Carton d'audience pour Muriel Robin dans la peau de Jacqueline Sauvage : "Je ne pouvais pas dire non à ce rôle"

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INTERVIEW – TF1 diffusait lundi soir "Jacqueline Sauvage : c’était lui ou moi", un téléfilm poignant consacré au fait divers qui a passionné les Français. Et les audiences ont été au rendez-vous : près de 8 millions de téléspectateurs ont suivi cette fiction emmenée par Muriel Robin. La comédienne s'était confiée il y a quelques jours auprès de LCI sur ce rôle et son combat contre les violences faites aux femmes.

C’est sans doute le plus beau rôle de sa vie. Le plus important aussi. Muriel Robin incarnait Jacqueline Sauvage dans le téléfilm réalisé par Yves Rénier diffusé ce lundi soir. Une fiction tirée d'une histoire vraie qui a fait un carton d'audience : 7,9 millions de personnes l'ont regardée sur TF1. 


La comédienne, qui a remercié les téléspectateurs sur Twitter, estimant que "toutes les victimes de violences conjugales doivent plus que jamais sentir que nous ne lâcherons pas le combat", avait raconté il y a quelques jours à LCI les coulisses d’une aventure humaine pas tout à fait comme les autres. Un combat qu’elle a décidé de prolonger en appelant à un grand rassemblement contre les violences conjugales, le 6 octobre prochain à Paris.

LCI : Jacqueline Sauvage, c’est un rôle différent, plus fort que tous les autres pour vous ? 

Muriel Robin : Oui, bien sûr. C’est un rôle riche, avec tant de choses à jouer. Déjà parce que j'incarne Jacqueline Sauvage de 40 à 70 ans, donc on traverse le temps. Quand j’ai tourné "Marie Besnard, l'empoisonneuse" (2006), je m’étais dit que je ne croiserais pas deux fois un rôle pareil. Là on n’est pas au-dessus, mais ailleurs avec ce sujet qui rajoute tant d’émotion, tant de force. C’est une femme traversée par l’amour et la haine qu’elle a pour cet homme, son mari. Il y a du dur, du doux, elle est mère, elle est femme. C’est un rôle complet.


Quand vous êtes-vous intéressée à l’affaire la première fois ?

Je m’y suis intéressée comme des tas de Français, je crois. On suit le truc, on apprend qu’elle est graciée, à moitié. Je ne savais même pas qu’on pouvait être gracié à moitié. Pas un quart, à moitié (sourire). Très bien. Et puis Eva Darlan met en place une pétition, elle me sollicite pour écrire une lettre au président Hollande. Ce que je fais. Ma lettre s’ajoute à d’autres. Et puis elle est graciée. Quand j’écris la lettre, c’est déjà avec la volonté de lui dire je suis là. Je te tends la main. On est sœurs. Tu n’es plus toute seule.

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"Jacqueline Sauvage" : la bande-annonce du téléfilm avec Muriel Robin

J’ai passé une journée avec Jacqueline Sauvage, trois ou quatre mois avant le tournage. Je voulais la rencontrer. C’était aussi cette main tendue, dire que je suis là, j’ai envie de te plaire parce que c’est moi qui vais t’incarnerMuriel Robin

Qu'apprenez-vous à l'époque ?

Que ces femmes battues reçoivent des coups, et qu'elles éprouvent aussi une grande solitude. Parce qu'elles sont abandonnées. Parce qu’il n’y a pas vraiment de structures pour les écouter. C’est comme ça, c’est admis : 150 femmes meurent tous les ans sous les coups de leur mari. On ne peut pas faire grande chose. Et c’est insupportable. Je fais tout ça sans savoir que Jacqueline allait prendre encore plus de place dans ma vie et qu’Yves Rénier allait venir me demander de jouer le rôle. Et pour les mêmes raisons qu'à Eva Darlan, je dit oui. Parce que si on peut mettre cette histoire à la télé, devant des millions  de gens, alors on pourra faire un peu réparation de cette solitude. Et dire à Jacqueline : jusqu’à la fin de tes jours, il y a des millions de gens qui t’auront dans le cœur.


Auriez-vous pu dire non ?

Non, je ne pouvais pas dire non. C’était oui, tout de suite. Yves Rénier m’a rappelé l’autre jour que je lui avais dit "Jacqueline Sauvage, c’est moi". Je crois que j’ai quelque chose avec les taiseuses, ces femmes qui ne parlent pas, qui rentrent leurs émotions dedans. J’aime beaucoup ce type de jeu qui ne passe pas par la parole. Je suis bien avec.


Avez-vous rencontré Jacqueline Sauvage avant le tournage ? 

J’ai passé une journée avec Jacqueline, trois ou quatre mois avant le tournage. Je voulais la rencontrer. C’était aussi cette main tendue, dire que je suis là, j’ai envie de te plaire parce que c’est moi qui vais t’incarner. On s’est vite tutoyées, on est allé au restaurant. On a passé pas mal de temps ensemble. Mais attention ce n’est pas un biopic. On n'a pas fait un copier-coller de sa vie. C'est une fiction. Je ne me suis dis pas "oh pourvu qu’elle ait réagi comme moi. A l’écran, c’est ma Jacqueline, c’est ma Jacqueline Sauvage. A-t-elle plus ou moins pleuré que moi au tribunal ? Je ne sais pas.

Pour vous le film doit ouvrir une discussion, au-delà de sa diffusion…

Ce film doit faire en sorte qu’un jour, on ne dise plus "cette année 150 femmes sont mortes sous les coups de leur mari". On fait des choses pour qu’il y ait moins d’accidents sur la route, on déploie des moyens, des groupes de réflexion. Pour qu'il y ait 7 morts en moins... Il doit bien y avoir des réponses pour les femmes battues ! Je ne les aies pas. Mais c’est impossible de s’entendre dire que dans une telle situation, on n’a qu’à partir. Il faut qu’une femme battue, lorsqu’elle rentre dans un commissariat, se dise que son problème va être pris en charge. C’est bon, je ne suis plus toute seule. Je veux de l’écoute, du respect, des mots doux. Et qu’il y ait quelque chose qui soit mis en place pour que cette femme ne se retrouve plus jamais seule. C’est un devoir et ça doit être en haut de la pile. Que certains se disent "Je ne dormirais pas tant que ce ne sera pas traité. Sinon, je suis responsable."


>> "Jacqueline Sauvage : c'était lui ou moi", de Yves Rénier. Avec Muriel Robin, Olivier Marchal, Alix Poisson, Armelle Deutch, Samantha Rénier. Ce lundi soir à 21h sur TF1

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