Rachel Kushner, une romancière tout feu tout flamme

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PORTRAIT – L'écrivaine américaine chamboule la rentrée littéraire de janvier avec "Les lance-flammes" (Stock), un roman en forme de road movie entre le New York Arty des années 70 et l'Italie des années de plomb. Jane Campion est en train de l'adapter sur grand écran.

Au premier abord, l'Américaine Rachel Kushner a un petit côté britannique. Courtoise, discrète, réservée. Les présentations faites, elle se met à poser autant de questions que vous. On cherche en vain la motarde qu'elle a été vingt ans plus tôt, battant des records de vitesse, et la skieuse qui dévalait les pentes entre deux cours de lettres à Berkeley.

Ce goût pour les sensations fortes, Rachel Kushner le transmet désormais à ses romans. Après Télex de Cuba, finaliste du National Book Award en 2008, elle sort en France Les lance-flammes, un livre qui propulse le lecteur à 496,49 km/h, très exactement.

Son ancien prof, Jonathan Franzen, est son premier admirateur

L'héroïne, surnommée Reno, est une plasticienne de land art, férue de courses de moto. Elle vivote à New York, à une époque – 1972 – où les artistes pouvaient vivre dans des lofts à un dollar. Sa vie bascule quand elle rencontre Sandro, artiste d'avant-garde et héritier des motos Valera, dont on apprend l'histoire par flash-backs. "Le roman parle de technologie, de vitesse, de violence", résume l'auteur, avant de partir en Europe dans la deuxième partie du roman, vers l'Italie des années de plomb, des émeutes et des assassinats. "L'Italie, les motos, les usines, l'avant-garde du XXe siècle, sont des thèmes importants dans ce livre."

L'élève de Jonathan Franzen maîtrise à la perfection la forme romanesque, emmenant le lecteur dans des endroits presque incongrus, avec deux personnages formidables : Reno, mais aussi le grand-père de Sandro. "Une figure italienne du début du XXe siècle qui idéalise la vitesse, célèbre la violence et se retrouve matraqué sur le champ de bataille, et qui se relève et se transforme en industriel à succès, c'est la clé de ce qui m'intéresse, et du roman lui-même."

Jane Campion aura toute latitude pour l'adapter

C'est peu dire que l'histoire est touffue et ambitieuse. Rachel Kushner y a mis des bribes de sa vie : la moto, bien sûr, mais aussi une enfance un peu bohème, son activité de critique d'art, sa nouvelle vie à Los Angeles. Jane Campion, elle, adore. La preuve, elle va bientôt adapter Les lance-flammes au cinéma. Là-dessus, Rachel Kushner n'a pas vraiment son mot à dire. "Je ne connais presque personne au cinéma, je ne pourrais pas vous dire quel serait mon casting idéal", s'excuse-t-elle. Avant d'enchaîner : "Et vous, qui verriez-vous ? Quels films avez-vous vus ? Qu'aimez-vous lire ?" Quand on discute avec Rachel Kushner, on est heureux que ce ne soit pas à toute vitesse.


A lire : Les lance-flammes de Rachel Kushner, éditions Stock , 560 p., 23 euros.

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