"Spada" : ce polar fait l'effet d'un coup de poignard

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NOIR, C’EST NOIR – Le crime vous passionne ? Chaque semaine, retrouvez le coup de cœur de Marc Fernandez, notre expert du roman policier. Aujourd'hui : "Spada", de Bogdan Teodorescu (Agullo Editions).

En ces temps troublés, où l’individualisme règne, où les inégalités se creusent, où le racisme gagne du terrain, où l’état d’urgence devient un état permanent, il est plus… qu’urgent de se plonger dans un bon roman noir, histoire de prendre un peu de recul grâce à la fiction. C’est pourquoi la lecture de Spada (Agullo éditions), polar roumain signé Bogdan Teodorescu, s’avère des plus nécessaires.

► C’est qui ?
Bogdan Teodorescu. Inconnu au bataillon du polar. Pour le moment du moins. Ce Roumain né en 1963 arrive en France avec un excellent roman, Spada, le poignard en roumain. Tout un programme pour cet auteur loin d’être un novice dans son pays puisqu’il compte depuis 1997, date à laquelle il commence à publier, une dizaine d’ouvrages à son actif (romans, essais, poésie, livres de voyages). Pourtant, rien ne le prédestinait à l’écriture, lui qui a fait des études d’ingénieur. Mais il passe ensuite un doctorat en communication et il devient journaliste à partir de 1990, tout de suite après la chute du mur de Berlin et du régime communiste. Il est aujourd’hui professeur de marketing politique et électoral (ça ne s’invente et ça lui sert pour ce polar) à l’Ecole nationale d’Etudes Politiques, l’ENA roumaine…

Ça parle de quoi ?
Un homme est retrouvé égorgé dans les rues de Bucarest. Puis un deuxième et un troisième. Tous tués du même coup de lame. C’est clair, un tueur en série sévit dans la capitale roumaine, vite surnommé par la presse locale le Poignard, rapport à son mode opératoire. Ce n’est pas le premier et ce n’est sans doute pas le dernier. Oui, mais voilà, il y a un hic. Tout s’emballe quand on y regarde de plus près : ses victimes ont toutes le même profil… Des personnes qui appartiennent à la communauté rom et qui possèdent un casier judiciaire. Plus qu’un serial killer, ce serait donc une sorte de vengeur insaisissable qui rôderait dans le coin. Le gouvernement se serait bien passé d’une telle affaire, à quelques mois des élections présidentielles. Car cette histoire réveille les tensions entre la majorité roumaine et la minorité tzigane...

► Pourquoi on aime ?
Un sujet brûlant traité sous l’angle polar, dans un style nerveux, qui mêle habilement dialogues au couteau (pardon) et une certaine dose d’humour noir. Ce Spada est une véritable découverte, un vent de fraîcheur dans le panorama polardeux, un coup de cœur, l’illustration parfaite de ce que doit être un bon roman (noir ou de n’importe quelle autre couleur) : intelligent, divertissant, posant des questions. On referme ce livre avec la sensation d’avoir passé un bon moment tout en ayant appris des choses et réfléchit à d’autres. Les personnages principaux, comme secondaires, sont plus vrais que nature, la machine médiatique et les coulisses politiques sont parfaitement décrites et le suspense est au rendez-vous. Que demande le peuple ? Un autre roman signé Bogdan Teodorescu, et vite !

>> Spada, de Bogdan Teodorescu, trad. Jean-Louis Courriol. Agullo éditions, coll. Noir, 320 pages, 19 €

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