''Standard'', de Nina Bouraoui : la bimbo et le loseur

''Standard'', de Nina Bouraoui : la bimbo et le loseur

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ROMAN – Avec son dernier livre, ''Standard'', Nina Bouraoui rompt avec l'autofiction pour peindre le portrait de Bruno Kerjen, un homme à l'existence aussi lisse que possible. L'occasion d'aborder plusieurs travers symptomatiques d'une société en crise.

Elle a tourné une page. Après avoir invoqué, au fil de ses treize précédents livres, son enfance en Algérie, son identité culturelle ou sexuelle, Nina Bouraoui quitte avec Standard l'autofiction pour le roman. Une évolution qui ne s'est pas faite sans heurt. ''Pendant un an et demi, je n'arrivais plus du tout à écrire, raconte-t-elle. J'étais dans un vide sidéral assez angoissant. J'étais arrivé au bout d'un cycle. J'avais envie de me décentrer de mon image. Ça a pris du temps, il fallait l'accepter et que je m'en sentes capable.'' 

Un travailleur anonyme

Au bout de son cheminement, Nina Bouraoui livre dans Standard le portrait de Bruno Kerjen, un homme englué dans sa routine, ''un personnage assez médiocre, sinistre, qui dit beaucoup de notre société malade''. Débarqué de sa Bretagne natale dans la banlieue parisienne, Bruno Kerjen est un homme invisible, un petit point parmi des millions d'autres. Electricien, il se contente, malgré ses capacités, d'un simple travail aux gestes répétitifs. ''Je voulais vraiment parler du monde de l'entreprise, de cet ouvrier interchangeable confronté à la concurrence chinoise, explique l'auteur. On n'entend jamais ces travailleurs que la société ne considère pas.''

Pour raconter cette existence vide de sens, celle qui a reçu le prix Renaudot en 2005 pour Mes mauvaises pensées a laissé de côté son style incisif. Ici, les phrases traînent en longueur la langueur du personnage. ''Je reste très marqué par mes lectures de jeunesse, Sartre, Camus ou Kafka, et je voulais une ambiance très étouffante, très étrange'', poursuit Nina Bouraoui.

Le retour des bimbos

Bientôt, une lueur va venir déchirer la grisaille ambiante lorsque Marlène, la vamp, l'ancienne star du lycée, refait surface. Cette femme, pas vraiment sympathique, permet à l'écrivain d'aborder une autre thématique qui lui tenait à cœur. ''Il se passe un truc bizarre en ce moment entre les hommes et les femmes. Les bimbos introduisent une nouvelle donne dans la relation amoureuse, un rapport malsain entre la séduction et l'argent. Ce sont des choses qui me heurtent. C'est certainement lié à cette pornographie ambiante, à ce culte de la performance sexuelle, amoureuse. La sexualité qui est de plus en plus présente, affichée, en devient monstrueuse'', analyse Nina Bouraoui. 

Entre exaspération et désolation, le lecteur, lui, finit par s'attacher à cet anti-héros qui incite à s'interroger sur le sens de sa vie et sur sa place dans la société. ''La fin est très brutale, conclut Nina Bouraoui mais elle ouvre aussi plein de possibilités. A chacun de continuer l'histoire.''

''Standard'', de Nina Bouraoui, éditions Flammarion, 19 euros.

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