"C'était ça ou le suicide" : qui est Rose-Anne Vicari, la "maman braqueuse" qui a inspiré la fiction de TF1 ?

Cécile Rebboah a été récompensée du Prix d'interprétation féminine au dernier Festival de la Fiction La Rochelle.
Médias

INTERVIEW – Le lundi 11 novembre, TF1 diffuse "Itinéraire d'une maman braqueuse", une fiction inspirée de l'histoire vraie de Rose-Anne Vicari. La sexagénaire revient sur sa tentative de braquage commise en 2009 et la longue descente aux enfers qui a suivi.

Elle a l'accent qui chante. Mais son discours est teinté de tristesse. Il y a 10 ans, la vie de Rose-Anne Vicari a éclaté en mille morceaux. Le 8 décembre 2009, alors qu'elle croule sous les dettes cette mère de famille marseillaise âgée de 50 ans commet l'irréparable. En pleine nuit, elle décide de sortir de chez elle, un pistolet dans son sac, pour aller braquer le tabac de son quartier. Interpellée puis jugée, elle n’écopera que d’un an de prison avec sursis pour ce geste que son avocat qualifiera de "suicide social". 

Soutenue par les médias qui s'emparent rapidement de son histoire, Rose-Anne Vicari devient rapidement le symbole de toutes ces femmes prise au piège du surendettement. Car la mère de famille n'est pas une dangereuse criminelle : durant le braquage, elle n'ose même pas sortir l'arme de son sac. Un sac dans lequel elle a pris le soin de glisser une reconnaissance de dettes qu'elle comptait remettre à la buraliste. "Je regrette mon geste par rapport à la commerçante. C'était quelque chose d'illégal. Mais d'un autre côté, j'avais besoin d'exprimer mon désespoir. C'était ça ou le suicide", admet Rose-Anne Vicari, la voix tremblante. "Ça m'émeut encore d'en parler encore, même après toutes ces années".

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Qu'a-t-elle pensé de la fiction de TF1, emmenée par Cécile Rebboah et librement inspirée de son livre "Un début de mois difficile" (Editions Max Milo) ? "J'ai trouvé ça très bien, très juste. Mais surtout, ce film permettra à d'autres personnes dans la même situation de se reconnaître. J'étais d'accord pour qu'on traite du sujet de l'endettement façon plus générale et pas seulement sur mon cas à moi", précise Rose-Anne Vicari. "Aujourd'hui, les personnes qui sont dans la misère se cachent moins, notamment grâce au mouvement des Gilets Jaunes. Les femmes se sont enfin mises en avant, même si la honte qu'on a mise sur nous existe encore" poursuit-elle. "C'est la vie qui fait qu'on n'a pas les ressources nécessaires pour vivre et élever ses enfants décemment. On vit dans un monde où c'est marche ou crève". 

Et même si, après son procès, une "bonne fée" touchée par son histoire a réglé sa dette locative, la situation de la sexagénaire ne s'est pas améliorée. "Je ne me suis jamais relevée, je suis encore dans une situation très précaire. Je vis chez ma sœur car je ne touche que 760 euros par mois. On est en train de nous faire crever", s'indigne Rose-Anne Vicari qui espère que la fiction éveillera les consciences.  

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Quand on lui demande si elle a foi en l'avenir, l'émotion la gagne à nouveau. "Non, je n'ai aucun espoir. A 60 ans, je devrais mener une vie tranquille où je peux me loger, me nourrir et me soigner correctement. Mais ce n'est pas le cas. J'ai une colère en moi qui est incommensurable. Le monde est devenu fou, on marche sur la tête. On a atteint un point de non-retour. Tout va finir par exploser". 

Qu'en est-il de sa relation avec ses fils, âgés aujourd'hui de 33 et 37 ans ? "La misère crée de la misère, et ça fait exploser les foyers", glisse avec pudeur Rose-Anne Vicari. "J'espère au moins que leur avenir sera meilleur que le mien et qu'ils parviendront à s'en sortir un minimum. Le malheur, c'est qu'on n'est pas les seuls à qui ça arrive. J'aimerais tant qu'on soit une exception. Je souhaite un jour voir le monde s'éclairer". 

La fiction sera suivie à 23 h 05 d'un documentaire "Surendettement : le combat des femmes". 

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