c'est très important pour moi cette notion de famille qu’on se choisit et qui s’ajoute à celle qu’on a déjà. Ensuite un des personnages, Lino, est inspiré d'un SDF qui squattait une vieille maison proche du lycée où j’allais en Normandie. Il s’habillait en pirate et se faisait appeler le Capitaine ! Il "gérait" cette maison où venaient s’abriter d’autres sans-abri. Il m’a inspiré ce personnage qui serait comme le capitaine d’un navire tout déglingué avec un équipage tout aussi "déglingué". Et puis quand je suis arrivée à Paris pour poursuivre mes études, j’ai habité chez ma tante près du Canal Saint Martin. C'est l’année où les Enfants de Don Quichotte avaient installé ces tentes sur les berges pour alerter sur le mal logement. Ça a été un choc de voir l’étendue des problèmes de logements en même temps que la volonté de ces gens qui se battent pour s’en sortir.

Votre roman peut-il être perçu comme un acte militant ?
Il y a évidemment l’envie d'alerter sur ces questions de mal logement, sinon j’aurais choisi un autre sujet. Je ne suis pas une militante, mais il y avait l’idée de faire découvrir aux lecteurs le quotidien de ces personnages. Et d’aller au-delà des clichés sur les squats qui recouvrent de multiples réalités. Dans celui que je décris, les habitants s’organisent pour défendre leur droit au logement. Car un squat n’est pas forcément un endroit glauque. Il peut y avoir des travailleurs précaires, des étudiants, des familles, des personnes de tous horizons qui ont comme point commun leur difficulté à se loger et souvent le fait d’avoir été cabossés par la vie.

Comment réagit-on quand on apprend que l'on va publier son premier roman ?
Je ne m'en suis toujours pas remise ! Le jour où le jury s'est réuni, j'attendais fébrilement au bureau. Mon téléphone a sonné, j'ai décroché, et quand Bruno Tessarech (le président du jury, ndlr) m'a annoncé que mon manuscrit avait été choisi, je me suis mise à pleurer. C'était un grand moment ! C'est la première fois que je m'essaie au roman et ça m'a décomplexée. Dans les prochains mois, je vais essayer de continuer à écrire. J’ai une idée autour d’un drame psychologique inspiré d'un fait divers.
 

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