Qu’est-ce qui pousse les terroristes à agir ? Les réponses d’Eric-Emmanuel Schmitt

LIVRES
CONTE - Dans "L’homme qui voyait à travers les visages" (Albin Michel), Eric-Emmanuel Schmitt raconte les péripéties d’un jeune journaliste, capable de voir les morts qui accompagnent des vivants, et qui enquête sur un attentat commis devant une église.

Les voies de Dieu sont-elles vraiment impénétrables ? Après avoir raconté son extase mystique survenue il y a 30 ans dans La nuit de feu, Eric-Emmanuel Schmitt nous parle une nouvelle fois de Dieu avec L’homme qui voyait à travers les visages, publié aux éditions Albin Michel. 


Dans ce conte philosophique, on suit les péripéties d’Augustin, stagiaire dans un journal local de Charleroi. Complètement fauché et paumé, le jeune homme fait de son mieux dans cette rédaction dirigée par un tyran, qui n’épargne qu’Oum Kalthoum, la femme de ménage trans. 


Des religions trop humaines

Mais Augustin a un don : il voit les morts qui accompagnent les vivants. Et quand un terroriste se fait exploser devant une église, le jeune homme se retrouve au cœur de l’enquête menée par une procureure fantasque persuadée que tout est de la faute de Dieu. Pour elle, c’est lui qui pousse les hommes à agir de la sorte car sa nature est mauvaise. 


Cette thèse, Eric-Emmanuel Schmitt, qui apparaît dans le livre à la faveur d’une interview accordée à Augustin, n’y croit pas. Mais si l’auteur se range du côté de Dieu, il n’hésite pas à brocarder les religions qui  "commencent divines" et "finissent humaines". "Le temps les vide. En vieillissant, la forme prend plus d’importance que le fond", assure-t-il. 


Le terrorisme, une "maladie de la pensée"

Quant aux terroristes, leur violence relève, selon lui, d’une "maladie de la pensée". "Au lieu d’admettre les bornes de son esprit, le fanatique refuse d’ignorer ce qu’il ignore et préfère prendre ses options subjectives pour des vérités objectives. La violence surgit quand l’homme rejette ses limites", avance Eric-Emmanuel Schmitt pour qui l’intolérance relève d’une "peur de la perplexité" alors que "bien lire" les textes sacrés "implique une distance critique".


Avec cette magnifique fable fantastique, servie par une galerie de personnages extravagants, Eric-Emmanuel Schmitt nous invite à dépasser le stade de l’émotion suscitée par l’actualité pour entrer dans celui de la réflexion. Salvateur. 


Plus d'articles

Lire et commenter