"Les César, ce n'est pas le café du commerce de la justice" : Dominique Besnehard prend la défense de Roman Polanski

Dominique Besnehard, ex-agent des stars du cinéma français, fait partie des soutiens de Roman Polanski.
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INTERVIEW – Les 12 nominations récoltées par le film "J'accuse" pour les César 2020 ont relancé la polémique autour de Roman Polanski, accusé de viol par plusieurs femmes depuis 1977. Entretien avec Dominique Besnehard, l'un des hommes qui connait le mieux le monde du cinéma.

Alors que le film "J'accuse" de Roman Polanski est en tête des nominations aux César, la polémique resurgit dans le débat. En 2017, déjà, le réalisateur avait dû renoncer à présider les César pour éviter toute controverse. Peut-on récompenser un réalisateur qui est mis en cause dans plusieurs affaires, accusé par certaines de viol (ce que les avocats de Polanski ont toujours contesté) ? Si les militantes féministes appellent à manifester devant la salle Pleyel le 28 février avant la cérémonie, des voix s'élèvent aussi pour prendre la défense du réalisateur. 

Parmi elles, Dominique Besnehard, l'ex-agent des plus grands noms du cinéma français. Ancien directeur de casting, le producteur de la série "Dix pour cent" a travaillé avec Roman Polanski sur son film "Pirates", sorti en 1986. C'est lui aussi qui lui a présenté Emmanuelle Seigner, qui est devenue sa femme. Il nous parle de son ami. 

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Que pensez-vous de la nouvelle polémique suscitée par la présence de Polanski aux nominations des César ? 

Moi, je trouve ça aberrant. Les César, ce n'est pas le café du commerce de la justice. Les gens ont le droit de voter pour qui ils veulent. En plus je trouve que son film "J'accuse" est très fort, il aborde le thème de l'antisémitisme et c'est très important. Pendant des années, on a laissé Polanski tranquille, c'est cette histoire de "MeToo" qui a réveillé quelque chose qui avait été mise de côté. Je ne remets pas en cause ce qui s'est passé en 1977 avec Samantha Geimer. C'était dans une époque particulière où il y a eu des débordements. Mais là, je trouve que ça dépasse l'entendement. 

Marlène Schiappa ferait mieux de se taire"- Dominique Besnehard

Marlène Schiappa, la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, a déclaré sur LCI qu'elle
serait " indignée de voir une salle applaudir une personne accusée de viol". Que répondez-vous à cela ? 

Marlène Schiappa, elle ferait mieux de se taire, car Roman Polanski n'a jamais été condamné en France ! Je trouve qu'elle défend très mal les femmes. Avec ses déclarations, on a l'impression que Marlène Schiappa veut la guerre entre les femmes et les hommes, et ça ce n'est pas possible. Moi j'adore les femmes et je suis très ami avec beaucoup d'actrices. Les féministes que j'ai connues, c'était Jeanne Moreau ou Françoise Giroud, et elles ne détestaient pas les hommes. 

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Roman Polanski n'a pas été condamné en France, mais il a été à nouveau accusé de viol par Valentine Monnier en 1975 alors qu’elle avait 18 ans…

Valentine Monnier, je l'ai rencontrée quand je faisais du casting.  Elle était assez jolie, un peu timide. Elle est devenue mannequin, actrice puis photographe. C'est vrai que parfois on met du temps à sortir ces choses-là, mais je ne peux pas m'empêcher de m'interroger sur ce qui a pu la décider à en parler 45 ans après les faits, au moment de la sortie de "J'accuse". 

Prenons l'exemple de Christophe Ruggia, accusé de harcèlement sexuel par Adèle Haenel. Il n'a pas été condamné lui non plus, mais le monde du cinéma lui a tourné le dos, contrairement à Roman Polanski qui bénéficie encore de nombreux soutiens. Comment l'expliquez-vous ?  

Je ne connais pas Christophe Ruggia, mais j'imagine qu'il a eu une relation de pygmalion pas très saine avec Adèle Haenel. Mais je pense que dans ce genre d'histoire, on devrait plutôt s'adresser à la justice et pas à Médiapart. Je ne veux pas juger, mais cet homme a déjà été condamné par le tribunal populaire. Dans le cas de Roman Polanski, il a 86 ans à présent et il a reçu le soutien de nombreuses actrices comme Jacqueline Bisset ou Catherine Deneuve. Mais c'est le problème, c'est la société dans laquelle on vit : les gens ne savent pas de quoi ils parlent et ils partent au quart de tour.  

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