"Bird Box" : pourquoi cette honnête série B est devenue le carton surprise de Netflix

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DÉCRYPTAGE - Qu'on adore ou qu'on déteste, difficile de passer à côté du phénomène "Bird Box". Carton d'audiences historique sur Netflix, le film de Susanne Bier avec Sandra Bullock aurait-il coché toutes les cases du buzz assuré ? On s'explique...

Abonnés à Netflix, vous n’avez pas pu passer à côté. Mis en ligne le 21 décembre dernier, le film "Bird Box" totalisait 45 millions de visionnages au bout de seulement 7 jours, du jamais vu d’après la plateforme de streaming américaine, d’ordinaire secrète lorsqu’on aborde les audiences de ses contenus. 


Dans ce film fantastique, inspiré d’un roman à succès, Sandra Bullock incarne Malorie Hayes, une mère de famille qui tente de protéger deux enfants d’un mystérieux virus qui pousse les humains au suicide. Le seul moyen de s’en préserver ? Garder les yeux fermés et/ou bandés…


Si "Bird Box" a déjà inspiré un challenge imbécile sur les réseaux sociaux, il fait aussi l’objet de vifs débats entre ses fervents partisans, dont fait partie le maître de l’horreur Stephen King, sans doute sensible aux références à l'un de ses plus beaux romans, "The Mist"…

Et puis ses détracteurs comme Mathieu Kassovitz qui jugent qu’il s’agit d’une copie prévisible du récent "Sans un bruit" avec Emily Blunt…

Reste que les chiffres sont là. Et laissent penser que cette honnête série B pourrait bien devenir un petit objet de culte, à défaut d’un grand chef d’œuvre. Pourquoi ? 

Parce que l'héroïne rompt les clichés

C’est tout sauf une coïncidence. En 2017, les trois plus gros succès au box-office américain avaient une actrice en tête d’affiche. Daisy Ridley dans "Star Wars VIII : Les Derniers Jedi", Emma Watson dans "La Belle et la Bête" et Gal Gadot dans "Wonder Woman" prouvent que le grand public – masculin comme féminin - a besoin d’héroïnes.


"Bird Box" s’inscrit dans cette tendance de fond, dans la foulée du mouvement Time’s Up. Avec toutefois une variante puisque Malorie, le personnage principal, n’est ni une princesse, ni une superhéroïne. Encore moins une guerrière "bad-ass" comme c’est souvent le cas dans les films de genre. A défaut de sauver le monde, elle doit d’abord s’occuper des deux bambins avec lesquels elle doit traverser une rivière déchaînée, les yeux bandés…

 

"Voilà enfin un film qui montre ce dont les mères sont capables et ce qu’elles sont vraiment, pas comme on le faisait jusqu’ici dans les histoires et dans les films", observait fin décembre la comédienne Sandra Bullock lors de l’avant-première du film à New York. D'après une étude réalisée par l'Institut Nielsen, publiée ce mardi 8 janvier, 57% des spectateurs américains de "Bird Box" aux Etats-Unis seraient des femmes.

Parce que c'est Sandra Bullock

Après Idris Elba dans "Beasts of No Nation", Will Smith dans "Bright" ou encore Natalie Portman dans "Annihilation", Sandra Bullock est la dernière star de premier plan à rejoindre la galaxie des "films originaux Netflix". Manière d’exciter la curiosité des abonnés de la plateforme de streaming qui n’en finit plus de bousculer les majors. Mais sa présence au générique du film de Susanne Bier n’est pas qu’un simple atout marketing.


Si le triomphe de "Gravity" l’a remis en selle, Sandra Bullock, 54 ans, souffre comme beaucoup de comédiennes du jeunisme des superproductions hollywoodiennes. Cachetonner dans un blockbuster en jouant la mère d’un superhéros ? Très peu pour elle. Dans "Bird Box", elle trouve à nouveau un rôle principal à sa mesure, à la fois physique et intimiste. L’un des meilleurs de sa carrière.

Parce qu'il y a une femme derrière la caméra

Pour porter à l’écran le roman de Josh Malerman, les producteurs de "Bird Box" ont fait appel à la réalisatrice danoise Susanne Bier. Mais gare aux clichés sexistes ! Si les cinéphiles l’ont découvert avec des drames intimistes comme "Brothers" ou "After the Wedding", son plus grand succès jusqu’ici était la série d’espionnage "The Night Manager" avec Tom Hiddleston, diffusée en 2017 sur France 3. A sa manière, "Bird Box" réunit le meilleur des deux mondes, ou presque…


"Lorsque j’ai parlé aux producteurs, je leur ai dit que je ne voulais pas faire un film d’horreur", explique-t-elle dans "The Hollywood Reporter". "J’aime le suspense. J’aime les choses qui sont effrayantes, mais pas gore. Je ne sais pas comment définir la différence, mais j’ai clairement expliqué que je préférais tourner un thriller."

Parce qu'elle met en scène un couple mixte

Si le cinéma américain remet enfin en question le règne du héros blanc, du carton de "Black Panther" à la rumeur récurrente d’un James Bond noir, les couples mixtes restent rares au cinéma. Le sujet était récemment abordé sous l’angle historique dans "Loving" de Jeff Nichols, satirique dans "Get Out" de Jordan Peele, ou carrément comique (et plus proche de nous) dans "Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu" et sa prochaine suite. 


Dans "Bird Box", le costaud Tom, incarné par Trevante Rhodes, la révélation de "Moonlight", tombe amoureux de Malorie sans qu’aucune allusion ne soit jamais faite à leur couleur de peau. Plus inhabituel encore, le personnage drague une femme enceinte, plus âgée que lui de surcroît. Un peu comme si l’ambiance de fin du monde, dans laquelle baigne le film de Susan Bier, permettait d’aborder des sujets tabous de manière décomplexée.

Parce que l’apocalypse, c’est chic

Depuis la fin de la guerre froide, la pop culture se cherche un ennemi idéal. Si la menace terroriste inspire désormais films et séries d’espionnage - au hasard tous les James Bond, la saga "Mission : Impossible" ou la série "Bodyguard" - la perspective de l’apocalypse toute proche a le vent en poupe. Dans presque tous les films de The Rock. Dans la série "The Walking Dead" aussi. Reste à savoir à qui la faute.


Dans "Bird Box", l’origine de la menace n’est jamais expliquée. L’humanité en serait-elle responsable, via une attaque bactériologique comme dans "L’Armée des 12 Singes" ? S’agirait-il d’une vengeance de Dame nature contre les vilains politiques qui ont ignoré la pétition en ligne soutenue par Juliette Binoche & co. ? C’est au spectateur de se faire sa propre idée. Et c’est sans doute mieux comme ça…

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