Star sur Twitter, ce prof anonyme publie un premier roman renversant

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DÉCOUVERTE – William Lafleur vient de sortir chez Michel Lafon "Point Final". Dans ce roman très original, le narrateur raconte comment il a mis en scène sa propre mort afin d'observer les réactions de sa famille. Inconnu du grand public, l'auteur n'en est pas moins une star sur Twitter où il officie sous le pseudo de Monsieur Le Prof.

En réseaux sociaux, il a 20/20. Depuis plusieurs années, Monsieur Le Prof sévit sur Twitter, où son compte affiche la bagatelle de 144 000 abonnés. "C'est un nombre vertigineux mais j'ai du mal à en voir le sens, nous explique ce jeune prof d'anglais. Les gens s'imaginent que j'ai des choses très intelligentes à dire mais mon postulat de départ c'est juste de faire rigoler, ça ne va pas plus loin."

Pour aller plus loin justement, il faut se plonger dans son premier roman, Point Final. Sous le nom d'emprunt de William Lafleur, il y raconte l'aventure existentielle d'un père de famille qui met en scène sa propre mort afin de pouvoir observer les réactions de sa femme et de ses enfants via des caméras cachées et des mouchards installés sur les ordinateurs de la maison.

Des lecteurs dégoûtés

Cette histoire captivante, il l'a d'abord déclinée en 2010 sous la forme d'un blog. "Je faisais une année d'assistanat dans un lycée en Ecosse, retrace-t-il. J'étais assez isolé. J'avais des contacts avec mes proches via Skype ou MSN, et j'avais l'impression de les voir continuer à vivre à travers mon écran. C'est un peu ce que j'ai voulu rendre dans ce récit."

Alors que l'auteur laisse planer le doute sur la réalité de cette expérience, les lecteurs, eux, oscillent entre incrédulité, curiosité et répulsion. "Je voulais que le lecteur qui tombe sur ce blog soit pris de dégoût, qu'il soit outré, qu'il se mette à m'insulter jusqu'à la révélation finale", dit-il. Mais pourquoi tant de morbidité ? "Je n'allais pas très bien à ce moment-là", plaisante aujourd'hui l'enseignant âgé de 27 ans.

Anecdotes de cantoche

Rentré en France, le jeune homme contacte des éditeurs. Las, il ne fait aucune touche jusqu'à ce que sa célébrité 2.0 – il est même suivi par la ministre Najat Vallaud-Belkacem – lui ouvre les portes de Michel Lafon. Et William Lafleur, qui garde son anonymat "pour être tranquille", n'entend pas en rester là.

Il faut dire qu'avec 18 heures de cours donnés par semaine dans un collège de la banlieue parisienne, il peut écrire à loisir (humour hein, pas la peine de me jeter un Harrap's à la figure). D'abord sur Twitter et Facebook où il balance petites phrases entendues en classe, photos de copies édifiantes ou anecdotes de cantoche. C'est sarcastique et souvent très drôle.

"Je ne suis pas un prof cool !"

Mais ne vous y fiez pas. Sur son profil, il précise : "Les jeunes m'aiment sur Twitter mais pas en vrai". "Sur Internet, on a l'image du prof cool qui fait des blagues mais en classe, je suis un prof comme les autres, qui donne des devoirs, qui est assez strict, qui punit. Je ne suis pas un prof cool !", nous assure Monsieur Le Prof.

Côté édition, il aimerait adapter en récit graphique un autre de ses blogs : Partenaires particulières , sur lequel il décrit ses rencontres amoureuses (ou pas) via un site spécialisé. Punk à chien, Milf (acronyme de Mother I'd like to fuck, non désolée, on ne traduit pas), Amélie Poulain… les inconnues se suivent et ne ressemblent pas. 

Voyage en couchsurfing

Parmi les autres projets de ce serial blogueur : la publication d'un carnet de voyage dans l'ouest américain en mode couchsurfing que les internautes ont pu découvrir au jour le jour l'été dernier. Car oui, même pendant les vacances, il ne déconnecte pas. Très sollicité sur les réseaux sociaux, Monsieur Le Prof avoue d'ailleurs avoir de plus en plus de mal à tout gérer.

"Je reçois beaucoup de messages privés. Certains élèves me parlent de harcèlement, des profs me demandent de l'aide, des jeunes veulent savoir comment devenir prof. Je me dis que si je peux aider les gens, c'est mon devoir de répondre. Mais c'est trop chronophage", déclare-t-il tout en ayant aucune intention de raccrocher le clavier.

>> Point final, de William Lafleur, éditions Michel Lafon, 14.95 euros.   

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