Laurent Joffrin quitte la direction de "Libération" pour se lancer en politique

Laurent Joffrin quitte la direction de "Libération" pour se lancer en politique
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RECONVERSION - Appelant à la recomposition de la gauche, Laurent Joffrin quitte la direction de "Libération" pour se lancer en politique. La rédaction du journal a déploré avoir été mise devant le fait accompli.

Après plus de 40 ans dans le journalisme, Laurent Joffrin, 68 ans, a décidé de quitter la direction du journal Libération pour se lancer en politique, après avoir "mûrement réfléchi". Le directeur de la rédaction et de la publication du quotidien de gauche, dont il est également co-gérant, a annoncé à l'AFP qu'il renonçait à ces fonctions et publierait lundi 20 juillet un "appel à la recomposition de la gauche", une gauche qui serait ni "entièrement écologiste, ni bien sûr d'extrême gauche", mais "réaliste", résume-t-il.

"L'appel", qu'il lancera au cours d'une conférence de presse à Paris, a été signé par une centaine de personnes, "connues ou non", parmi lesquelles "des philosophes, sociologues, experts, comédiens, créateurs, militants d'associations, quelques syndicalistes...".

Aider "à la rénovation du discours politique"

Laurent Joffrin ne veut pas "faire de la politique" au sens politicien du terme - "je ne cherche aucune fonction élective", dit-il - mais ambitionne de "créer une association" pour aider à "la rénovation du discours politique au plan doctrinal, des valeurs et des propositions". "Si rien ne change, le scénario pour 2022 est écrit à l'avance. Au second tour, nous aurons Le Pen/Macron", craint-il.

Il n'est pas question pour autant de larguer complètement les amarres. "Je continuerai à écrire pour le journal ma ‘lettre politique’ quotidienne", assure-t-il. Dans cette lettre, il analyse chaque jour de façon "subjective" la situation politique du pays. 

Le 1er juillet, celui qui s'apprête à sortir un livre, intitulé "Anti-Macron" (chez Stock), une compilation de ses lettres quotidiennes, évoquait "l'affaissement de la démocratie française" et "la perte de légitimité des dirigeants" et ce, "quelle que soit leur étiquette politique". Quelques jours auparavant, il s'interrogeait sur "le privilège blanc et cette furieuse bataille autour de ce concept brandi dans certains milieux antiracistes". 

"Si je quitte mes fonctions, c'est pour ne pas entraîner le journal dans cette affaire": Libération a vocation à demeurer "le journal d'information" qu'il est, assure-t-il.  "La presse française a souvent été écrite par des gens engagés en politique", rappelle néanmoins Laurent Joffrin, en citant Clemenceau, Jaurès... 

Colère à Libération

Mais la pilule est dure à faire avaler à ses futurs ex-confrères et consœurs, à qui il devait écrire une lettre, ce vendredi matin pour expliquer les raisons de son départ. Sitôt la rédaction informée du projet politique du directeur, les journalistes de Libé se sont réunis en assemblée générale pour débattre de sa position au sein du journal. "Laurent Joffrin veut faire de la politique, nous faisons du journalisme", soulignent les salariés du journal dans un communiqué mis en ligne en soirée sur le site de Libération. 

Ainsi, pas question pour eux que Laurent Joffrin poursuive une activité éditoriale et écrive des chroniques. "Mise devant le fait accompli, la rédaction constate que ce nouvel engagement personnel est incompatible avec la poursuite de toute activité éditoriale au sein de Libération", ajoutent-ils. Ils précisent que Paul Quinio assurera l'intérim "à la direction de la publication ainsi qu'à la cogérance jusqu'à la rentrée".

Alors, clap de fin pour Joffrin ? Sa carrière de journaliste avait débuté en 1977, à l'Agence France-presse, avant de se poursuivre au Nouvel Obs, comme directeur de la rédaction, puis à Libération. Pour devenir journaliste, il avait renoncé à la politique : adolescent, il vit Mai-68 et fonde le comité d'action du lycée Lavoisier à Paris ; de 1972 à 1977, il fut membre du PS, à la 18e section de Paris où il avait milité auprès de Daniel Vaillant, Lionel Jospin, Bertrand Delanoë. Il avait également fait parti des rangs du CERES de Jean-Pierre Chevènement, et avait été l'un des secrétaires nationaux du mouvement des Jeunes socialistes.

"Je n'ai jamais été d'extrême gauche", insiste celui qui a finalement décidé de revenir à ses premières amours et son autre passion : la politique.

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