L'humour des matinales radio, un festival de blagues sexistes

L'humour des matinales radio, un festival de blagues sexistes

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ÉTATS DES LIEUX - Dans son premier rapport sur le sexisme en France, le Haut Conseil à l'Égalité (HCE) a passé au crible l'humour dans les matinales des radios et sur internet. Et le constat est édifiant.

"Quel est le point commun entre une femme et une cigarette ? Tu la prends, tu la tires et tu la jettes". Si en plus de ne pas vous faire rire, cette mauvaise blague tirée du site www.blague.info vous fait lever les yeux au ciel, c'est probablement que vous êtes une femme. Et que vous en entendez à longueur de journée. Pour son premier état des lieux du sexisme en France, le Haut Conseil à l'Égalité (HCE) a passé au crible l'humour dans les matinales des radios et sur internet. 


Durant trois mois, le HCE a décortiqué les trois matinales les plus écoutées de France, soit celle de France Inter (présentée par Charline Vanhoenacker), de RTL Matin (Laurent Gerra) et d'Europe 1 (Nicolas Canteloup) ainsi que les vidéos YouTube de Cyprien et Norman, et le site internet le mieux référencé sur Google, blague.info. Avec un constat : le sexisme est un des ressorts principaux pour faire rire, selon cette étude réalisée en novembre et décembre 2017.

Dans les matinales, 71% des chroniques mobilisent des ressorts sexistes

Dans les matinales radio, 71% des chroniques mobilisent des ressorts sexistes. Les femmes sont hystériques, sottes, sensibles, fragiles, émotives… Dix chroniques sur dix mobilisent des ressorts sexistes sur Europe 1, huit sur dix sur RTL. France Inter, où une femme tient la chronique quotidienne (Charline Vanhoenacker), est moins concernée que ses consœurs. A noter que d'autres femmes humoristes tiennent l'antenne sur la radio publique, adoptant souvent un ton féministe (Sophia Aram, Nicole Ferroni, etc.). France Inter est aussi la seule radio dont la matinale est coanimée par une femme (Léa Salamé). Comme le rapporte l'AFP, l'enquête ne prend toutefois pas en compte une chronique de Daniel Morin le 27 septembre dernier, particulièrement dégradante pour la journaliste de Valeurs Actuelles Charlotte d'Ornellas ("Les p'tites cathos d'extrême droite ça m'excite").


Le sexisme ne se cache pas que dans les blagues salaces : l'enquête note que les animatrices sont plus souvent nommées par leur prénom tandis que les hommes ont droit à leur patronyme entier. On évoquera par exemple "l'invité de Léa" sur France Inter, tandis que sur Nicolas Demorand aura droit à du "Monsieur Demorand" sur la même antenne. Le procédé est également courant pour les femmes politiques : "Brigitte" (Macron), "Carlita" pour Carla Bruni-Sarkozy ou "Cricri" Boutin.

Angela Merkel, la "baleine rose"...

Mais c'est dans les imitations que le sexisme est le plus évident. Les femmes politiques ou les people sont imitées par des hommes, qui adoptent une voix suraiguë ou fluette. Elles sont moquées pour leur physique (Angela Merkel qualifiée de "baleine rose" dans une chronique RTL) ou leur âge (Geneviève de Fontenay et son dentier sur Europe 1). Sur YouTube, c'est pire. 83% des vidéos de Cyprien et Norman visionnées mobilisent des ressorts sexistes, principalement sur le physique des femmes et leur intelligence.


Un autre humoriste, Rémi Gaillard, a été vivement critiqué sur les réseaux sociaux pour deux de ses vidéos (23 millions de vues!) où il simulait des actes sexuels avec des jeunes femmes non consentantes, dont une fois déguisé en chien. L'humoriste a réagi en taxant ses critiques de "prudes" et de "cons". La grande classe. 

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