Sami El Gueddari, gagnant de "DALS 10" : "On ne doit pas s'interdire de faire les choses parce qu'on a un handicap"

Sami El Gueddari, gagnant de "DALS 10" : "On ne doit pas s'interdire de faire les choses parce qu'on a un handicap"
Médias

INTERVIEW - Au lendemain de sa victoire avec sa partenaire Fauve Hautot dans "Danse avec les stars", le champion paralympique a repris son souffle pour évoquer avec LCI les moments marquants de son expérience sur le parquet et le regard qu'il veut voir évoluer sur le handicap.

Il ne sait pas encore où il rangera son trophée en forme de boule à facettes. Mais Sami El Gueddari promet de lui "trouver une belle place parce que ça reste quand même un très très beau souvenir et en plus il est magnifique". "Il trônera à un endroit de choix chez moi", assure l'ancien nageur handisport qui a remporté samedi 23 novembre la saison 10 de "Danse avec les stars" avec sa partenaire Fauve Hautot.

Sans doute personnalité la moins connue du grand public au début de l'aventure, il a su impressionner les téléspectateurs avec sa force de caractère et ses prestations chaque semaine irréprochables. C'est simple, il n'a jamais quitté le podium du classement en dix semaines d'aventure. Amputé de la partie inférieure de la jambe gauche, suite à une malformation de naissance, et de quatre phalanges à la main droite, sa victoire montre que rien n'est impossible à qui s'en donne les moyens.

 "Je suis très très content que le public ait apprécié nos prestations et qu'il ait vu au-delà du handicap", dit-il à LCI au lendemain de la fin d'une aventure qui l'aura profondément marqué. Malgré la fatigue accumulée de trois mois intensifs de danse et une très courte nuit, sa voix au téléphone est posée. Presque apaisante. L'athlète paralympique revient pour nous sur les temps forts de son expérience et la "relation magique" qu'il entretient désormais avec Fauve Hautot.

Lire aussi

LCI : Quelques secondes après l'annonce de votre victoire, vous avez déclaré à propos des personnes en situation de handicap : "On ne veut pas un regard d’apitoiement, on veut juste envoyer la colle". C'est ce que vous avez fait samedi soir et vous avez séduit 62% des téléspectateurs. Êtes-vous surpris par de tels suffrages ?

Sami El Gueddari, vainqueur de la saison 10 de "Danse avec les stars" : Je ne vous cache pas que je n'avais même pas vu le score. Surpris, je ne sais pas. Je pense que les gens ont eu une belle finale avec deux personnalités qui méritaient l'une comme l'autre de l'emporter, car défendant des valeurs de sport, de dépassement de soi... Je suis ravi d'avoir gagné mais j'aurais été tout aussi ravi que ce soit Ladji Doucouré. Il défend de superbes valeurs avec son association. Je suis très très content, il ne faut pas se leurrer, que le public ait apprécié nos prestations et qu'il ait vu au-delà du handicap. C'est agréable (il rit).

Vous avez quitté l’aventure en dansant sur "Voilà, c’est fini" de Jean-Louis Aubert. Mais on a plutôt la sensation que c’est le début de quelque chose et que vous avez ouvert grand la porte à la désacralisation du handicap. Même Chris Marques lors du quart de finale a "oublié qu’il vous manquait une jambe". En avez-vous conscience ?

J'espère justement que ce n'est pas fini, que ce n'est pas un épiphénomène. On pourra juger de l'impact de cette exposition, de cette opportunité d'avoir fait "DALS" sur le long terme. L'idée, c'est de changer durablement les mentalités. Après, comme je l'avais précisé à Chris, l'idée n'est pas de vouloir être comme les autres mais de montrer que la différence peut être belle et permettre de faire plein de choses. Ce n'est pas de minimiser le handicap mais de montrer qu'il n'interdit pas et qu'on ne doit pas s'interdire de faire les choses parce qu'on a un handicap. C'est une subtilité qui est importante. Souvent on me dit : "Tu es comme tout le monde". Mais non, non, justement. J'ai une malformation au tibia mais oui, je peux faire ça. Dire "tu es comme tout le monde", c'est une manière même de donner l'impression qu'il n'y a que le "comme tout le monde" qui est bien. Bah non, le handicap c'est cool en fait. 

