Josh Radnor part à la chasse aux Nazis dans "Hunters" : "L'Amérique n'est ni un héros ni un méchant"

Josh Radnor part à la chasse aux Nazis dans "Hunters" : "L'Amérique n'est ni un héros ni un méchant"

INTERVIEW - L'interprète de Ted Mosby dans "How I Met Your Mother" donne la réplique à Al Pacino dans "Hunters", détonnante série produite par Jordan Peele qui débarque sur Amazon Prime Video vendredi 21 février. Il revient pour LCI sur le message véhiculé par le show et le rôle joué par la fiction dans le devoir de mémoire.

La quête fait partie de son identité d'acteur. Après avoir cherché pendant neuf saisons la mère de ses enfants dans "How I Met Your Mother", Josh Radnor se lance dans la traque des Nazis dans une Amérique à la fois fantasmée et très réelle des années 1970. Dans "Hunters", dont les dix épisodes sont disponibles sur Amazon Prime Video vendredi 21 février, il incarne une ancienne gloire de Hollywood qui prend les armes au sein d'une fine équipe de tueurs dirigée par Al Pacino, rescapé d'Auschwitz déterminé à appliquer la loi du Talion.

La série, produite par Jordan Peele ("Get Out", "Us"), emprunte autant au récit historique qu'à l'esthétique des comics pour un résultat aussi drôle que violent. De quoi décontenancer le public. Josh Radnor n'a d'ailleurs aucune idée de l'accueil qui sera réservé au programme. "J'ai arrêté de faire des prévisions parce que je ne suis pas un diseur de bonne aventure très doué", nous explique-t-il lors de son passage à Paris mi-février. "J'ai mes espoirs et puis il y a la réalité. J'espère que beaucoup de personnes vont regarder 'Hunters', que ça va devenir leur série préférée et qu'on fera d'autres saisons", glisse-t-il. Rencontre avec un artiste qui a les pieds sur terre.

LCI : "Hunters" est un conte sombre rempli d'humour noir et de violence, qui nous touche tous de près car nous sommes tous concernés par la lutte contre le nazisme. Comment décririez-vous la série ?

Josh Radnor : Je suis d'accord avec vous, je pense que c'est une bonne description. On s’éloigne chaque jour et chaque année un peu plus de la Shoah mais les thèmes de l’identité, de la marginalisation, de la haine et de la persécution sont toujours très présents auprès de nous.

La série vient questionner nos notions du bien et du mal. Jonah (Logan Lerman) assure que "la seule différence entre les méchants et les héros, c'est le nombre de costumes qu'ils vendent à Halloween". L'inspecteur Malone (Jerrika Hinton) martèle elle qu'il y a "une bonne façon et une mauvaise façon de rendre justice". La ligne est toujours très floue car les cibles sont certes des Nazis mais on parle tout de même d'assassinats.

Je crois que c’est la question centrale de la série. C’est un débat. Certaines personnes ne croient pas en la peine de mort mais continuent à croire en la justice. Comment obtenir la justice tout en ne devenant pas ce que nous détestons ? La vengeance, assurément, fait de nous l’égal de ce que nous essayons de punir. Et oui, c’est une perpétuelle question que la série explore dans le détail. 

La série est quelque peu déconcertante, c'est ce qui en constitue la magie et le plaisir- Josh Radnor sur "Hunters"

"Hunters" nous fait aussi douter de la réalité. La série se passe dans les années 70 et est supposée être inspirée de faits réels. Mais on a plutôt l'impression de faire face à une version fantasmée de la réalité et on s'interroge en permanence sur ce qu'on voit. Est-ce la touche Jordan Peele, qui est l'un des producteurs de la série ?

Je ne sais pas (il rit). Je crois que le show a quelque chose du rêve. Vous vous dites "Oh, ça semble si réel" et soudain des choses étranges se produisent. Donc vous commencez presque à remettre en question votre propre emprise sur la réalité. Jordan Peele est impliqué dans la série depuis des années, bien avant que je n’arrive sur le projet. Même si j’ai énormément discuté avec le créateur de la série David Weil, j’étais essentiellement là en tant qu’acteur. Je venais avec cette fausse moustache, ce costume, je connaissais mon rôle et je savais à quoi je contribuais. Mais c’est comme dans un orchestre : je jouais du violon, je n’en étais pas le chef. Comme vous, j’ai pu apprécier la vision d'ensemble du show en le regardant. Même si j’en faisais partie, c’était difficile de savoir comment ils allaient assembler le tout. Mais je pense que vous avez raison : ça ressemble à un film d’époque mais en même temps actuel, mais aussi à un rêve et à la réalité. La série est quelque peu déconcertante, c'est ce qui en constitue la magie et le plaisir.

