Zeina Abirached : "Il faut parler aux enfants de ce qui se passe, tout en les protégeant"

Zeina Abirached : "Il faut parler aux enfants de ce qui se passe, tout en les protégeant"

RÉACTIONS - A l'occasion du Salon du livre jeunesse, qui se tient jusqu'au 7 décembre à Montreuil, nous avons demandé à plusieurs écrivains et illustrateurs comment aborder les attentats du 13 novembre avec les jeunes lecteurs. Aujourd'hui, Zeina Abirached, auteur du "Piano oriental" (Casterman).

Vivre la guerre, raconter la guerre
“Je suis d'origine libanaise, et je traite de la guerre civile au Liban dans mon travail. Jamais de façon frontale : j'ai choisi de raconter une expérience personnelle avec le point de vue d'un enfant dans mes livres. On ne sait rien de ce qui se passe, de la violence qui existe en-dehors de l'appartement où se déroule l'histoire : c'est une façon de raconter les choses en creux. Je pense que la bande dessinée est idéale pour ça, décrire des situations de crise, de guerre, d'attentats en l'occurrence, mais qu'il est plus intéressant de le faire de façon détournée, pas de façon frontale."

En parler aux enfants sans leur mentir
"Il est important de parler aux enfants de ce qui se passe, tout en les protégeant. C'est ce que mon entourage a fait avec moi : pendant la guerre du Liban, on m'a toujours tenue au courant. Je savais qu'on était en guerre, en danger. J'avais peur, mais mes parents ont fait en sorte de ne pas éveiller mes angoisses, ils ont toujours été rassurants, à côté d'une réalité qui ne l'était pas. Il me semble que c'est ce que je ferai avec mes propres enfants. Plutôt que de décrire une situation terrible, donner des pistes de réflexion aux jeunes, proposer en tout cas une vision qui puisse les aider à intégrer ces situations dans leur quotidien. Sans être dans le déni non plus."

Traiter des attentats du 13 novembre dans un livre
"Il est peut-être encore un peu tôt, il faut du recul, et surtout trouver le ton adéquat pour en parler, ce n'est pas évident de trouver la bonne distance. Mais je pense qu'il faut qu'il y ait de la tendresse. Dans mon travail, il y a toujours une dose de tendresse nécessaire qui vient recouvrir l'horreur. J'accepterais d'évoquer les attentats du 13 novembre, mais à ma manière, en prenant un point de vue décalé, non pas pour dire moins, mais autrement. Et j'essaierais de trouver quelque chose d'universel dans ces attentats qui ont ciblé une ville précise, des quartiers précis, un moment précis. J'essaierais d'agrandir le spectre."

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