Vous êtes directeur sportif de la natation handisport et responsable du parcours d’accession sportif à la Fédération française handisport. Espérez-vous que votre participation à "Danse avec les stars" va amener d’autres jeunes à oser se lancer ?

Je l'espère mais j'espère que ça va amener des parents à encourager, à accompagner leurs enfants mais aussi les moins jeunes - il ne faut pas oublier ceux qui peuvent avoir un accident de la vie au cours de leur parcours -, à faire du sport, à se rapprocher des associations près de chez eux. Ça m'a tellement apporté que ce serait fabuleux que cette exposition-là ait permis ça. J'espère aussi qu'il y a des clubs, qui ne sont pas forcément aujourd'hui affiliés handisport et handi-accueillants, qui vont se dire grâce à ce qu'ils ont vu : "Je peux avoir un athlète handisport, il répond aux mêmes codes. Il vient pour se dépasser. On peut l'entraîner, il n'y a pas de condescendance ni d'hyper gentillesse à avoir". J'espère que plus d'associations vont ouvrir leurs portes aux personnes en situation de handicap, que les coachs oseront le pari du handisport.

Avec Fauve, ça a été une relation magique (...). Ça a été beau, on a pris le temps de s'apprivoiser- Sami El Gueddari

"Fauve t’a aidé à gérer, à enlever le masque ", vous a dit Shy’m à l'issue de la finale. Comment qualifieriez vous votre relation avec votre partenaire Fauve Hautot ?

Je dirais que ça a été une relation magique. Ce qui a été magique, c'est qu'elle s'est construite au fil des semaines, de tout ce qu'on a partagé et vécu.  Ça a été beau, on a pris le temps de s'apprivoiser. Elle ne m'a pas ménagé et ça, j'ai adoré. Elle a su trouver les mots. J'aime beaucoup le mot "bienveillance", il me tient énormément à cœur. Fauve a cette forme de justesse bienveillante qui fait qu'elle est dure - tout le monde l'a vu dans les magnétos - mais c'est tellement juste. C'est une très très belle rencontre. J'admirais l'athlète avant de faire "Danse avec les stars". Quand on m'avait demandé avec qui je souhaitais danser, j'avais parlé d'elle car je trouvais que c'était une athlète qui dégageait une aura puissante. J'ai découvert une humaine remarquable derrière toutes ses prestations. Elle comme tous les danseurs pro, il y a une équipe de folie sur ce programme mais j'ai passé trois mois au quotidien avec elle (rires). C'est une personne humainement qui vaut le détour et le coup d'être rencontrée. Elle m'a appris à gérer mes émotions, les exprimer, à ne pas être dans le contrôle permanent. La fatigue a renforcé l'apprentissage, car plus on est fatigué plus on est en "danger". On est moins dans la maîtrise de tout parce qu'on ne peut pas de toute façon. 

Vous étiez évidemment très émus tous les deux lors de votre dernière danse. Qu’est-ce que vous vous êtes dits au creux de l’oreille ?

Comme à chaque prime, je lui ai dit merci. Merci à elle de m'avoir permis de vivre ça car c'est elle qui m'a transmis énormément de choses. C'est la fin d'une aventure mais c'est le début d'une autre.

En vidéo

DALS FINALE - Sami El Gueddari et Fauve Hautot - Freestyle - Jean-Louis Aubert (Voilà c’est fini)

Votre mère a rappelé pendant la finale qu’au début, "vous n’étiez pas vraiment un danseur ". Puis Jean-Marc Généreux vous a qualifié d’"artiste". Quand avez-vous eu le déclic qui a transformé l’athlète en danseur ?

