"Ma dernière lettre" : pourquoi il faut écouter la chanson de David Hallyday en mémoire de Johnny

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EMOTION – C'aura été l'un des temps forts de la 20e édition des NRJ Music Awards, samedi soir sur TF1. Sur la scène du Palais des Festivals, à Cannes, David Hallyday a chanté "Ma dernière lettre", une chanson écrite en hommage à Johnny. Retour sur une relation entre un père et un fils que la musique a souvent réunis, par-delà les distances et les blessures.

Drôle d'endroit pour un hommage ? C’est dans le cadre très clinquant des NRJ Music Awards que David Hallyday a offert une émouvante interprétation de "Ma dernière lettre", la chanson qu’il a écrite en mémoire de son père, décédé le 5 décembre 2017. Le fils du taulier l’avait déjà jouée sur scène, en mars dernier sur les routes de France. Entre les Jain, Orelsan, Aya Nakamura et autres icônes de la nouvelle génération, le chanteur de 52 ans en dévoilera la version définitive, qui figurera sur un nouvel album à paraître dans les prochains mois.


Dans la bataille judiciaire autour du testament de Johnny Hallyday, David est celui qui s’est fait le plus discret. Là où sa demi-sœur Laura Smet a choisi d’exprimer sa colère d’être déshéritée dans une lettre publiée le 12 février dans Le Figaro, l’aîné du rockeur a préféré garder le silence. C’est d’ailleurs sa mère, Sylvie Vartan, qui prendra sa défense dans les médias lorsqu’une grande radio évoquera les donations dont il aurait bénéficié par le passé.

Il pensait gérer l'héritage artistique de son père

Ne rien toucher de la part de son père l’a forcément surpris, sinon choqué. Mais ce n’est pas forcément son principal point de crispation. Dans le livre-enquête "Ils se sont tant aimés" (Albin Michel) qui vient de paraître, la journaliste du Figaro Léna Lutaud affirme que David  était persuadé d’être celui qui allait gérer les droits artistiques de Johnny après sa mort. "Il n’y a que toi qui peux gérer le droit moral", lui aurait certifié son père, lors d’une discussion en 2015. C’est évidemment très loin de la réalité.


Non seulement sa belle-mère Laeticia sera la seule dépositaire de l’héritage musical de Johnny, mais ni lui, ni Laura ne pourront entendre la version finale de l’album "Mon pays c’est l’amour", dont leur père leur avait fait écouter quelques extraits avant sa disparition. Frère et sœur auront beau exiger un droit de regard devant la justice, qui leur sera refusé, ils ont été logés à la même enseigne que les nombreux fans qui se sont rués dans les magasins, dans la nuit du 18 au 19 octobre dernier.

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David Hallyday « Ma dernière lettre » - Hommage à Johnny Hallyday

L’affront est d’autant plus cruel pour David qu’il a toujours occupé une place à part dans la carrière musicale de Johnny. "Il arrivait régulièrement à mon père de débarquer au petit matin avec ses amis de soirée et de me réveiller pour que je joue de la batterie devant eux", raconte le fils du chanteur dans "Tu ne m’as pas laissé le temps" (Hugo & Cie), le livre du journaliste Laurent Lavige qui vient de paraître. "Apparemment on m’a raconté que j’ai joué devant Jimi Hendrix. J’étais trop petit pour me souvenir." C’était en 1969 et David Michael Benjamin Smet n’avait pas encore 4 ans. 


S’il y a un concert dont il se souvient, en revanche, c’est celui de Johnny au Pavillon de Paris, le 26 novembre 1979. Il a 13 ans et devant un public enthousiaste, David s’installe derrière les fûts pour jouer le très rock n’roll "Rien que huit jours". La scène, immortalisée par les photographes, figurera quelques jours plus tard en double page dans "Paris Match". L’année suivante, Johnny et Sylvie se séparent. L’adolescent part s’installer à Los Angeles avec sa mère, où son futur beau-père, le producteur Tony Scotti, l’aider à lancer sa propre carrière de chanteur anglophone.

