Pour Michel Houellebeq, le monde après le coronavirus sera "le même, en un peu pire"

Michel Houellebecq livre sa vision de la pandémie de Covid-19 et forcément, elle est pessimiste.
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DÉPRESSION - Dans une lettre adressée à France Inter lundi 4 mai, l'écrivain lauréat du Prix Goncourt en 2010 pour "La Carte et le territoire" a livré sa vision de l'épidémie de coronavirus et sur le nouveau monde qui nous attend.

Si vous êtes déprimés, passez votre chemin. Dans une lettre adressée ce lundi 4 mai à France Inter, Michel Houellebecq a livré son ressenti sur l'épidémie de covid-19 qui touche actuellement la planète. Prix Goncourt en 2010 pour "La Carte et le territoire", l'écrivain connu pour son légendaire pessimisme ne croit pas à l'avènement d'un "nouveau monde" après la crise engendrée par l'épidémie de coronavirus. Il fait même le pari au contraire d'un monde "un peu pire".

"Je ne crois pas une demi-seconde aux déclarations du genre 'rien ne sera plus jamais comme avant'. Au contraire, tout restera exactement pareil. Le déroulement de cette épidémie est même remarquablement normal. L’Occident n’est pas pour l’éternité, de droit divin, la zone la plus riche et la plus développée du monde ; c’est fini, tout ça, depuis quelque temps déjà, ça n’a rien d’un scoop", affirme l'auteur de "La carte et le territoire" dans cette lettre lue au cours de l'émission "Lettres d'intérieur" d'Augustin Trapenard. 

L’épidémie de coronavirus offre une magnifique raison d’être à cette tendance lourde : une certaine obsolescence qui semble frapper les relations humaines.- Michel Houellebecq

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"Nous ne nous réveillerons pas, après le confinement, dans un nouveau monde; ce sera le même, en un peu pire", insiste l'écrivain français contemporain le plus lu à l'étranger. L'épidémie "devrait avoir pour principal résultat d’accélérer certaines mutations en cours" dont, notamment, "la diminution des contacts humains". "L’épidémie de coronavirus offre une magnifique raison d’être à cette tendance lourde : une certaine obsolescence qui semble frapper les relations humaines", estime-t-il. 

"Il serait tout aussi faux d’affirmer que nous avons redécouvert le tragique, la mort, la finitude, etc...", poursuit l'écrivain qui en profite pour épingler ses confrères romanciers dont il donne les noms et le lieu de confinement comme Frédéric Beigbeder "de Guéthary, Pyrénées-Atlantiques", Catherine Millet "normalement plutôt parisienne, mais se trouvant par chance à Estagel, Pyrénées-Orientales, au moment où l’ordre d’immobilisation est tombé" ou encore Emmanuel Carrère "Paris-Royan ; il semble avoir trouvé un motif valable pour se déplacer". 

Alors que l'épidémie de Covid-19 a d'ores et déjà causé le décès de près de 25 000 personnes en France, l'écrivain affirme que "jamais la mort n’aura été aussi discrète qu’en ces dernières semaines". "Les victimes se résument à une unité dans la statistique des morts quotidiennes et l’angoisse qui se répand dans la population à mesure que le total augmente a quelque chose d’étrangement abstrait", souligne-t-il. "Un autre chiffre aura pris beaucoup d’importance en ces semaines, celui de l’âge des malades. Jusqu’à quand convient-il de les réanimer et de les soigner? 70, 75, 80 ans ?", s'interroge le romancier. "Jamais on n’avait exprimé avec une aussi tranquille impudeur le fait que la vie de tous n’a pas la même valeur ; qu’à partir d’un certain âge (70, 75, 80 ans ?), c’est un peu comme si l’on était déjà mort".

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