Maria, la candidate non-voyante de "The Voice" : "Avec le confinement, on se rend encore plus compte de notre handicap"

Maria, la candidate non-voyante de "The Voice" : "Avec le confinement, on se rend encore plus compte de notre handicap"
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INTERVIEW - Aveugle depuis l'âge de 9 ans, Maria Doyle, qui fait partie des demi-finalistes de "The Voice", revient sur la difficulté du confinement pour les personnes aveugles ou malvoyantes. Mais sans jamais se départir de son éternel optimiste.

C'est l'un des talents les plus marquants de cette saison de "The Voice". Maria,  55 ans, fait partie des demi-finalistes de l'émission de TF1. D'origine irlandaise, cette mère de sept enfants mariée à un Français, et qui a débarqué dans un petit village de Lorraine il y a 28 ans alors qu'elle ne parlait pas un mot de français, est une battante. Bien qu'elle ait perdu la vue à l'âge de 9 ans à cause d'une maladie génétique, elle n'a jamais baissé les bras. Elle nous explique comment elle vit ce confinement si particulier pour tous ceux qui sont comme elle aveugles ou malvoyants. 

Comment allez-vous et comment vivez-vous le confinement ? 

Çà va très bien. J'ai l'impression de me retrouver comme quand mes enfants étaient petits et que je passais tout mon temps à la maison avec eux, il y a beaucoup de vie, de bruit et j'adore ça ! Contrairement à d'autres parents qui étaient contents que l'école reprenne, moi j'étais triste quand ils partaient car il y a avait tout ce silence autour de moi. Je ressens un peu ce que j'ai vécu quand je suis arrivée en France il y a 28 ans. J'étais enceinte de mon premier enfant, je ne parlais pas un mot de français et j'étais seule toute la journée car mon mari travaillait. Là, j'ai vécu un vrai confinement.

A l'heure des gestes barrières et de la distanciation sociale, comment vit-on quand on est malvoyant et que les mains sont un peu vos yeux ? 

Mes enfants m'expliquent tout ce qui se passe autour de moi, les barrières à respecter, les gens avec les masques, les vitres en plexiglas au supermarché, car je ne me rends pas compte que le monde a changé. J'ai la chance d'avoir mes enfants pour me guider, mais c'est vrai qu'avec les distances qui nous sont imposées, c'est encore plus handicapant pour nous, les non-voyants. 

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Pour les personnes non-voyantes qui vivent seules, c'est encore plus compliqué…

Oui, c'est très compliqué pour les gens qui n'ont pas d'aide. Si le confinement dure trop longtemps, il va falloir trouver des solutions pour eux. Il y a tellement d'aveugles et de malvoyants qui restent enfermés parce qu'ils n'ont personne pour sortir. C'est un peu comme si on était en prison. Avec le confinement, on se rend encore plus compte de notre handicap et de notre dépendance aux autres. Et puis on ne peut pas regarder la télé ou surfer sur les réseaux sociaux pour passer le temps. C'est très difficile et il faut faire preuve de beaucoup de patience. Le confinement et le handicap, c'est un peu la double peine. 

Faut-il développer de nouvelles facultés d'adaptation ? 

Oui. Il faut avoir le courage d'avancer pas à pas, un peu comme un bébé. Il faut prendre son courage en main et sortir avec sa canne. Moi, ça fait un an que je l'ai. Le premier jour on fera 10 mètres, le jour d'après 20 mètres. Soit tu restes dans ton coin et tu te dis que ta vie est fichue, soit tu te bats comme je l'ai fait. Je suis tombée plusieurs fois mais je me suis toujours relevée. Je dis toujours que pour nous, les non-voyants, c'est comme si on était dans un ring de boxe mais qu'on ne voyait pas notre adversaire. Il nous faut encore plus de courage. 

D'ailleurs je n'aime pas qu'on me traite d'handicapée, je ne veux pas que les gens aient pitié de moi. - Maria Doyle

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Et du courage, vous n'en avez pas manqué…  

Avec le courage et la foi, tout est possible et j'en suis la preuve. J'ai pu réaliser mon rêve de chanter en participant à "The Voice" ! Je dis souvent que ce n'est pas à moi de m'adapter au handicap, mais c'est au handicap de s'adapter à moi (rires). Le monde va s'adapter à nous. L'être humain est capable de faire des choses extraordinaires, il faut juste sortir de sa zone de confort. Ça vaut pour tout le monde, pas juste pour les handicapés. D'ailleurs, je n'aime pas qu'on me traite d'handicapée, je ne veux pas que les gens aient pitié de moi. Je suis arrivée en France sans parler la langue et là, je vais monter sur la scène des demi-finales de "The Voice", même si je ne sais pas quand ! Ma vie n'est peut-être pas parfaite mais je suis heureuse. 

Etes-vous impatiente de monter sur scène, même si la date des demi-finales de "The Voice" n'est pas encore arrêtée ?

Oui, je suis impatiente d'être sur les live de "The Voice", parce que ça voudrait dire que la maladie est loin derrière nous. Ça marquerait la fin de cette période difficile et triste durant laquelle tant de gens ont perdu des proches. Si tous les talents pouvaient faire un show qui mêle l'espoir et la joie, ce serait une belle victoire.

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