Pourquoi il était temps que Christine Angot quitte "On n'est pas couché"

Médias

DÉCRYPTAGE - Christine Angot a occupé pour la dernière fois samedi son poste de chroniqueuse sur le plateau de "On n'est pas couché" sur France 2. L’occasion pour la romancière de s’excuser pour la polémique née de ses propos sur l’esclavage, la semaine dernière. Et de faire, en creux, le bilan de son passage dans une émission où elle n’a jamais semblé trouver sa place.

Son calvaire est terminé. Samedi soir, Christine Angot, 60 ans, a officié pour la dernière fois en qualité de chroniqueuse sur le plateau d’"On n’est pas couché". En début de semaine, Laurent Ruquier avait en effet confirmé que ni elle, ni son compère Charles Consigny ne reviendraient à la rentrée prochaine dans une formule remaniée de l'émission diffusée sur France 2. 

Il faut dire que la romancière ne s'était guère montrée à l'aise dans ce job autrefois tenu par Eric Zemmour, Eric Nauleau ou encore Léa Salamé. À la rentrée 2017, l'animateur avait tenté un pari risqué en lui proposant de prendre la succession de la journaliste Vanessa Burggraf au côté de Yann Moix, autre star de l’édition.

Tout a commencé avec François Fillon

Quelques mois plus tôt, l’auteure de "L’Inceste" avait fait sensation sur le plateau de "L’Emission Politique" en s’en prenant à François Fillon, en pleine campagne présidentielle, qualifiant la parole de l’ancien Premier ministre de "malhonnête". "Vous savez pourquoi ils m'ont fait venir ? Parce que ce que je viens de dire, eux ne peuvent pas le dire", avait-t-elle lancé au candidat LR, le regard noir.

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C’est ce clash retentissant qui avait convaincu l’animateur et Catherine Barma, sa fidèle productrice, de contacter ce personnage hautement inflammable, dans l’espoir sans doute d’en tirer de grands moments de télévision et booster les audiences de l' émission. Le duo ne va pas être déçu puisque début octobre, Christine Angot était sortie de ses gonds en écoutant le témoignage de Sandrine Rousseau l’ancienne élue EELV qui accusait l’ex-député Denis Baupin d’agression sexuelle.

Alors que cette dernière décrivait comment son parti s’était organisé pour que les victimes de ce type de violence soient mises en relation avec "d'autres personnes qui ont été formées pour accueillir la parole", la romancière s’était insurgée, à la stupeur générale : "Formées pour accueillir la parole, mais qu'est-ce que j'entends ?! Arrêtez de dire des trucs pareils. Je retourne dans ma loge, je ne peux pas entendre des trucs pareils !".

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Au cours de cet échange tendu, dont les médias avaient eu écho avant même sa diffusion, Christine Angot avait réellement quitté le plateau, balançant son verre d’eau au passage. Mais la séquence avait été coupée au montage par la production. La principale intéressée s’était expliquée quelques jours plus tard dans "Télérama"

Sur le fond, en expliquant "en avoir assez qu'on demande aux femmes de revendiquer la souffrance". Sur la forme en mettant en avant "les huées" d’une partie du public. "Je ne pouvais plus parler, ma tête s’est vidée, alors pourquoi rester en plateau ?", racontera-t-elle.

Discrète ou maladroite, jamais à sa place

Cette question, la romancière va sans doute se la poser régulièrement au cours des mois suivants, s’éclipsant peu à peu au détriment d’un Yann Moix rodé à l’exercice du clash télévisuel. A tel point qu’on est un peu surpris en apprenant qu’elle rempile, à la rentrée 2018, aux côtés d’un petit nouveau, l’avocat Charles Consigny.

C’est par lui que le scandale arrive à plusieurs reprises au cours de la saison, notamment lorsqu’il est sévèrement rabroué par Laurent Ruquier suite à son échange tendu avec Muriel Robin au sujet de la PMA, alors que Marc-Olivier Fogiel était venu présenter le livre consacré à ses enfants, née avec l'aide d'une mère porteuse aux Etats-Unis.

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Christine Angot, elle, peine à faire entendre sa voix. Lorsqu’en novembre, elle s’en prend à l’humoriste Océane, au sujet de son soutien à une tribune sulfureuse sur la Shoah, parue trois ans plus tôt dans Libération, le procédé paraît un brin artificiel, même si sa colère était justifiée. Comme si la romancière cherchait à tout prix à créer la polémique avec l’invitée, venue présenter une pièce de théâtre sur un sujet tout à fait différent.

C’est un débat similaire qui sera à l’origine de son ultime et sans doute pire maladresse, le 1er juin dernier. Face à Franz-Olivier Giesbert, venu défendre son dernier livre, "Le Schmock", évoquant la montée du nazisme dans les années 1930, elle se lance dans une démonstration pour le moins hasardeuse sur "la concurrence des mémoires".

"Le but avec les Juifs pendant la guerre, ça a bien été de les exterminer, de les tuer, et ça introduit une différence fondamentale, alors qu'on veut confondre, avec par exemple l'esclavage et l'esclavage des Noirs envoyés aux États-Unis ou ailleurs, et où c'était exactement le contraire", explique Christine Angot. 

"C'est-à-dire l'idée c'était qu'ils soient en pleine forme, en bonne santé pour pouvoir les vendre et pour qu'ils soient commercialisables. Donc non, ce n'est pas vrai que les traumatismes sont les mêmes, que les souffrances infligées aux peuples sont les mêmes."

Ces propos vont déclencher un tollé sur les réseaux sociaux. Et générer plus de 900 signalements auprès du CSA dans les jours qui suivent. Après avoir présenté ses excuses dans un communiqué de presse mardi dernier, Christine Angot les a réitérées ce jeudi en plateau, face caméra, dans un silence glacial, durant l’enregistrement de l’émission diffusée ce samedi soir...

"Je regrette de ne pas avoir réussi à me faire comprendre dans l’émission du 1er juin et d’avoir blessé par mes propos", commence l'écrivain. "Mon intention était à l’opposé. J’ai voulu rapprocher les deux crimes contre l’humanité que sont l’esclavage et la Shoah tout en prenant soin de spécifier la différence fondamentale de méthode dans la déshumanisation."

Je n’ai pas su trouver les mots, je le regrette. Mon travail est de me faire comprendre. Je m’excuse d’y avoir échoué- Christine Angot, samedi 8 juin dans ONPC

"L'expression en 'bonne santé' était évidemment absurde", reconnait-elle. "Je suis bien consciente que de nombreux esclavages ont été estropiés, tués et que le propriétaire exerçait sur eux un droit de vie et de mort."  Au cours de ce mea culpa contraint, Christine Angot fera des aveux qui semblent résumer, à eux seuls, son séjour compliqué dans l’émission vedette de France 2. 

"Je n’ai pas su trouver les mots, je le regrette. Mon travail est de me faire comprendre. Je m’excuse d’y avoir échoué", dit la romancière aux téléspectateurs, consciente sans doute de faire ses adieux à ce rôle qui l'a rarement mis à son avantage. Et pourrait, qui sait, fournir la matière d'un prochain best-seller...

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