Violenté, moqué, humilié : un détenu de Guantanamo publie ses mémoires

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TEMOIGNAGE - Depuis 2002, Mohamedou Ould Slahi, 43 ans, est détenu à Guantanamo. Trois ans plus tard, ce Mauritanien commençait à écrire ses mémoires, longtemps censurées par l'administration américaine. Grâce à la détermination de son avocat, elles seront publiées début 2015.

Ses liens avec Al-Qaïda, il ne les a jamais caché. A tel point que lorsque les autorités de son pays le convoquent en 2001 pour un interrogatoire, Mohamedou Ould Slahi s'y rend de son plein gré. Au début des années 1990, cet ingénieur mauritanien, qui a effectué ses études à l'université de Duisbourg, en Allemagne, participa à la guerre civile en Afghanistan, après avoir été formé dans un camp de l'organisation terroriste. Ses liens présumés avec Ahmed Ressam, un Algérien reconnu coupable d'avoir voulu commettre un attentat à la bombe contre l'Aéroport international de Los Angeles, à la veille de l'an 2000, attireront l'attention des services secrets américains.

C'est à la demande de ces derniers que Mohamedou Ould Slahi est transféré vers la Jordanie, via un avion de la CIA, où il sera interrogé pendant huit mois. Transféré sur la base américaine de Bagram, en Afghanistan, il sera envoyé ensuite à Guantanamo, où il est détenu depuis. Là, il subit "isolement, coups, humiliations sexuelles, menaces de mort et simulacre de kidnapping", raconte-t-il, dans ses mémoires, à paraître début 2015. Un document exceptionnel, que le prisonnier a commencé à écrire en 2005, d'abord dans le cadre d'échanges épistolaires avec son avocat. Lesquels seront longtemps tenus secrets par les autorités américaines.

"Le témoignage saisissant d'une erreur judiciaire"

"Le sort réservé à Slahi à Guantanamo figure parmi les cas les plus extrêmes, et les mieux documentés de torture officielle", explique au quotidien anglais The Guardian Larry Siens , l'avocat des droits de l'homme qui a lancé une campagne internationale pour sa libération. Le manuscrit de 466 pages, rédigé à la main, en anglais, a fait l'objet d'âpres négociations avec les autorités américaines. Canongate, l'éditeur qui en a acquis les droits, le présente comme "le témoignage saisissant d'une erreur judiciaire, mais aussi un récit personnel à la fois terrifiant, rempli d'humour noir et étonnamment bienveillant" à l'égard des soldats du camp.

Promesse de campagne du candidat Obama, avant sa première élection, en 2008, la fermeture de Guantanamo reste un vœu pieu à ce jour. En mai dernier, le Congrès a retoqué une mesure qui aurait permis de la lancer. Aujourd'hui la prison compte encore une centaine de détenus sur les 779 qui y ont été incarcérés au total, la plupart sans inculpation ni procès. Comme Mohamedou Ould Slahi. Début août, le président américain a reconnu que les services de renseignements avaient bien utilisé la torture , après les attentats du 11 septembre 2001, des faits niés à l'époque par l'administration Bush.

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