Prix Goncourt 2016 : peut-on raisonnablement offrir "Chanson douce" pour Noël ?

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ANALYSE – Jeudi 3 novembre, Leïla Slimani a remporté le prix Goncourt au premier tour pour son deuxième roman, "Chanson douce" (Gallimard). Si un Goncourt constitue souvent un cadeau de dernière minute pour Noël, celui-ci n’est pas à offrir à tout le monde.

Avec son doux sourire encadré de boucles cuivrées, on donnerait le bon Dieu sans concession à Leïla Slimani. Est-ce qu’on lui confierait ses enfants ? C’est moins sûr après avoir lu Chanson douce, tout juste auréolé du prix Goncourt. Certes, on parle bien d'un roman, et pas d'une fiction autobiographique comme il y en a tant. Ce succès justifié de la rentrée littéraire va bientôt voir ses ventes s’envoler grâce au fameux bandeau rouge. L’effet Goncourt, c’est environ 350 000 exemplaires vendus, et un cadeau de dernière minute bien pratique à poser au pied des sapins de Noël. On vous prévient toutefois : ne l’offrez pas à n’importe qui, et surtout pas à de jeunes parents. 

Dans la lignée des "Bonnes" de Genet et de "La Cérémonie" de Chabrol

L’histoire circulait bien avant la consécration du Goncourt : celle d’une nounou qui assassine les deux enfants dont elle a la garde. On a connu plus gai. Mais Chanson douce, c’est un peu plus que le récit clinique du meurtre le plus abominable qu’on puisse imaginer : qui est Louise, cette quadra solitaire que les enfants adorent, cette perle dont ses employeurs ne peuvent plus se passer, cette femme parfois inquiétante, aussi, dont les réactions paraissent incongrues une fois sortie de l'appartement familial ? Avec une finesse psychologique et un sens du suspense très maîtrisé, Leïla Slimani aborde des thèmes aussi universels que la maternité : la misère sociale, la pression professionnelle et familiale que l’on s’impose souvent tout seul, et une certaine idée de la lutte des classes dans le Paris d’aujourd’hui. De la nitroglycérine pure.

Avec sa lente explosion, Chanson douce s’inscrit dans la lignée d’autres grandes œuvres terribles, comme Les Bonnes de Genet, pièce qui a inspiré au cinéma La Cérémonie de Claude Chabrol et Les blessures assassines de Jean-Pierre Denis. Mais aussi L’Adversaire d’Emmanuel Carrère, sur l’affaire Jean-Claude Romand, et qui ne cherchait pas non plus à expliquer comment l’impensable a pu arriver. Expliquer, non ; raconter, oui. Et c’est dans les interlignes que l'écriture de Leïla Slimani se déploie le plus efficacement, dans les non-dits de ce drame férocement intelligent, mais qu’il vaut mieux lire avec un filtre protecteur.

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