Chacun des films de Jordan Peele dit quelque chose de l'Amérique. Qu'en dit "Hunters" ?

Je crois que l’Amérique est aussi compliquée et dimensionnelle que n’importe quel autre pays. Je ne crois pas qu’elle soit un héros ou un méchant. Je pense que c’est un bon parti pris artistique sur tous les sujets. Quand vous faites de quelqu’un soit uniquement un héros soit uniquement un méchant, ça me semble malhonnête. Parce que les gens et les pays ont beaucoup plus de dimensions que ça. Vous savez, même le fait de vouloir faire ce qui est juste peut souvent avoir des résultats désastreux. Après tout, on dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Je crois que vous voyez des gens tenter de faire ce qui est juste, et à quel point les conséquences peuvent être bordéliques et compliquées. Et je crois que c’est aussi vrai aujourd’hui que ça l’était en 1977 ou en 1942.

"Jojo Rabbit" est actuellement en salles en France et traite, comme "Hunters", de la question du nazisme avec ce même regard décalé. Pourquoi est-ce nécessaire pour la fiction de traiter des moments les plus sombres de notre histoire ?

La Shoah est un événement mondial qui continue à choquer. Chaque génocide est si effrayant et constitue une agression pour l’esprit humain. J’ai été au Rwanda il y a deux ans et j’ai parlé à plusieurs survivants de ce génocide. Je me suis rendu au musée qui en faisait le récit, et tout m’a paru semblable mais différent en même temps. Ces idées d’extermination et de déshumanisation des peuples sont comme un virus qui s’empare de l’humanité. Ce n’est pas comme si la défaite de l’Allemagne lors de la guerre avait mis fin à l’antisémitisme. Ses racines sont pérennes et seront là pendant encore on ne sait combien de temps. Et parfois, ça reprend de manière ignoble. À mesure que nous nous éloignons de la Shoah, de moins en moins de survivants sont là pour témoigner directement de ce qui s’est passé. Les étudiants connaissent de moins en moins le sujet, certaines écoles ont arrêté de l’enseigner. Il y a un danger que cette horreur, qui a été si présente dans nos esprits, le soit moins, ce qui pourrait amener à ce que quelque chose de similaire se produise – que Dieu nous en préserve. Donc je crois que les artistes sont très sensibles à ces sujets et sentent quand il est temps de nous les remémorer. 

Vous jouez Lonny Flash, l'un des chasseurs de Nazis, qui est décrit comme un "maître du déguisement". Que pouvez-vous nous dire de ce personnage qui ne fait qu'une très brève apparition à la fin du premier épisode ?

C’est un super acteur qui a remporté un Tony Award plus jeune avant de s’installer à Hollywood, où il a commencé à sombrer à cause de ses addictions. Il a le sentiment que son intégrité a disparu. Sa dignité est aux abonnés absents. Cette chasse qu’il rejoint devient très importante pour lui et apparaît comme un moyen de redevenir un être humain sur cette Terre qui sait qui il est et ce qu’il fait, tout entier dédié à quelque chose de plus grand que lui. Quant au qualificatif "maître du déguisement", c’est drôle parce qu’il est si célèbre et reconnaissable mais en même temps il est un peu l’agent infiltré de l’équipe, en particulier à la fin de la saison. Chaque chasseur a ses propres compétences. Roxy (Tiffany Boone) sait crocheter les serrures, Joe (Louis Ozawa) peut frapper n’importe quoi, Markowitz (Saul Rubinek) peut désamorcer toutes les bombes. Et Lonny peut se déguiser en n’importe qui. 

Lire aussi

On a été au stand de tir et j'ai pu me servir d'une arme à côté d'Al Pacino, ce qui a été l'un des plus grands frissons de ma vie- Josh Radnor

Vous dites que votre expérience personnelle vous a aidé à comprendre Lonny. Mais comment ?