Malgré la distance, père et fils ne perdront jamais le contact. La musique les réunit une première fois lorsque David écrit en 1988 deux chansons pour l’album "Cadillac", produit par Etienne Roda-Gil. "Possible en moto", inspirée par leur passion commune pour les grosses cylindrées, et surtout "Mirador", qui atteindra la 3e place du top 50 en France. Ils l’interpréteront ensemble en 1993, lors du mythique concert du Parc des Princes où le rockeur fend la foule pour rejoindre la scène.

Mais c’est en 1999 que l’association trouve son apogée avec la sortie de l’album "Sang pour Sang", entièrement réalisé par David. On y trouve "Vivre pour le meilleur", un single qui va se vendre à plus de 500.000 exemplaires. Et puis ce titre symbolique qui donne son nom au disque. "Je voulais une chanson qui traite de David et de moi, par rapport à nos ratages d’hommes respectifs, de son enfance, lui ayant grandi dans une autre maison, dans un autre pays, moi quand je le pouvais", raconte Johnny dans un entretien accordé à l’époque à Laurent Lavige.

"Il a grandi sans que je le voie vraiment grandir : on s’est un peu ratés, mais on s’est rattrapés. Cet album était aussi un moyen d’apprendre à se redécouvrir." Et c’est réussi. Salué par les critiques, comme par les fans, "Sang pour Sang" va réaliser un démarrage canon. Et devenir le plus grand succès commercial de la carrière de Johnny, avec à ce jour plus de 2,5 millions d’exemplaires vendus.

SI le récent "Mon pays c’est l’amour" vient de franchir la barre du million d'exemplaires en trois semaines, pas sûr qu’il batte ce record qui représente certainement beaucoup pour David. Ce qui ramène à la sortie de "Ma dernière lettre", cette chanson très attendue dont le clip a été réalisé par... Laura Smet. Tiens, tiens.

J’avais commencé à écrire en janvier-février de l’année dernière. J’avais quatre ou cinq titres déjà, mais je ne voulais pas lui en parlerDavid Hallyday, dans "Le Parisien", le 17 mars 2018

"Ce que je vous laisse/C'est juste un dernier cri/C'est ma dernière lettre/Ce que je n'ai jamais dit", chante David sur le refrain de ce morceau dont il a écrit le texte avec l’aide du parolier Arno Santamaria. "Cette lettre imaginaire, dans laquelle mon père s’adresse à moi, tout le monde aurait pu l’écrire", expliquait-il en mars dernier au Parisien. Reste que la relation entre ces deux-là n’avait rien d’ordinaire. Dans le même entretien, David racontait aussi qu’il aurait souhaité retravailler avec son père. Et reformer un jour le tandem gagnant de "Sang pour sang". 


"J’avais commencé à écrire en janvier-février de l’année dernière. J’avais quatre ou cinq titres déjà, mais je ne voulais pas lui en parler. Ma sacrée discrétion, que ma mère me reproche encore", expliquait-il. On comprend d’autant plus sa frustration de ne pas avoir pu écouter la version définitive de "Mon pays c’est l’amour"." "J’ai écouté deux titres avec lui dans une voiture. C’était au stade de maquette. C’était bien, ce qu’il avait fait."

Après les ennuis de santé de son père, en 2009, David n’a plus jamais été associé à sa carrière musicale. Choix, renoncement, contrainte ? Toujours est-il que Johnny enregistra ses derniers disques avec des musiciens de la nouvelle génération, sous l'impulsion de Laeticia et de son nouveau management. Mathieu Chedid, Yarol Poupaud, et bien sûr Maxim Nucci, alias Yodelice, qui remportera en 2016 avec Johnny une Victoire de la musique pour le superbe "De l’amour". Avant de travailler sur ce qui serait l’ultime opus du rockeur...

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"Mon pays c’est l’amour" : l’album posthume de Johnny Hallyday

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