Viveca Sten : "Je suis plus proche d'Agatha Christie que de Mickey Spillane"

Viveca Sten : "Je suis plus proche d'Agatha Christie que de Mickey Spillane"

NOIR NORDIQUE – Avec Camilla Läckberg, c'est l'autre reine du polar suédois. Viveca Sten revient avec "Les Secrets de l'île" (Albin Michel), un roman qui dépasse le cadre de l'enquête policière pour aborder le traumatisme vécu par une troupe de militaires d'élite, et la faillite générale d'un système. Un thriller captivant où l'on retrouve la patte très personnelle de cette ancienne avocate, ainsi que le cadre familier de sa série noire : l'île de Sandhamn, dans l'archipel de Stockholm.

D'où vous vient ce français parfait ?
Quand j'étais étudiante, j'ai passé un semestre à étudier le français et l'histoire à Grenoble. J'ai aussi fait beaucoup de ski... Par la suite, mon mari a travaillé quatre ans à Paris ; moi, je suis restée vivre à Stockholm mais j'allais très souvent le retrouver, ça m'a permis d'entretenir mon français. Et aujourd'hui, avec le succès des livres, je peux revenir régulièrement en France. Mais quand j'étais étudiante, je parlais vraiment couramment, et ma grammaire était bien meilleure qu'aujourd'hui !

Les Secrets de l'île est votre quatrième roman paru en français, alors que vous en avez publié le double…
J'ai publié ce livre en 2011, et en Suède j'ai déjà sorti le 8e tome. Il faut quelques années pour que les éditeurs étrangers découvrent un nouvel auteur, le lisent, le traduisent et le publient. En Allemagne, c'est allé plus vite, le 7e tome est sorti. Mais pour moi ce décalage est intéressant : l'écriture, c'est une vie solitaire, et quand le livre sort c'est formidable de rencontrer les lecteurs, les libraires, les journalistes, pour parler d'un livre qui vous a occupée pendant 9 mois. Ca me permet de faire connaissance à nouveau avec mes propres livres.

Alors, comment trouvez-vous Les Secrets de l'île avec le recul ?
Franchement, après en avoir parlé toute la semaine, je me suis dit que c'était une très bonne histoire (rires) ! C'est une histoire de sadisme, de violence, de secrets dans un système très fermé, qui a très mal fonctionné, et je pense avoir réussi à donner aux lecteurs une histoire qui les touche, en aider aussi peut-être. Car il y a eu des abus et des gens aujourd'hui se sentent coupables, alors que c'était le système qui était en cause.

"Les Secrets de l'île, c'est une histoire de sadisme, de violence, de secrets dans un système très fermé"

Les soldats d'élite que vous mentionnez, les chasseurs-côtiers, ont-ils vécu ce que vous écrivez ?
Le fond est vrai, j'ai fait beaucoup de recherches, j'ai eu accès aux archives et j'ai parlé avec des officiers de cette base militaire, et tous les chapitres qui correspondent au journal intime de l'un de ces soldats, sont basés sur des faits réels, j'ai recueilli différents témoignages et les ai transformés en chapitres de journal. J'ai aimé ce travail, mais c'était dur car les histoires l'étaient. Ceci dit, j'ai choisi de suivre plusieurs fils conducteurs, avec le plus de suspense possible.

Ces fils suivent bien sûr vos personnages, l'inspecteur Thomas Andreasson et son amie d'enfance Nora, fraîchement divorcée…
C'est une intrigue plus complexe, j'ai mis deux ou trois livres pour apprendre la technique. Moi, je n'aime pas les livres où il y a beaucoup de violence, de sang : dix pages pour décrire des cervelles explosées et des doigts cassés, ce n'est pas nécessaire ! Je préfère une intrigue plutôt complexe, où l'on réfléchit un peu, je suis plutôt Agatha Christie que Mickey Spillane. Dans les polars américains, les détectives sont toujours vieux, fatigués, ils boivent trop, ils ont des problèmes avec leurs enfants… Comme Wallander, c'est vrai ! C'est pour ça que j'ai choisi de faire de Thomas un personnage sympathique, qui a bien sûr des problèmes, comme tout le monde, mais qu'on pourrait rencontrer dans un bar et lui offrir un verre.

"Dix pages pour décrire des cervelles explosées et des doigts cassés, ce n'est pas nécessaire !"

Thomas a un visage, celui de Jakob Cedergren dans la série télé adaptée de vos romans, Meurtres à Sandhamn et qu'a diffusée Arte…
J'étais très contente du choix de cet acteur, car il est exactement comme j'imaginais Thomas. Il y a eu deux saisons et une troisième va être tournée cet été, toujours à Sandhamn, ce sera l'adaptation de mes septième et huitième romans.

Un de vos personnages peste contre les touristes qui affluent à Sandhamn l'été, mais avec le succès de vos romans, ça doit être pire ?
Sur mon site internet, il y a une carte qui répertorie tous les endroits de l'île où on a trouvé "mes" cadavres. Aujourd'hui, on voit des groupes de touristes qui se baladent, carte à la main, à la recherche de ces endroits, c'est drôle… Plus sérieusement, le seul vrai meurtrier que je connais sur l'île, c'était une jeune femme qui a tué son bébé. Il devait bien y en avoir d'autres, à l'époque, il n'y avait pas de policiers sur l'île, il fallait déjà trois jours pour se rendre à Sandhamn, alors il n'y a aucun meurtre officiel.

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