C’est délicat de parler de ça. Je ne pense pas tous les jours au fait que j’ai été au générique de cette énorme série télé pendant de nombreuses années. Mais vous savez, j’ai pas mal voyagé et il y a des fans de "How I Met Your Mother" partout dans le monde. C’est une expérience très étrange de faire face à des gens qui savent qui vous êtes sans que vous sachiez qui ils sont. Quand vous perdez un certain degré d’anonymat, ça peut être très choquant. Peu de personnes savent ce que c’est et les gens ne se montrent pas franchement compatissants (il rit et prend une voix moqueuse). "Oh je suis désolé, vous étiez dans une série à succès". De très bonnes choses accompagnent la célébrité, d’autres sont beaucoup moins sympas. J’ai trouvé ça intéressant qu’on me demande de jouer ce mec avec qui j’ai partagé un peu la même expérience de vie. Je sais ce que c'est d’avoir un aspect de votre vie qui devient public, même si je me considère comme quelqu’un de très privé qui essaie de garder les choses pour soi. Enfin, jusqu’à ce que je doive revenir pour dire : "Hey ! Je suis dans une série, s’il vous plaît regardez" (il rit). J’ai intuitivement compris beaucoup de choses sur lui sur ce point et ça m’a aidé. Je n’ai pas eu besoin que quelqu’un me dise : "Voilà ce que ça fait d’être reconnu quand tu traverses Grand Central Station (la gare la plus mythique de New York, ndlr)."

Vous donnez la réplique à Al Pacino, qui incarne le leader des chasseurs de Nazis. C'est une légende de Hollywood mais il faut reconnaître qu'il a moins d'expérience à la télévision que vous. Lui avez-vous donné quelques conseils ?

(Il rit) Non, je n'ai donné aucun conseil à Al Pacino. C'est moi qui appris quelque chose de lui. Si jamais je lui ai appris quelque chose, il ne me l'a pas dit. Je rigole en disant qu'il ne savait probablement pas qu'il tournait une série mais plutôt un film de dix heures. Mais je pense qu'il a appréhendé ce tournage comme celui d'un film. Il n'y a pas de différence au final, ça a juste été plus long pour nous. Vous tournez dix épisodes, à raison de dix à onze heures par jour pendant six mois.

Je n'ai tourné qu'une journée avec Ellen Pompeo. On s'est vraiment très bien entendu donc on a simplement passé notre temps à discuter - Josh Radnor sur son apparition dans "Grey's Anatomy" l'an dernier

Avez-vous suivi un entraînement particulier pour les scènes d'action ?

Oui, j'ai appris à utiliser une arme correctement et sans risques. On a été au stand de tir et j'ai pu me servir d'une arme à côté d'Al Pacino, ce qui a été l'un des plus grands frissons de ma vie.

Diriez-vous qu'il a été plus difficile d'apprendre à tirer avec une arme ou de garder la banquette au bar dans "How I Met Your Mother" ?

La banquette était là et il n'y avait pas de problème parce qu'ils faisaient toujours en sorte qu'elle soit libre pour nous donc bon...

Le public français vous a vu la dernière fois dans "Grey's Anatomy" l'an dernier. Vous jouez d'ailleurs avec Jerrika Hinton qui a été au générique de la série médicale de 2012 à 2017 dans le rôle du docteur Stéphanie Edwards.

Ah bon ? Je ne savais pas, on n'en a jamais parlé.

Que retenez-vous de votre passage sur le plateau ?

Je n'ai tourné qu'une journée avec Ellen Pompeo (Meredith Grey, ndlr). On s'est vraiment très bien entendu donc on a simplement passé notre temps à discuter. C'était très sympa. Krista Vernoff, la showrunneuse de la série, est une amie à moi et elle m'a demandé si je voulais faire cet épisode et j'ai dit : "Ok !". Je ne l'ai pas fait comme une faveur, ils m'ont payé (il rit). Mais c'est un de ses jobs auxquels je n'ai pas trop réfléchi avant de les accepter. Une fois sur place, j'ai réalisé à quel point cette série était populaire et combien les gens l'aimaient. Certains étaient très heureux de m'y voir et c'était vraiment fun.

Lire aussi

>> "Hunters", avec Al Pacino, Logan Lerman, Lena Olin, Josh Radnor et Jerrika Hinton

10 épisodes disponibles le 21 février sur Amazon Prime Video

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

93 médicaments commercialisés en France seraient dangereux, selon la revue Prescrire

EN DIRECT - Covid-19 : 12.580 cas positifs supplémentaires en 24 heures en France

EN DIRECT - Loi "sécurité globale" : 500.000 participants à travers la France, selon les organisateurs

Voici l'attestation de déplacement dérogatoire nécessaire à partir de ce samedi 28 novembre

Nombre de convives, aération... quels conseils pour passer des bonnes fêtes de fin d'année ?

Lire et commenter