C'est comme un puzzle, c'est ça qui est sympa. Chaque prime est venu ajouter une pièce au puzzle. Le trio avec Laurent Maistret m'a beaucoup apporté. Il était arrivé la veille pour le lendemain. Il a eu cette facilité décomplexée totale d'apprendre, de lâcher prise qui a été inspirante pour moi. Voir quelqu'un qui était comme moi il y a deux ans faire ça, je me suis dit : "Ok punaise, c'est par ce biais-là qu'il faut le prendre". C'est  vraiment la somme de plein de petites choses. Chaque univers est venu construire la réflexion avec les conseils de Fauve au quotidien. Sur le dernier prime, je me suis moi-même surpris de ce que j'étais capable de produire mais surtout de libérer en terme de lâcher prise.

Chaque semaine a apporté son lot d’émotions. Mais laquelle de vos performances vous a le plus marqué ?

Je dirais le trio avec Pauline en demi-finale parce qu'on racontait sur ce tableau une histoire vraie (la jeune femme a été amputée après avoir été fauchée par un nonagénaire, ndlr). Je suis quelqu'un de très sensible dans la vie quand il s'agit d'histoires vraies, que ce soit au cinéma ou dans la littérature.  Ça permettait aussi de montrer que le handicap peut être multiple avec un autre profil, celui d'une amputée fémorale, de raconter son histoire et lui permettre de l'exorciser. De montrer que de belles choses pouvaient arriver encore. C'est aussi un tableau sur lequel j'ai dû moi-même guider. Je dansais avec Pauline sur quasiment l'intégralité de la prestation. Je devais la sécuriser et l'accompagner, c'était une forme de prise de responsabilité. 

En vidéo

DALS - Sami El Gueddari, Fauve Hautot et Pauline - Contemporain - Lady Gaga (Always remember us this way)

Eve, c'est mon binôme, c'est aussi grâce et pour elle que je fais tout ça. C'est surtout moi qui ai eu des mots pour elle, pour la remercier d'être dans ma vie et de partager ma vie - Sami El Gueddari à propos de sa compagne

Quels ont été les premiers mots de votre compagne Eve après votre victoire ?

Elle m'a dit que je l'avais surprise, particulièrement sur le paso doble. Elle a été impressionnée et elle m'a dit : "Je ne t'ai pas reconnu".  On dit souvent "derrière tout grand homme, il y a une femme" et "derrière toute grande femme, il y a un homme qui lui permet de vivre ses rêves". C'est pareil là. C'est mon binôme, c'est aussi grâce et pour elle que je fais tout ça. C'est surtout moi qui ai eu des mots pour elle, pour la remercier d'être dans ma vie et de partager ma vie.

Une telle victoire, dans une aventure aussi sportive physiquement qu’humainement, ça ne vous donne pas envie de sortir de votre retraite et de replonger pour Paris 2024 ?

Et bien franchement, non ! (rires) C'est là où je me suis dit que j'avais bien fait d'arrêter, que j'avais pris ma retraite au bon moment. Parce que quand je vois ce que j'ai fait pendant trois mois et mon état de fatigue après tout ça... Les Jeux, c'est pas trois mois. C'est être capable de faire ça pendant a minima quatre ans donc non, c'est très bien ! Il y a une belle génération qui arrive. Il y a des jeunes qui ont su prendre le relai avec brio et même mieux que je n'ai su le faire. Je vais tout faire pour les encadrer et les accompagner au mieux pour aller au bout de leurs rêves, de leurs projets. Je suis très bien à ma place aujourd'hui.

"Le sport mène à tout, le handisport mène à tout", avez-vous martelé samedi. La prochaine étape pour vous, c’est quoi ?

Je n'en sais rien, si ce n'est reprendre mes fonctions au sein de la Fédération handisport avec Tokyo dans le viseur, car les JO 2020 arrivent à grands pas. Après, je ne sais pas. J'aime aussi ça dans ma vie, d'être surpris et de me permettre d'être surpris. C'est ce côté "yes man" que j'ai développé. On verra les opportunités, on verra !

Retrouvez toutes les vidéos de "Danse avec les stars" sur le site officiel de l'émission

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter