Que vaut "L'étoile polaire", le conte philosophique de Michel Onfray illustré par Mylène Farmer ?

Que vaut "L'étoile polaire", le conte philosophique de Michel Onfray illustré par Mylène Farmer ?

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QUATRE MAINS – Le philosophe met ses combats idéologiques de côté pour publier un conte, "L'Etoile polaire" (Grasset), avec la très discrète chanteuse aux shows pyrotechniques. Une association improbable pour une histoire qui ne l'est pas moins.

Michel Onfray et Mylène Farmer. Le duo est assez invraisemblable. Quoique, BHL et Arielle Dombasle sont bien mariés, eux, mais ils ne publient pas de livres ensemble, ouf. Un duo a priori mal assorti peut très bien réussir une œuvre à quatre mains, quand ils arrivent à rejoindre leurs univers créatifs dans un désir commun. Le problème, ici, c'est que la création revient uniquement à Onfray, et qu'il n'est visiblement pas fait pour la fiction.

Le philosophe aux mille livres a beaucoup changé ces derniers temps. On ne reconnaît plus l'épicurien normand aux joues rondes, fou de gastronomie, de sauternes et de volupté, généreux donateur de savoirs dans son Université populaire, aujourd'hui en sursis hélas. Onfray est devenu un polémiste politique omniprésent, où il tape sur tout le monde en défendant ses prises de position ambiguës. Voir son nom en couverture d'un album illustré, peu importe par qui, est donc peu raccord avec le personnage.

Un beau début qui part ensuite dans tous les sens

Parents, ne vous y trompez pas  : L'Etoile polaire ressemble à un livre pour enfants mais ça n'en est pas un. A moins que vous ne teniez à ce que votre rejeton vous regarde avec des yeux complètement perdus avant de faire des cauchemars. Ça commence pourtant bien : Onfray évoque un agriculteur dans une ferme, un petit garçon bavard et son papa taiseux, le désir de pôle Nord de ce dernier. On reconnaît la source autobiographique et le germe d'un des plus beaux livres du Michel Onfray "d'avant", Esthétique du pôle nord. C'est après que tout se complique.

Il est question d'un arbre nommé Yggdrasil, qui compte neuf royaumes, trois racines qui relient trois mondes, avec une foule de créatures dont un cheval à huit jambes. C'est déjà aussi compliqué que Game of Thrones. Puis le petit garçon rêve qu'il embarque à bord d'un snekkar (pas un drakkar, notez) pour la constellation de la Baleine puis la terre des Peaux-Rouges. Les pages sur la chasse à la baleine et les sacrifices sanglants (animaux et humain) qui suivent la mort du gamin devenu vieux marin l'interdisent au moins de 10 ans. De toute façon, on a décroché depuis longtemps.

Pour alléger ces pages confuses, Mylène Farmer a glissé quelques aquarelles pas toujours vilaines. Ses personnages font peur mais ses baleines sont plutôt sympathiques. Heureusement car, à part aux fans de la chanteuse, on ne voit pas à quel public cet album pourrait s'adresser.

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