"Un véritable prédateur sexuel" : Leaving Neverland sous l’œil d'un journaliste qui a couvert le procès de Michael Jackson

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INTERVIEW - Ancien correspondant de "Paris Match" aux Etats-Unis, Régis Le Sommier fait partie des journalistes qui ont couvert en 2005 le procès de Michael Jackson pour abus sexuels sur mineurs. Pour LCI, il livre son regard sur les révélations de "Leaving Neverland", le documentaire diffusé ce jeudi soir sur M6 qui relance les accusations contre le King of Pop.

M6 diffuse ce jeudi soir "Leaving Neverland", le documentaire en deux parties dans lequel Wade Robson et James Safechuck accusent Michael Jackson de les avoir violés durant leur enfance. Des témoignages qui font écho au marathon judiciaire et médiatique dont le chanteur a été le principal acteur, en 2005. 

A l’époque, le King of pop est accusé d'agressions sexuelles sur des enfants, de tentative de séquestration, ainsi que d'avoir servi de l'alcool à un adolescent de 13 ans pour abuser de lui. Aucun chef d’inculpation ne sera finalement retenu contre lui. Directeur adjoint de la rédaction de Paris Match, Régis Le Sommier a couvert ce procès retentissant à l'époque pour l'hebdomadaire...

LCI : Que vous inspirent les témoignages de Wade Robson et James Safechuck dans le documentaire "Leaving Neverland", au regard du procès de 2005 ?

Régis Le Sommier : Ce qui se dégage de ce documentaire, c’est une impression d’horreur parce qu’on se rend compte que Michael Jackson était un véritable prédateur sexuel. En même temps, c’est un type de comportement qui était connu. Si on compare avec ses déboires judiciaires de 2005, on se rend compte que c’est un personnage qui a profité de la fascination qu’il exerçait sur de jeunes personnes, et en particulier des enfants, pour abuser d’eux.

Il y avait quelque chose de presque christique, comme si Michael Jackson était un martyre- Régis Le Sommier, directeur adjoint de la rédaction de Paris Match

Que disait Michael Jackson à l’époque pour se défendre ?

Il ne disait rien. C’est quelqu’un qui pendant des mois, a écouté les témoins se succéder à la barre du palais de justice de Santa Maria en Californie. Il a encaissé, jour après jour, de façon quasi-immobile. Je me rappelle avoir été assis pas très loin de lui et l’avoir observé pendant les auditions des témoins s et les plaidoiries. On avait presque l’impression que son visage était un masque. C’était une époque où on le disait très affaibli. Son entourage en faisait des caisses en disant qu’il tenait à être là tous les matins pour que justice soit faite, alors qu’il n’avait pas la force physique nécessaire pour tenir. Je me rappelle aussi du ballet des ambulances entre le tribunal et Neverland. Il y avait quelque chose de presque christique, comme si Michael Jackson était un martyre.

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Pourquoi a-t-il été acquitté ? 

Il a été acquitté parce qu’il y avait des doutes sur la personnalité de la mère de Gavin Arvizo, son accusateur, qui avait trempé dans un certain nombre de tentatives d’escroquerie. Les avocats de Michael Jackson, les meilleurs de l’époque, avaient utilisé ça pour laisser entendre qu’elle se servait de son fils pour récupérer des millions de dollars, de la même manière que les parents de Jordan Chandler avaient accepté un accord financier en 1993 pour ne pas aller jusqu’au procès. C’est comme ça qu’ils sont parvenus à convaincre au fur et à mesure le jury de l’innocence de Michael Jackson.

Vous ont-ils convaincu vous aussi, les journalistes ? 

On y a cru, oui. On a cru à la fable de l’enfant dans le corps d’un homme de 40 ans. Oui il y a eu des enfants dans son lit, oui il y a eu des soupçons légitimes, des situations qui au regard de la morale commune, ne sont pas acceptables, mais Michael Jackson n’a jamais pensé à mal. On s’est dit qu’il avait été victime de son extravagance, de son excentricité. C’est pour ça que même si ses postures étaient coupables, on s’est dit que dans le fond il était peut-être innocent.

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Quel impact ce documentaire peut-il avoir sur le business posthume de Michael Jackson et son image en général ? 

L’intérêt de ce documentaire est de mettre à mal des épisodes judiciaires qui ont eu lieu du vivant de Michael Jackson. Pourquoi il s’en est sorti grâce à ses avocats géniaux, son entourage familial et une fortune considérable. Si ça peut historiquement contribuer à révéler la vérité sur le personnage, tant mieux. Maintenant, je ne pense pas que ça change quoi que ce soit à sa légende. Ça reste un immense créateur, un génie comme il y en a eu peu. Quelqu’un qui est parti de rien et qui est arrivé au sommet du show-business. Même si c’était aussi un sale type.

>> "Leaving Neverland" sera diffusé le 21 mars prochain à 21h sur M6 sous le titre "Michael Jackson : la parole des victimes"

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