Un journaliste italien aurait découvert la véritable identité de l’écrivain Elena Ferrante

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ENQUETE - Mais qui est la mystérieuse Elena Ferrante ? Les millions de lecteurs de "L’amie prodigieuse" se sont posé la question sans forcément vouloir connaître la réponse. En Italie, pays natal de l'auteur dont on ne connaît que le pseudonyme, un journaliste affirme avoir percé à jour son identité en épluchant les comptes de sa maison d’édition. Ce qui n’est pas du goût de tout le monde dans la sphère littéraire.

On ne connait ni son visage, ni son âge, ni même si elle habite vraiment en Italie. Mais les romans d’Elena Ferrante, publiés dans une trentaine de pays, connaissent un réel succès populaire, la tétralogie L’amie prodigieuse en tête. L'écrivain, qui s'est lancée dans la littérature dans les années 1990, a toujours fait savoir que son anonymat était nécessaire pour donner plus de poids à son œuvre. D’autres y voient surtout une stratégie commerciale efficace.

Mystère et best-sellers : il n’en fallait pas plus pour pousser des enquêteurs à chercher la véritable identité d’Elena Ferrante. Après plusieurs hypothèses fantaisistes, un journaliste italien affirme avoir découvert qui se cache derrière ce pseudonyme.

Alors que les enquêtes s'étaient jusqu'à présent concentrées sur l'univers et le style littéraire de l'auteur, aboutissant au portrait-robot d'"une Napolitaine cultivée d’une soixantaine d’années", Claudio Gatti, du quotidien économique Il Sole 24 Ore, s'est intéressé aux aspects financiers de la question.

La maison d'édition de Ferrante s'insurge qu'on la traite "comme une criminelle"

M. Gatti a analysé les flux financiers d'Edizioni E/O, sa petite maison d'édition romaine. Ses revenus ont bondi de 65 % en 2014, année où les oeuvres d'Elena Ferrante sont devenues des best-sellers en anglais, puis encore de 150 % en 2015. Or, une collaboratrice de E/O, Anita Raja, présentée comme "une simple traductrice free lance", a vu ses revenus décoller comme ceux de la maison d'édition. Seule explication plausible : il s'agit des droits d'auteur d'Elena Ferrante.

Anita Raja a 63 ans et habite à Rome. Elle est la fille d'un magistrat napolitain et d'une enseignante d’allemand juive polonaise. La maison d’édition n'a ni confirmé ni démenti, mais a vertement réagi dans un communiqué : "Il est dégoûtant de voir une grande auteure italienne, aimée et célébrée dans notre pays et dans le monde, traitée comme une criminelle. De quel délit s'est-elle salie pour justifier une telle invasion de sa vie ? A quel intérêt public supérieur cette enquête peut-elle répondre ?"

Ecrivains et universitaires dénoncent cette atteinte à la vie privée

L'écrivain Erri de Luca s'est lui aussi insurgé depuis la publication de l'enquête de M. Gatti dimanche dans les colonnes de Il Sole 24 Ore, de la New York Review of Books, du Frankfurter Allgemeine Zeitung et de Mediapart, pour dénoncer une atteinte à la vie privée de l'auteur. "Mais à qui cela importe-t-il de connaître l'identité d'Elena Ferrante ? En tant que lecteur, l'identité d'un auteur ne m'intéresse pas, seulement son oeuvre, la lire", a-t-il expliqué à l'agence Adnkronos. "Un écrivain ne doit rien d'autre à son lecteur au-delà de son travail", a renchéri l'universitaire britannique Katherine Angel au micro de la BBC. 

C'est au même micro que M. Gatti s'est expliqué : "Je l'ai fait parce qu'elle est une figure publique et quand les lecteurs achètent des millions de livres, je pense qu'ils acquièrent un droit de savoir quelque chose sur la personne qui a créé ces livres." Il a évoqué Frantumaglia, qui sort aux Etats-Unis dans quelques semaines, dans lequel Elena Ferrante a distillé quelques éléments présentés comme "ses réponses à la demande légitime d'informations sur elle". "Le problème est que Frantumaglia est plein de contre-vérités, elle ne s'est pas décrite, elle a menti sur la vie personnelle qu'elle a choisi de présenter. En tant que journaliste, je n'aime pas les mensonges", a-t-il expliqué. En tant que lecteur de romans, on peut préférer la fiction.

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