Quais du Polar – Jake Adelstein, le journaliste qui traquait les yakusas dans "Tokyo Vice"

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AUTOBIOGRAPHIE – Parti étudier à Tokyo, l'Américain Jake Adelstein a travaillé dans le plus grand quotidien japonais, le "Yomiuri Shinbun", à la rubrique faits divers puis police-justice. En 2009, il a raconté ses enquêtes au cœur de la pègre japonaise, au péril de sa vie, dans" Tokyo Vice" : ce livre, longtemps interdit au Japon, vient d'être traduit en français chez les toutes nouvelles éditions Marchialy, qu'il est venu présenter dimanche 3 avril au festival Quais du Polar. En attendant son adaptation en série télé, avec Daniel Radcliffe dans le rôle du reporter.

Jake Adelstein aurait pu virer voyou. Dans son lycée du Missouri, il avait tendance à flanquer des raclées à ses camarades de classe. Pour l'aider à canaliser sa violence, un professeur lui a donné l'adresse d'un club de karaté. Son maître, qui venait d'Okinawa, a perçu son potentiel. Il lui a prêté des ouvrages sur le Japon, et peu après le bouillant Jake partait faire ses études à Tokyo, hébergé par un moine bouddhiste zen, pour ne plus jamais quitter le pays.

En 1993, Adelstein, qui a 24 ans, tente au culot le concours d'entrée du Yomiuri Shinbun, le plus grand quotidien du Japon avec ses deux éditions quotidiennes et ses 14 millions de lecteurs. Contre toute attente, il est pris, et devient le premier Américain à écrire en japonais dans ce journal. Il raconte ses gammes de fait-diversier au début de Tokyo Vice, son autobiographie de journaliste plongé dans la pègre japonaise, qui vient de paraître en français. Avec toute l'autodérision qu'il faut pour dépeindre les méthodes du Yomiuri : travailler comme un fou et se soûler chaque soir avec les flics pour espérer décrocher un scoop.

Menacé de mort pour un scoop sur un parrain

"A partir de ma 4e année de chiens écrasés et de vols de sacs à main, j'ai enfin pu faire des reportages d'investigation", dit-il. "J'ai si bien mis la police dans ma poche que j'ai été nommé à la division des crimes organisés, qui traitaient des yakusas." Les yakusas, cette exception culturelle japonaise, partie intégrante de la société... Le Japon autorise les organisations criminelles et on dénombre 80 000 yakusas, divisés en branches, avec leurs bureaux, leurs mangas, leurs fanzines… "Mon père était médecin légiste, et j'ai toujours été intéressé par les histoires de crimes. Là, je me retrouvais à enquêter sur des types à neuf doigts couverts de tatouages."

Tout allait bien, "jusqu'à ce qu'ils me menacent de mort à cause d'un article que je voulais écrire sur un puissant parrain". Il s'agissait de Tadamasa Goto, entré illégalement aux Etats-Unis pour se faire greffer un foie acheté 1 million de dollars. Adelstein avait un scoop, mais un homme de main de Goto l'a convoqué pour lui dire : "soit vous supprimez l'article, soit on vous supprime, vous et votre famille."

Adelstein a choisi de rester en vie, "mais je n'ai jamais lâché cette histoire". Il la relate aussi dans Tokyo Vice, parmi tant d'autres, avec une gouaille très Tontons flingueurs au pays du Soleil-Levant. Une gouaille si séduisante qu'une série télé va être adaptée de son livre, avec Daniel Radcliffe dans son rôle. Lui continue son travail d'investigation sous protection policière : pas vraiment rassurant quand il explique le laxisme des autorités face à la mafia. Il lui reste heureusement quelques souvenirs de son passé de voyou...

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