Johnny Hallyday oublié des Victoires de la musique 2019 : une incroyable injustice ?

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COUP DE GUEULE - Johnny Hallyday est le grand absent de la liste des nommés aux 34e Victoires de la musique, qui se déroulent ce vendredi à la Seine musicale. L’album posthume "Mon pays c’est l’amour", pourtant salué par la critique, paierait-il son immense succès auprès du public ?

C’est bien connu : le grand public a des goûts… douteux. Et les "professionnels" de la musique sont là pour lui expliquer ce qui est bien. Et  ce qui ne l’est pas. Sinon comment comprendre l’absence de "Mon pays c’est l’amour", l’ultime album de Johnny Hallyday, dans la liste des nommés aux 34e Victoires de la musique ? 


À moins qu'il y ait une bonne explication, comment ne pas y voir un affront à ces fans acharnés qui se sont précipités à la Fnac du coin, le 19 octobre dernier à minuit, ressortant parfois avec plusieurs exemplaires pour eux, pour leur progéniture et leurs enfants après eux ? Les mêmes qui viennent régulièrement témoigner leur amour à leur idole à l'église de la Madeleine...

Trop "populaire" pour les 600 professionnels qui votent ?

Face à la presse, début janvier, la direction des Victoires de la musique a laissé entendre que le rockeur, décédé le 5 décembre 2017 à l’âge de 74 ans, figurait parmi les pré-sélectionnés dans deux catégories – sans doute celle de "l'artiste masculin de l’année" et celle de "l'album chansons de l’année". Mais qu’il n’avait finalement pas été retenu par les votants, ni dans l'une, ni dans l'autre.


"Il a toujours été un grand ami des Victoires et en a remporté plusieurs. Son album a été un phénomène de ventes exceptionnel", reconnaît cette semaine dans "Paris Match" Natacha Krantz-Gobbi, la présidente des Victoires de la musique. Mais les 600 votants ne l'ont pas placé parmi les trois premiers."


Les votants, justement, qui sont-ils ? Un collège d’environ 600 personnes, réparties en trois groupes sensiblement égaux. Le premier comprend les producteurs, le second les artistes, le troisième les professionnels avec lesquels les deux précédents travaillent toute l’année (presse, diffuseurs, festivals). La direction des Victoires leur soumet une première liste, établie par ses soins.  À eux ensuite de faire le tri, forcément injuste.

Toujours les mêmes ?

Dans la catégorie "meilleur artiste masculin", ces amateurs éclairés ont donc préféré Etienne Daho, Eddy de Pretto et le duo Bigflo & Oli. Le choix du premier a de quoi surprendre : s’il a tourné dans toute la France en 2018, son album "Blitz" est sorti en 2017. Surtout, il a reçu une Victoire l’an dernier pour l’ensemble de sa carrière !


Nommé dans la catégorie révélation scène l’an dernier – c’est Gaël Faye qui l’avait emporté, Eddy de Pretto surfe lui sur le succès de "Cure", par ailleurs nommé dans la catégorie album de musiques urbaines. Tout comme "La vie de rêve", de Bigflo et Oli, déjà nommés l’an dernier avec leur album précédent, "La vraie vie". De là à dire que les Victoires mettent toujours en avant les mêmes artistes…

De manière générale, la liste des nommés aux Victoires 2019 donne la sensation que le métier ne sait plus très bien où donner de la tête. D’un côté on zappe des chanteurs établis dont les albums ont eu bonne presse comme Marc Lavoine, Patrick Bruel, Zazie, Pascal Obispo et donc Johnny Hallyday.


De l’autre on crée une nouvelle catégorie, celle de l’"album rap" qui vient se rajouter à celle de l’album de "musiques urbaines", histoire d'attirer un peu plus les "djeuns". Dans la première il y a Moha La Squale, Damso et Georgio. Dans la deuxième Eddy de Pretto, BigFlo et Oli. Ces derniers seront ravis d’apprendre qu’ils ne sont officiellement pas des rappeurs…

Mais revenons à l’idole des jeunes. En 2016, Johnny était venu recevoir la Victoire de l’album de chansons de l’année avec Yodelice, alias Maxim Nucci, le jeune compositeur qui l’avait rendu de nouveau "crédible" musicalement aux yeux des votants. Le même Maxim Nucci qui a œuvré sur "Mon pays c’est l’amour" avant et après la mort du rockeur pour donner naissance à un disque salué par la critique, rappelons-le, avant de s’écouler à plus de 1.5 millions d’exemplaires depuis sa sortie. 


Le succès serait-il si mal perçu en France ? Nooooon… Les votants auraient-ils voulu signifier leur exaspération face à la polémique née de la bataille judiciaire entre Laeticia Hallyday et les aînés de son mari ? Ce n’est en tout cas pas un coup de gueule contre le business des albums posthumes puisque celui d’Alain Bashung, "En amont", est nommé dans la catégorie album de chansons variétés aux côtés des disques de Christine and the Queens et d’Alain Chamfort.

Reste qu’il y a une catégorie "populaire" aux Victoires, celle de la chanson de l’année, exclusivement ouverte au vote du public. "J’en parlerai au diable" ou "Pardonne-moi", les deux singles de "Mon pays c’est l’amour", n’y auraient pas dépareillé. Au final les téléspectateurs pourront voter pour "Midi sur Novembre" de Louane et Julien Doré, "Rêves bizarres" d’Orelsan et Damso, "Je me dis que toi aussi" de Boulevard des airs et l’indispensable "Djadja" de Aya Nakamura. 


Le snobisme des Victoires de la musique 2019 est tel que dans la catégorie album révélation de l’année, on trouve la chanteuse israélienne Roni Alter, nommée pour un disque qui sortira le jour de la cérémonie... Si vous y comprenez quelque chose, on veut bien le mode d'emploi !

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"Mon pays c’est l’amour" : l’album posthume de Johnny Hallyday

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