Raffarin, Guaino, Filippetti se lancent dans les médias... Les conseils de Roselyne Bachelot pour ne pas se planter

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AVISÉS - De Jean-Pierre Raffarin à Aurélie Filippetti, de plus en plus de personnalités du monde politique se reconvertissent dans les médias. Un virage professionnel emprunté, il y a cinq ans, par Roselyne Bachelot, qui fait son arrivée sur LCI à l'occasion de cette rentrée. Quel regard porte-t-elle sur sa reconversion et quels conseils peut-elle donner à ses anciens collègues et nouveaux confrères ?

Il y a cinq ans, Roselyne Bachelot a mis fin à sa carrière politique pour devenir chroniqueuse dans l'émission Le Grand 8 présentée par Laurence Ferrari sur D8. Après diverses collaborations sur Europe 1 et RTL, elle rejoint ensuite en 2016 la radio RMC où elle anime l'émission 100% Bachelot. Et à partir de lundi, elle animera en compagnie de Julien Arnaud sur LCI notre nouvelle émission La République LCI.


Comme elle, plusieurs personnalités politiques se sont depuis reconverties dans les médias. On peut citer l'ancien député européen Daniel Cohn-Bendit qui tenait l'an passé une chronique quotidienne sur Europe 1. Et cette année, ils sont nombreux à les imiter.


L'ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, va devenir un des chroniqueurs de la nouvelle émission dominicale de Laurent Delahousse sur France 2. L'ex-député LR, Henri Guaino, assurera dès la rentrée un édito quotidien sur Sud Radio. L'ancienne ministre socialiste, Aurélie Filippetti et l'ex-conseiller en communication de François Hollande à l'Élysée, Gaspard Gantzer, rejoignent la bande de polémistes de l'émission On refait le monde sur RTL, animée par Marc-Olivier Fogiel. L'insoumise Raquel Garrido va faire quant à elle son apparition dans l'émission de Thierry Ardisson Salut les Terriens sur C8.


Du coup, nous avons interrogé Roselyne Bachelot, notre nouvelle collègue, pour savoir comment s'est passé sa reconversion.

LCI.fr : Est-ce facile de changer de peau, de passer d’ancien ministre ou parlementaire à journaliste ou chroniqueur ?

Roselyne Bachelot : Cela a été facile parce que j’ai toujours pratiqué dans ma vie l’ascèse de l’adieu, en sachant qu’on est que de passage dans tel ou tel poste ou dans telle ou telle fonction. Quand je suis arrivée dans mon bureau à l’Assemblée nationale, mon père, qui avait été parlementaire avant moi, m’avait dit : tu dois quitter ce bureau tous les soirs comme si tu ne devais jamais y revenir. Donc quand vous vous préparez de cette façon-là, vous n’avez pas de regrets. J’ai quitté la vie politique sans remords et sans amertume. J’avais vécu une expérience merveilleuse et j’allais en vivre d’autres, tout aussi merveilleuses. Mais ça se prépare…

LCI.fr : Avez-vous souffert du regard de certains journalistes ou animateurs qui refusaient de désormais vous considérer comme l’une des leurs ?

Roselyne Bachelot : C’est vrai que cela a été vécu, à la fois par le milieu médiatique et le milieu politique, comme une transgression. Les politiques n’ont pas compris ce qui se passait parce que cela les renvoyait peut-être à leur propre inquiétude, qui s’est d’ailleurs concrétisée avec l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir et le dynamitage de la vie politique française. Moi je leur disais implicitement de se préparer à vivre une autre vie mais pour beaucoup de politiques, c’est quasi insupportable. Certains journalistes ont eu le sentiment que je venais chasser sur leurs terres. Je comprends qu’ils se posaient des questions sur ma capacité à faire ce métier. Mais d’un côté comme de l’autre, les interrogations ont été de courte durée d’autant que j’ai abordé cette affaire avec modestie. J’ai un désir d’apprendre, je ne suis pas arrivée en poussant les portes avec les épaules. J’ai passé beaucoup de temps avec les équipes techniques et je leur posais beaucoup de questions. Surtout, j’ai eu la chance d’être avec des professionnels à la fois devant la caméra, avec Laurence Ferrari, et derrière, avec Alain Contrepas qui était notre producteur. Et je dois dire qu’avoir été guidée par ces deux personnes m’a beaucoup appris.

Le passage de la politique aux médias est un voyage sans retour. On franchit le Rubicon et on ne se retourne pas.

LCI.fr : Quels conseils pourriez-vous donner à Jean-Pierre Raffarin ou Henri Guaino ?

Roselyne Bachelot : Il faut que cela soit un vrai choix professionnel. Si l’on considère ce métier comme une sorte de sas qui vous permet d’attendre au chaud avant de revenir en politique, on est condamné à l’échec. Le passage de la politique aux médias est un voyage sans retour. On franchit le Rubicon et on ne se retourne pas. Ensuite, ce n’est pas parce qu’on a écumé tous les plateaux TV et tous les micros de radios comme invité politique, qu’on connait ce monde-là. Ce n’est pas parce qu’on a été interrogé dans toutes les matinales de la Terre que l’on sait interroger dans une matinale. C’est une chose qu’il faut bien comprendre. Enfin, il ne faut pas renoncer à sa personnalité. Qu’est-ce qu’achètent entre guillemets les médias quand ils embauchent une personnalité de la vie politique ? Ce n’est pas un journaliste aseptisé. Ils achètent du Raffarin, du Guaino, du Bachelot ! C’est ça sans doute la difficulté, car il faut changer de posture par rapport à l’information - on n'est plus des porte-paroles d’un groupe ou d’une idéologie - mais pour autant on n’a pas renoncé à être un journaliste d’opinion.

Raquel Garrido se fait rémunérer tout en gardant ses fonctions au sein de la France insoumise, le parti de Jean-Luc Mélenchon. Moi qui pensais que j’avais à peu près tout vu…

LCI.fr : Cela vous surprend-t-il de faire tant d’émules ?

Roselyne Bachelot : Il ne faut pas confondre.... Il y a des gens qui en ont fait un métier et dont c’est le seul métier d’être journaliste. Il y a ensuite des gens qui font ça de manière épisodique. J’ai cru comprendre que ce sera le cas pour Jean-Pierre Raffarin. En parallèle, il veut être à la tête d’une fondation. D’ailleurs, je ne sais même pas s’il est rémunéré donc cela peut être vu comme une activité secondaire voire une distraction. Il y a également des gens qui continuent leur carrière politique et qui font cela de manière bénévole. Ce sera le cas de Julien Dray qui reste un homme politique qui vient faire une chronique ou participer à un débat (tous les mercredis sur LCI, ndlr). Mais cela ne s’apparente pas à une fonction journalistique.

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