Pourquoi il faut lire "Tiens ferme ta couronne" de Yannick Haenel, prix Médicis

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AUTOFICTION - Le prix Médicis a été remis ce jeudi 9 novembre à Yannick Haenel pour "Tiens ferme ta couronne". Le roman retrace l'histoire d'un sociopathe sans travail, toqué de Michael Cimino et d’Herman Melville, qui passe ses journées retranché dans son appartement parisien à boire des vodkas et à regarder des DVD. Nourri de culture, d'érudition et de dépression, un roman brillant traduisant une société de consommation en ruines, carburant à l'élan vital.

Qu'ont en commun le réalisateur Michael Cimino, l'actrice Isabelle Huppert et un maître d'hôtel sosie d'Emmanuel Macron ? Ils sont tous dans Tiens ferme ta couronne, le nouveau roman drôlement zinzin de Yannick Haenel, qui se cherche avec beaucoup de dérision et de ludisme entre cinéma et littérature, réalité et fiction. Un livre sacré par le prix Médicis.

De quoi ça parle ?

Alors qu'aucun producteur n'est intéressé par son scénario sur la vie de Herman Melville, le narrateur rencontre, à New York, le célèbre cinéaste Michael Cimino, réalisateur du Voyage au bout de l'enfer et de La porte du paradis. S'en suit une série d'aventures rocambolesques au cours desquelles il croise la route d'Isabelle Huppert, d'un dalmatien nommé Sabbat et d'un voisin démoniaque. 

Un écrivain (...) est quelqu’un dont la solitude manifeste un rapport avec la vérité et qui s’y voue à chaque instant, même si cet instant relève de la légère tribulation, même si cette vérité lui échappe et lui paraît obscure, voire démente ; un écrivain est quelqu’un qui, même s’il existe à peine aux yeux du monde, sait entendre au cœur de celui-ci la beauté en même temps que le crime, et qui porte en lui, avec humour ou désolation, à travers les pensées les plus révolutionnaires ou les plus dépressives, un certain destin de l’être.Yannick Haenel dans "Tiens ferme ta couronne"

Ce qu'il faut savoir

Roman tripartite, dans lequel on suit avec plaisir le narrateur qui navigue de gueule de bois en déception, traîne son spleen et son ennui existentiel à New York, à Paris et en Italie. Après sa rencontre avec le cinéaste Michael Cimino, il retourne à Paris où il sombre en regardant en boucle Apocalypse Now (qui n'est pas de Cimino mais de Coppola). Puis il dîne dans un second temps en compagnie de l'ami producteur, d'Isabelle Huppert et d'une conservatrice du Musée de la Chasse dont il va tomber raide dingue. Enfin, il décide de contrer sa grisaille existentielle en partant en Italie pour écrire un roman - celui que, peut-être, le lecteur tient entre ses mains.

Yannick Haenel se raconte à la première personne du singulier dans ce roman narrant comment l'amour sauve et répare des affres de la création. Une quête de sens dans les ruines de notre société de consommation, hantée par l'attentat du Bataclan, où l'on exprime la nécessité impérieuse de fuir, de partir, de bouger et où l'on croise Isabelle Huppert comme un sosie d'Emmanuel Macron. Drôle d'époque, drôle de livre. 

Tiens ferme ta couronne, de Yannick Haenel

(Ed. Gallimard, coll. L’infini - 352 pages - 20 euros)

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