"Forbidden stories", une plateforme pour continuer les enquêtes des journalistes assassinés

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INVESTIGATION - Les journalistes de l’association Freedom voices Networks viennent de lancer une plateforme sécurisée pour recueillir les enquêtes des journalistes menacés. Plusieurs de ces travaux inachevés vont ainsi pouvoir être poursuivies par leurs collègues.

Le 2 mars 2017, Cecilio Pineda, un journaliste mexicain, enregistre un témoignage dans sa voiture. Dans cette vidéo diffusée en direct sur son profil Facebook, il explique qu'un député de son pays entretient des liens forts avec un chef de gang baptisé El Tequilero. Il est un peu plus de 19h le même jour, lorsque le journaliste d'investigation entend une moto s'arrêter à quelques mètres de lui. Son corps est retrouvé criblé de balles dans la soirée.


Le 16 octobre dernier, Daphne Caruana Galizia, une bloggeuse d’investigation maltaise très populaire sur son île monte dans sa voiture. La journaliste de 53 ans, qui enquête sur la collusion entre certains hommes politiques et la mafia, n’a pas le temps de démarrer sa voiture qu’une forte détonation secoue le quartier. Une bombe placée sous sa voiture vient de pulvériser l’habitacle du véhicule et celle qui se trouvait à l'intérieur.

Selon le dernier baromètre de Reporters sans frontières, 48 journalistes ont été tués depuis le début de l’année 2017, ainsi que 5 journalistes citoyens et 8 collaborateurs. Rien qu'au Mexique, ils sont 11 à avoir perdu la vie. La plupart d'entre eux enquêtaient sur des liens de corruption entre les cartels de narcotrafiquants et les pouvoirs locaux.

Une boîte noire sécurisée pour les journalistes isolés et menacés

Afin que toutes ces données recueillies ne tombent pas dans l'oubli, des journalistes de l'association Freedom voices Networks  ont lancé avec le soutien de Reporters sans frontières une plateforme sécurisée. Inaugurée il y a trois semaines à Washington, cette boîte noire baptisée "Forbidden stories" permet à des journalistes isolés de mettre à l'abri leurs données sensibles.


Pour Laurent Richard, l'un des journalistes de l'agence Premières lignes à l'origine de ce projet qu'il présentait sur le plateau de Quotidien mercredi 8 novembre, cette plateforme collaborative permet aussi de mutualiser des informations et le travail des journalistes isolés. L'idée est de créer des liens de solidarité entre des journalistes au-delà des frontières et de montrer "qu'à plusieurs, on sera plus forts".


Laurent Richard, qui a enquêté sur des affaires de corruption en Azerbaïdjan, explique que les investigations des journalistes mexicains ont une résonance jusqu'en Europe."La mort d'un journaliste où qu'elle survienne dans le monde ne doit pas être considérée comme un fait divers isolé", explique-t-il. 


Le cartel de Sinaloa, l'une des plus terribles organisations criminelles mexicaines, est ainsi responsable de la mort de nombreux journalistes. Mais les affaires de ces cartels vont bien au-delà des frontières, elles traversent les océans. Le circuit de distribution de drogue de ce cartel s'étend sur 56 pays, dont la France.

La mort d'un journaliste où qu'elle survienne dans le monde ne doit pas être considérée comme un fait divers isolé.Laurent Richard

Avec la mondialisation, les flux de capitaux offshore qui circulent d'un continent à l'autre, il n'y a plus d'histoire locale. "Toutes les histoires sont globales", selon Laurent Richard.


Grâce à sa plateforme, l'enquête entamée par Cecilio Pineda au sujet du chef de gang el Tequilero a pu aboutir. C'est d'ailleurs la première publication de Forbidden Stories.

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