Philippe Claudel : "Le Goncourt ne subit aucune pression"

Philippe Claudel : "Le Goncourt ne subit aucune pression"

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Philippe Claudel sort un récit autobiographique, "Parfums" (Stock). Nouveau juré de l'Académie Goncourt, il s'apprête à tourner son nouveau film.

Comment se passe votre rentrée littéraire ?
Quand j'aurai terminé la présentation de Parfums, je ne penserai plus qu'à mon prochain film, Avant l'hiver. J'ai rejoint l'Académie Goncourt, à son invitation, car j'estimais avoir été largement servi en prix littéraires, il me semblait qu'il était temps de rendre service aux autres. Et modestement, que j'allais pouvoir mettre en avant mes choix, mon amour de certains textes... La première liste qu'on a publiée est assez emblématique d'une certaine diversité au sein de notre jury, puisque des auteurs attendus par la presse et les maisons d'édition ne s'y trouvent pas, contrairement à d'autres, inattendus.

Cette première sélection se fait-elle en toute indépendance ?
Chaque membre de l'Académie lit beaucoup. On communique tout l'été, on se réunit avec notre liste de préférés, que notre secrétaire note en notre présence, on additionne les points et on prend les douze premiers. Ça se fait aussi bêtement que ça. Il n'y a aucune composition politique, il n'y a aucune pression pour faire plaisir à quelqu'un. Je ne lis d'ailleurs jamais les critiques littéraires, ni les critiques de cinéma, ni pour ce que je fais, ni pour les autres.

Quelle vue d'ensemble avez-vous de ces nouveaux romans français ?
C'était passionnant, après avoir beaucoup travaillé sur des morts quand j'étais universitaire, ce qui m'intéresse aujourd'hui, ce sont les auteurs vivants. Pouvoir les lire avant tout le monde, ça donne un concentré, un panorama de ce que peut être le roman aujourd'hui en France. J'en ai lu un peu plus de cent cet été. Ce serait hypocrite de dire qu'on a lu tous les romans de la rentrée.

Votre "Parfums" est à part, ne serait-ce que pour sa tonalité heureuse...
J'ai eu une enfance extrêmement privilégiée. On ramène souvent ces mots à des notions économiques car on vit dans une société gouvernée par l'argent. Mon enfance était pauvre, pas misérable mais très modeste, une famille de cinq personnes avec un seul salaire, et c'était très bien. Mon environnement familial m'a permis de devenir ce que je suis devenu. Mes parents n'étaient pas des intellectuels mais mon père était passionné d'histoire, ma mère aimait l'opéra...

Votre Lorraine natale, que vous n'avez jamais quittée, en est l'autre personnage principal...
On m'a demandé si ça ne me vexait pas qu'on me désigne comme un auteur régionaliste. C'est vrai que je suis très ancré dans ma région, mais la plus grande littérature régionaliste, soit 80% des romans français, c'est la littérature parisienne ! Mais c'est anecdotique. Aujourd'hui, c'est la première fois que je parle ouvertement de moi et du lieu où j'habite.

A lire :
Des souvenirs qui fleurent bon
Une soixantaine de récits, courts comme une bouffée de parfum, amenant à leur suite un souvenir d'enfance, l'évocation sensorielle d'une personne, d'un lieu, d'un moment. Parfums rappelle à quel point notre nez capte les sentiments cachés derrière une odeur. La chaleur de la cannelle, la violence de la prison, les premiers baisers au goût de chewing-gum, l'âcreté des pissotières ou la laine d'un pull-over composent un portrait de l'auteur en petites touches splendides.
Parfums, éditions Stock, 216 p., 18,50 euros.

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