"On a dit qu’on faisait des magazines sans journalistes, c’est faux" : Reworld Medias répond aux critiques

"On a dit qu’on faisait des magazines sans journalistes, c’est faux" : Reworld Medias répond aux critiques

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INTERVIEW - Il s’apprête à bousculer le paysage médiatique français. Pascal Chevalier, le président de Reworld Medias, est en négociations pour reprendre le groupe de presse Mondadori France. Il revient sur les inquiétudes que suscite cette acquisition et sur son projet pour le futur groupe de presse.

Il n’avait pas encore pris la parole. Pascal Chevalier, le président de Reworld Media, a accepté de s’exprimer sur LCI.fr au sujet du rachat de Mondadori France, l’un des principaux groupes de presse français. Un rachat qui fait beaucoup de vagues et suscite une grande inquiétude auprès des salariée du groupe qui compte une trentaine de magazines, dont "Science & Vie", "Grazia", "Télé Star", "Biba", "Closer"  ou encore "Top Santé".


"Nous n’avons pas communiqué jusqu’à présent parce que nous trouvions cela plus correct de parler d’abord aux équipes", se défend Pascal Chevalier. Mercredi 24 octobre, il a ainsi rencontré les directeurs des rédactions des différents magazines qu'il convoite pour tenter de les rassurer et leur expliquer son projet. 

LCI.fr : Reworld Media est en négociations pour racheter Mondadori France. Cela suscite beaucoup d’inquiétudes auprès des salariés. Comprenez-vous pourquoi ?

Pascal Chevalier : Dans tout projet, tout rapprochement, les inquiétudes sont légitimes. Et c’est pour cela qu’il faut se rencontrer et en parler, ce que nous avons fait hier. Mais là ça a été doublé avec des bruits qui ont été diffusés, non pas par des salariés de Mondadori, mais par quelques personnes. Moi j’ai pris ça comme un bizutage, mais maintenant il faut traiter du vrai sujet : notre projet. 

Justement, quel est-il ? 

Le projet avec Mondadori, comme je l’ai expliqué hier, c’est une fusion des équipes. Et finalement c’’est presque plus Mondadori qui va manger Reworld Medias au niveau opérationnel pour des raisons simples : Mondadori est six fois plus gros sur l’activité print (les magazines papier, ndlr). Et Reworld Medias est dix fois plus gros sur la partie digitale. Sur la partie print, c’est en réalité une fusion inversée car les équipes de Mondadori sont plus compétentes et plus expertes que celles de Reworld Medias. 

De nombreux salariés s'inquiètent de vos méthodes. On parle d’externalisation de la production par exemple ou encore d’articles commandés par la régie publicitaire…

On a dit qu’on faisait des magazines sans journalistes, c’est faux. Moi je ne sais pas faire en tous cas. Il y a eu une confusion car, lorsque nous avons créé ce groupe, qui s’est constitué avec des rachats successifs, la première société que nous avons rachetée était Les Publications Grand Public (PGP), qui diffuse tous les magazines vendus en devant de caisse dans les supermarchés. Ils fonctionnaient avec des rédactions en externe, et non en interne. Ce n’est pas une décision de notre fait, c’était comme ça. En aucun cas, nous allons demander à des équipes éditoriales de faire du publireportage version Internet. Ça ne marche pas. Nous sommes là pour donner de l’information sur Internet. Pas pour vendre. Bien entendu, nous allons chercher à travailler avec les marques, mais on aura des équipes dédiées à ça. On ne va pas demander aux journalistes de le faire. 

Ça fait 5 ans que chez Reworld Media on est dans un projet de croissance. Chaque année on fait mieux, on n’est pas dans la logique de réduction de coûtsPascal Chevalier

Les salariés de Mondadori ont également peur d’une réduction drastique des effectifs. Que leur répondez-vous ? 

Ça fait 5 ans que Reworld Media est dans un projet de croissance. Chaque année on fait mieux, on n’est pas dans la logique de réduction de coûts. Chez Mondadori France par contre, ça fait 7 ans que tous les ans on leur parle de réduction de coûts. Le problème c’est que dans le marché des médias, qui est très bon, il y a des gens qui ne s’occupent pas de la diversification. Et si vous ne tenez debout que sur une jambe, celle du print qui décroit chaque année, c’est sûr que ce n’est pas facile. Les 500 salariés de Reworld Medias ne se posent jamais la question de l’année prochaine parce que ça recrute et ça se développe. Chez Reworld Medias chaque année, pour chacune de nos marques on lance une dizaine de projets. On investit aujourd’hui sur les relais de croissance à long-terme. Au global, aujourd’hui Reworld Medias recrute et on n’est pas dans une phase où on va faire de la réduction d’effectifs,  tous profils confondus,  que ce soit des journalistes, des commerciaux ou des comptables. 

Le grand public ne vous connaissait même pas il y a quelques mois. Aujourd’hui on parle de vous de façon très négative. Pourquoi avez-vous cette image-là ? 

C’est très gênant pour moi, car j’ai été touché à titre personnel, mais aussi pour la société. Depuis 6 ans que nous avons créé cette société cotée en bourse, tout se développe bien et nous n’avons eu que des commentaires positifs. On n’a jamais revendu aucune marque. Là on s’apprête à devenir numéro un du marché, c’est gênant, ça ne fait pas plaisir à tout le monde. Il y a beaucoup de jalousie. Et puis on s’est fait avoir comme des débutants. Nous avons voulu être correct et parler aux équipes avant de s’occuper de la communication externe. Je me suis retrouvé dans la lumière, on m’a alors traité de boucher et j’ai dû prendre la parole pour rétablir les choses car les équipes ont été très blessées. 

Là on s’apprête à devenir numéro un du marché, c’est gênant, ça ne fait pas plaisir à tout le monde. Il y a beaucoup de jalousie. Pascal Chevalier

Les salariés de Mondadori France sont même allés manifester devant le Ministère de la Culture. Vous attendiez-vous à une telle levée de bouclier ? 

Ce ne sont pas les salariés qui sont allés manifester mais un certain nombre de représentants syndicaux qui ont fait venir beaucoup de personnes qui ne travaillaient pas chez Mondadori. Ça a été blessant pour nous. Comme je l'ai dit, j’ai été visé à titre personnel. Il y a un manque de correction dans tout ça que je déplore. Une fois de plus je comprends les inquiétudes mais il suffit de venir parler avec l’intéressé. Si je dois aller voir le ministère, je leur expliquerais que je crois dans les médias, je crois dans la presse et je suis le seul en France à investir dans ce secteur. Et si le marché évolue,  et que le lecteur préfère lire sur son téléphone portable, je n’y suis pour rien.  

Vous avez rencontré hier les directeurs des rédactions des différents titres. Comment ça s’est passé ? 

J’ai trouvé des gens très positifs, j’ai rencontré des équipes qui ont envie de faire bouger les choses. Il y avait des gens qui se posaient des questions légitimes et constructives. J'ai répondu aux interrogations. Je suis quelqu’un de très transparent. Si j’ai des bonnes nouvelles je le dis, et si j’ai de mauvaises nouvelles, je le dis aussi. 

Les quelques 700 employés de Mondadori France auront donc encore du travail dans les années à venir ?   

Ils auront du travail et ils auront surtout un projet avec une vision industrielle dans les 5 ans à venir. Il faut innover ensemble et construire un groupe ensemble. Et il faut arrêter avec les stratégies de réductions de coûts, ça n’a jamais marché. Ce n’est pas notre stratégie, et si on faisait n’importe quoi on n’aurait pas un chiffre d’affaire de 185 millions. 

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