Comment Logan Paul a-t-il pu poster la vidéo d’un cadavre sur YouTube en toute impunité ?

Comment Logan Paul a-t-il pu poster la vidéo d’un cadavre sur YouTube en toute impunité ?

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DÉCRYPTAGE - En diffusant durant 24 heures la vidéo d’un cadavre lors d’un périple au Japon, le jeune Américain Logan Paul est venu rappeler le flou artistique dans lequel baigne la production de vidéos sur les réseaux sociaux. Quand bien même YouTube assure vouloir protéger sa communauté contre les contenus "violents et extrémistes"…

"Je crois que ça marque un tournant dans l’histoire de YouTube car je suis quasiment certain que cela n’a jamais été fait", se gargarise le blondinet Logan Paul, 22 ans, dans la vidéo dont tout le monde parle depuis quelques heures. Vu sous cet angle, il a effectivement réussi son coup. Rappel des faits : lors d’un séjour au Japon, financé par ses généreux sponsors, ce Youtubeur américain, spécialiste des vidéos "borderline", s’est amusé à filmer un cadavre dans la tristement célèbre "forêt des suicides". Publiée le 31 décembre sur sa page YouTube, la séquence avait généré pas moins de 6 millions de vues en 24 heures avant d’être retirée par la plateforme, submergée par les commentaires négatifs des internautes.

600 000 heures de vidéo postées chaque jour

La diffusion de ces images pose évidemment la question de la surveillance des contenus vidéo postés sur Internet, qui plus est sur un site aussi populaire que YouTube. D'après les chiffres communiqués l'an dernier par la société californienne, 600 000 heures de vidéo sont "uploadées" chaque jour sur la plateforme, accessible partout dans le monde. Ce qui ne veut pas dire que le contrôle est inexistant, en dépit de la liberté d’expression dont jouissent les internautes. En décembre dernier, la société californienne annonçait même un plan de choc pour protéger sa communauté contre les "contenus violents ou extrémistes". 


Susan Wojcicki, sa directrice générale, promettait ainsi de porter à 10.000 le nombre de ses modérateurs en 2018. Des moyens humains sans précédent venant s’ajouter à des "algorithmes d’apprentissage automatique" qui permettraient d’ores et déjà de détecter 98% des images tendancieuses.  A l’heure actuelle, YouTube supprimerait presque 70 % des contenus violents extrémistes dans les 8 heures qui suivent leur téléchargement, affirme sa grande patronne. Et presque la moitié en seulement 2 heures.

En vidéo

Logan Paul : "Je ne m'attends pas à être pardonné"

Si l’entreprise californienne, rachetée en 2006 par Google, semble vouloir durcir le ton, c’est en grande partie en raison des scandales récents qui sont venus menacer son chiffre d’affaires. Rien qu’en novembre dernier, plusieurs grandes marques comme Adidas, Mars, Lidl, HP ou encore Deutsche Bank ont suspendu leur collaboration avec YouTube après la publication d’une enquête du quotidien britannique The Times révélant que leurs publicités s’affichaient sur des vidéos d’enfants dévêtus… Dans la foulée, YouTube annoncera avoir fermé des centaines de comptes émettant des commentaires pédophiles, tout en désactivant les commentaires sur des milliers de vidéos incriminées. 

Ce mercredi, la direction de Youtube s'est désolidarisée de la vidéo de Logan Paul. Sans condamner le jeune homme. Ni même envisager la moindre sanction à son encontre. Il faut dire que son cas échappe à tous les algorithmes, sinon celui de la bêtise. Dans son tweet d’excuses, publié mardi,  le jeune homme affirmait avoir voulu faire "la prévention du suicide". Pas très crédible. Mercredi, il a donc remis le couvert dans une vidéo dans laquelle il demande "pardon à la victime et à sa famille", mais aussi "à Internet", le regard pénétré. 


A défaut d’une nomination aux prochains Oscars, ce mea culpa lui a déjà rapporté plus de 14 millions de vues. Car le bondissant Logan Paul a beau avoir indigné la moitié de la planète, sa page YouTube n’est pas encore près de disparaître. Suivie par plus de 15 millions d’abonnés, dont une majorité d’enfants et d’adolescentes, elle a fait de lui un véritable influenceur de l’ère numérique.

La sanction des annonceurs ?

A terme, la véritable sanction pour ce natif de l’Ohio, qui a publié ses premières vidéos à l’âge de 10 ans, pourrait être financière. Sous contrat avec Hanes, Pepsi ou encore HBO, grand copain de l'acteur Dwayne "The Rock" Johnson dont il a fait la promo du récent Baywatch sur sa chaîne YouTube, il toucherait 150.000 dollars pour un post Facebook et jusqu’à 80.000 dollars pour un post sur Instagram, d’après les chiffres communiqués par Forbes. Des grandes marques "sensibles" à ne pas être associées à un personnage aussi controversé. Logan en sait quelque chose puisque Jake, son propre frère, également "vlogueur" de son état, a été remercié l’été dernier par Disney suite à une sombre querelle de voisinage qui aurait dégénéré…  

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